Le frappeur des Grottes dort à l’hôtel du jazz

PortraitArthur Hnatek, batteur.

Le jeune batteur genevois a accompagné pendant plusieurs années le pianiste arménien Tigran Hamasyan. Il est désormais au service du trompettiste Erik Truffaz.

Le jeune batteur genevois a accompagné pendant plusieurs années le pianiste arménien Tigran Hamasyan. Il est désormais au service du trompettiste Erik Truffaz. Image: Pierre Abensur

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Il n’a jamais quitté le quartier des Grottes à Genève, où il a passé son enfance et où il vit toujours, mais il ne dort pourtant pas souvent dans son lit. «Depuis janvier, je pense que je dors à l’hôtel 85% du temps», estime Arthur Hnatek, batteur toujours en mouvement, comme le réclame sa profession. Pendant près de cinq ans, son point de chute aura tout de même été New York, ville dans laquelle il a étudié à la New School for Jazz.

«J’y suis venu une première fois alors que je n’avais pas encore 18 ans. J’avais gagné le concours suisse pour percussionnistes d’Altishofen, et cela me donnait un séjour de deux mois gratuit. J’y suis revenu mais, à force de tournées, je me suis rendu compte que je pouvais tout aussi bien me baser à Genève et créer quelque chose à partir de la Suisse.» L’exemple d’un Nik Bärtsch, pianiste de renommée internationale bien ancré à Zurich, a pu l’influencer. Mais la fréquentation de Tigran Hamasyan, pianiste star avec lequel il tourne depuis plusieurs années autour de la planète, a probablement contribué à le faire penser «glocal». La vedette arménienne n’a jamais quitté son pays d’origine, ce qui ne l’a pas empêché de devenir l’un des pianistes les plus en vue du réseau jazz mondialisé.

Un agenda au bord de la saturation

Depuis son repaire des Grottes – quartier qu’il adore pour son côté «hype et associatif» et pas seulement pour ses souvenirs de jeunesse –, Hnatek sillonne les clubs d’Europe, de Londres à Copenhague en passant par Berlin, en rythmicien qui doit apprendre à jongler avec les menaces de saturations de son agenda. «Je dois déjà poser des dates en 2017. Parfois, cela me donne le tournis, et le matin je prends du temps pour trouver les bonnes décisions.» Rien qu’au Cully Jazz Festival, le batteur assure trois concerts (dont celui d’Erik Truffaz) et un rendez-vous «vinyle» où il fouillera dans l’immense collection de disques de la manifestation.

Il y a un quart de siècle, tout commençait dans son quartier, dans le magasin de musique que tenaient ses parents. «Mon père réparait des instruments, il y avait toujours des musiciens, des concerts, c’est un monde que j’ai toujours côtoyé.» Mais rien ne le déterminait au jazz – les goûts familiaux penchant plutôt du côté du classique – et encore moins aux fûts. «J’étais entouré de saxophones, de flûtes, de clarinettes, mais il n’y avait pas de batterie.» Petit, il assiste à des concerts de la Fanfare du Loup, où jouent de nombreux amis de ses parents. «Dans ce cadre où il y avait aussi du théâtre, j’ai assisté à un solo de batterie de Raul Esmerode, qui deviendra mon prof.»

Le gamin a déjà touché au piano, au violon, étudié un peu de solfège. «Mais je voulais faire ce dont j’avais envie.» L’instrument lui ouvre les portes de sa généalogie jazz. «La batterie vient de là, de cette culture noire américaine qui assemble la caisse claire, les cymbales, la grosse caisse et sa pédale… Quand on la travaille, c’est la référence.» Insensiblement, le garçon abandonne ses autres activités. Théâtre et foot passent à la trappe, mais le jeune frappeur trouve des opportunités genevoises. L’AMR (Association pour l’encouragement de la musique improvisée), «un lieu qui m’a marqué», propose des ateliers juniors. «Je ne jouais plus tout seul mais dans un groupe, et mon emploi du temps s’est chargé.»

«On ne se blesse pas les mains jusqu’au sang en jouant de la batterie!»

Passé par l’accélérateur de particules new-yorkais, celui qui en a gardé un petit accent sourit à l’évocation du récent film Whiplash, sur l’apprentissage éprouvant d’un batteur. «Je me suis marré, le film n’exploite que la performance, la compétition, jamais le jeu, le dialogue, alors que j’ai au contraire rencontré beaucoup de camaraderie à New York, une communauté de gens qui viennent souvent de loin. Et on ne se blesse pas les mains jusqu’au sang en jouant de la batterie!»

Depuis une première rencontre avec Tigran Hamasyan au Cosmo Jazz de Chamonix, Arthur Hnatek s’est hissé dans le circuit des meilleurs et a pu rencontrer certains de ses héros en tournée, comme David King, batteur de The Bad Plus et représentant de ce jazz contemporain qui continue à se mettre en danger en chassant à la croisée des styles musicaux.

Le Genevois fan de café light roasted croit à l’avenir du jazz, mais avoue pourtant n’en écouter que peu. «En fait, presque uniquement de l’électronique. J’aime ce plaisir répétitif, cette recherche sonore. Je suis un fan d’artistes Warp comme Chris Clark ou Aphex Twin. J’en fais d’ailleurs. Je compte bien sortir un jour un album. Avec l’electro, on ne dépend de personne, on peut même travailler dans sa chambre d’hôtel.»

Créé: 12.04.2016, 10h37

Carte d’identité

Né le 10 juillet 1990 à Genève.

Cinq dates importantes

1998 Commence la batterie avec Raul Esmerode, de la Fanfare du Loup.
2009 Déménage à New York, qui reste son point de chute pendant cinq ans.
2011 Focalise ses études sur son intérêt pour la composition grâce à Kirk Nurock et John Hollenbeck.
2013 Première tournée avec le pianiste Tigran Hamasyan.
2015 Sortie de «Mockroot» sur Nonesuch et enregistrement du premier album de son groupe Melismetiq (à paraître).

Ses concerts au Cully Jazz

Cully Jazz Festival
Me 13 (20h30), avec Eric Truffaz
Je 14 (20h), avec Francesco Geminiani
Sa 16 avril (20h30), avec Florian Favre
www.cullyjazz.ch

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