Le hip-hop est son exutoire, le Léman sa thérapie

PortraitLe Veveysan, Cédric Jorge Borges, champion du monde de danse freestyle a placé la Suisse sur la carte du hip-hop.

Vidéo: Romain Michaud

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Cédric Jorge Borges file au volant de sa voiture sur les hauteurs de la Riviera en tapotant machinalement sur le clavier de son téléphone portable. Quand on le lui fait remarquer, le jeune homme élude d’un sourire. «Je suis hyperconnecté. Il faut être à l’affût, car parfois je reçois des propositions et le lendemain je suis déjà dans l’avion pour partir.» Il faut dire que StalaMuerte, son blaze (surnom) dans le milieu de la danse, est plus sollicité depuis qu’il est champion du monde de hip-hop dans la catégorie freestyle. Une discipline où «il faut garder les bases du hip-hop et le côté groove, mais où on peut créer et y amener son identité. Je suis complètement libre et c’est vraiment cela que j’adore», s’enthousiasme le Veveysan de 26 ans.

Ce titre, il l’a conquis le 3 mars dernier dans la prestigieuse compétition Juste Debout à l’AccorHotels Arena de Paris-Bercy devant plus de 20'000 personnes. «Ce qu’on a gagné, c’est la Ligue des champions pour les danseurs», s’amuse cet ancien footballeur du Vevey-Sports. Cette récompense, il la partage avec son binôme de battle, Jean-Michel Egea, alias Diablo. «StalaMuerte est un monstre! Il est comme mon frère», lâche le danseur originaire de Nice. Le duo a été sacré cette année non sans soulagement, puisqu’il avait échoué en finale les deux années précédentes.

Pour Cédric Jorge Borges, le hip-hop est un style de vie, mais aussi et d’abord une histoire d’héritage, de «legacy», comme il aime le dire. Vers 10 ans, son frère aîné Felis l’initie au breakdance et lui montre tous les clips de Michael Jackson. «Dès que nos parents sortaient, on dansait dans le couloir de l’appartement. Un jour il m’a amené à une battle à Vevey et j’ai adoré la tension entre les danseurs, le public autour et l’ambiance qui régnait. Je crois que ce jour-là, j’ai compris que les battles et la danse, c’était mon truc.»

«La rendre fière avant qu’elle parte»

Ses parents, originaires du Cap-Vert, l’ont toujours soutenu et épaulé. Pourtant, sa décision de privilégier la danse plutôt que le ballon rond a quelque peu divisé. «Mon père aurait préféré que je continue le foot. J’avais du potentiel, mais quand ton cœur n’y est pas, ça ne marche pas. Je ratais les entraînements pour aller danser et les matches pour aller à des battles, ça rendait fous mes entraîneurs… Et mon père.» Sa mère, Dominga, était toujours «la voix de la sagesse» puisqu’elle rétorquait qu’il fallait «le laisser faire ce qu’il veut».

Une voix qui s’est éteinte en août dernier des suites d’une longue maladie. «Pendant Juste Debout, elle était aux soins intensifs. Avant que je parte à Paris, elle a vu que je n’étais pas bien et elle m’a dit: «Après deux finales, maintenant c’est le moment. Alors gagne pour moi.» La victoire était spéciale et va me marquer à vie parce que j’ai beaucoup plus dansé pour elle que pour moi. Mon but, c’était de la rendre fière avant qu’elle parte.»

Pull à capuche et baskets de la célèbre marque à la virgule aux pieds; pantalon cargo militaire et casquette frappée d’un petit crocodile bien connu sur la tête, Cédric Jorge Borges jure un peu dans les vignes de Lavaux avec vue plongeante sur le Léman et sa Vevey natale. Un endroit qu’il a choisi comme cadre de notre entrevue. «J’adore me poser pour regarder le lac. Je trouve qu’il y a quelque chose de très pur. Souvent j’écoute de la musique et je ne pense à rien. Le lac, c’est un peu ma thérapie.»

La danse me permet de m’exprimer. Si mes mouvements sont plus agressifs, c’est que je suis en train de cracher, d’exprimer ce que j’ai sur le cœur

De nature assez timide et réservée, l’homme garde tout à l’intérieur. «La danse me permet de m’exprimer. Par exemple, si mes mouvements sont plus agressifs, c’est que je suis en train de cracher, d’exprimer ce que j’ai sur le cœur.» Une méthode dont il a déjà usé sur scène pour dénoncer ouvertement le racisme en simulant le trou d’une balle sur un tee-shirt maculé de sang en référence aux violences raciales. «Je ne me vois pas dénoncer cela par un long message sur les réseaux sociaux ou en prenant le micro sur scène. Ce n’est pas mon truc, alors que la danse si. Je veux qu’on continue à en parler, car il y a encore trop d’endroits partout dans le monde où je sens que je ne suis pas le bienvenu uniquement à cause de ma couleur de peau.»

Des voyages improbables

Aujourd’hui, celui qui habite toujours la tour Chaplin blanche de Gilamont parcourt les scènes des quatre coins du globe pour juger des compétitions et donner ses conseils lors de cours et de stages. «Il y a des pays où jamais de ma vie je ne pensais aller. J’ai voyagé au Kazakhstan, au Japon, en Corée, en Chine, en Russie. Je pars bientôt en Inde et ensuite en Indonésie. Savoir que dans tous ces pays je suis attendu et qu’ils regardent mes vidéos, ça fait grave plaisir.»

Avant de vivre en étrennant ses baskets dans les meilleures compétitions mondiales de hip-hop, cet amoureux des sneakers a commencé par les vendre. «J’ai d’abord fait un apprentissage dans la logistique, mes parents m’avaient demandé de ramener un CFC et qu’après je pourrais faire ce dont j’avais envie. Dès que j’ai terminé, je suis parti dans la vente chez Foot Locker et ensuite chez Snipes (ndlr: magasins spécialisés dans les baskets).»

Depuis ce printemps, il a quitté la vente pour se consacrer uniquement à sa carrière. Et son avenir? «J’ai beaucoup d’opportunités et je ne ferme la porte à rien. J’espère pouvoir continuer à voyager, à danser, à juger et à donner des cours même après 60 ans. Il y a bien les chorégraphes de Michael Jackson qui sont toujours là, alors pourquoi pas moi!»

Créé: 30.09.2019, 09h47

Bio

1993 Naissance à Vevey le 17 avril.

2004 Première battle sur les épaules de son frère aîné Felis à l’Equinox, l’ancienne salle d’animation jeunesse de Vevey.

2009 Choisit définitivement le freestyle après avoir pratiqué plusieurs styles de danse hip-hop.

2011 Première participation à l’événement Hip Hop International (HHS) à Las Vegas.

2012 Rencontre avec sa copine Perla Miscioscia, alias Perlson, danseuse de house et de hip-hop.

2016 Propose à son ami Jean-Michel Egea, alias Diablo, de participer ensemble à une battle à Berlin. Après un retour positif du public, le duo ne se quittera plus.

2019 Remporte le titre de champion du monde de hip-hop catégorie freestyle à l’événement Juste Debout à Paris le 3 mars dernier avec son «frère» Diablo.

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