Avec le hip-hop, le rappeur veut «donner du love»

PortraitLe Lausannois Comme1Flocon compte s’imposer sur la scène rap francophone grâce à ses mélodies et son attitude positives.

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Un vent de fraîcheur souffle sur le hip-hop romand. À Genève, les rappeurs Di-Meh, Slimka ou Makala ont réussi à imposer la Suisse sur la scène européenne. Et à braquer tous les projecteurs francophones sur eux. Prochaine avalanche prévue à Lausanne avec Comme1Flocon. «À Paris, on n’est plus considérés comme «les p’tits Suisses». Les médias et le public montrent un vrai intérêt pour le rap d’ici», s’enthousiasme l’artiste de 22 ans. Avec seulement quatre singles publiés sur YouTube, il signe, en 2018, un contrat de distribution avec le label indépendant parisien Bendo Music, spécialisé en musiques urbaines.

Pour la promesse d’un premier album prévu pour la fin d’année, que le rappeur est censé enregistrer avec ses propres moyens. Problème: le studio qu’il partageait jusqu’ici avec d’autres artistes, celui du centre socioculturel de la rue de la Borde, le quartier où il vit depuis tout petit, va bientôt fermer ses portes. Pas de quoi arrêter ce travailleur passionné et déterminé: le mois dernier, il a lancé une cagnotte participative dans l’espoir de se créer un home studio. En deux jours seulement, Comme1Flocon a amassé plus de 2000 francs. Il n’espérait même pas recevoir la moitié. «C’est un truc de ouf, j’ai à peine sorti quatre morceaux et je reçois déjà du love. Ça montre que des gens croient en mon projet, ça me donne de la force!»

«Du love», le rappeur en a à revendre. Et le rend bien à ses admirateurs. À la Fête de la musique de Lausanne, le 21 juin, ce n’est pas le public (très) clairsemé du Bar Club ABC qui a calmé son entrain. Il chantait et dansait au milieu des gens, partageait le micro avec les premiers rangs. Une bête de scène. «Je fais de la musique pour le live, pour le partage.» Le producteur lausannois Santo, qui compose la plupart des productions du rappeur, le côtoie depuis l’adolescence. «C’est quelqu’un de très sociable, qui sait s’intégrer dans plusieurs univers. Il arrive vite à comprendre les gens. Il est très avenant aussi, ce qui est une grande qualité pour réussir dans ce métier.»

Flow aiguisé et chant mélodieux

À l’âge de 14 ans, Jean-François Mukundi, de son vrai nom, fonde le collectif 3e Mi-Temps avec les MC Jar Pacino et Magnum Raptor. Et goûte à ses premières scènes, aux côtés du rappeur Stress ou en première partie de stars du rap français comme Nekfeu. «JF», comme l’appellent ses potes, a le déclic: il veut «faire kiffer les gens» avec sa musique. En 2016, il se lance en solo, façonne son style en mélangeant trap américaine et R’n’B moderne, flow aiguisé en français et chant mélodieux autotuné. «Ce n’est ni un rappeur ni un chanteur, décrit Santo. Il est les deux à la fois. Son approche musicale, très urbaine, met en avant la mélodie. Il a ce côté plus doux et accessible qui peut plaire à un plus grand nombre. Et puis… «JF», c’est un beau gosse!» Le jeune homme au physique athlétique ne se cache pas d’aimer plaire. Jogging intégral, casquette à l’envers, tresses apparentes, colliers et bracelets en or, il soigne autant son look que l’imagerie de ses clips léchés. Lover dans l’âme, il dit ne pas collectionner pour autant les conquêtes. Depuis plusieurs mois, il est amoureux de Laura, une jeune Colombienne qui lui inspire les airs latinos que l’on entend sur son titre «Salsa».

Alors que beaucoup de rappeurs populaires mettent en avant une vie de gangster dans leurs textes, le Lausannois, lui, préfère parler des femmes, dont il se sent proche depuis l’enfance. «Dans le hip-hop, il y a toujours eu cette culture du ghetto. Je ne vais pas mentir, ce n’est pas ce que j’ai vécu. Moi, je montre qu’il peut y avoir de l’amour dans la street, des ondes positives.» Son nom d’artiste communique à lui seul un aspect décomplexé. Adolescent, après une soirée bien arrosée, il se filme sur les réseaux sociaux en train de se rouler dans la neige torse nu. «Ça me faisait marrer, je cassais le cliché du re-noi qui n’aime pas la neige.» Le lendemain au gymnase, tout le monde l’appelait «Flocon».

«Dans le hip-hop, il y a toujours eu cette culture du ghetto. Je ne vais pas mentir, ce n’est pas ce que j’ai vécu. Moi je montre qu’il peut y avoir de l’amour dans la «street», des ondes positives»

Cadet d’une famille de quatre enfants, Jean-François Mukundi regrette de ne pas être allé depuis longtemps au Congo, pays de ses racines et de ses deux parents. La dernière fois qu’il s’est rendu à Kinshasa, il avait 6 ans. «Même si je n’ai jamais vraiment connu le Congo, il est dans mes gènes. Et il se ressent forcément dans ma musique, notamment dans les rythmes.» Avec un sourire qui en dit long, il se souvient de la visite de ses grands-parents à Lausanne, en 2014. «Un moment incroyable de transmission.» La musique a toujours été présente dans la famille de cet autodidacte. Une maman autrefois chanteuse de rumba congolaise, un papa DJ, sa sœur Betty chanteuse du trio The SugaZz – aperçu dans l’émission «The Voice» en 2017 – ou l’aîné de la fratrie, Freddy, rappeur au sein du collectif Légal Mafia. C’est lui qui a transmis le goût du hip-hop à Jean-François, qui se met alors à écouter Jay-Z, mais aussi Usher. «J’étais dingue de ses chorégraphies!»

S’il éprouve un intérêt particulier pour la danse ou le dessin (il a passé une maturité en arts appliqués), l’autre passion dévorante de Jean-François est le football. À un moment donné, ce supporter de Chelsea, comme de l’équipe du Congo ou du Lausanne-Sport, pensait y faire carrière. Avant de se blesser et de choisir la musique. Aujourd’hui, Comme1Flocon s’y consacre à 100%. Pour se concentrer sur son objectif en attendant la gloire.

Créé: 03.07.2019, 09h39

Bio Express

1996
Naît le 21 octobre à Lausanne.

2002
Son dernier voyage au Congo, pays de ses racines.

2007
Au divorce de ses parents, il prend un micro et se met à rapper ses premiers vers dans la chambre d’un ami.

2010
Se passionne pour le football et rejoint la team Vaud du Lausanne Sports.

2014
Fonde le collectif de rappeurs 3ème mi-temps et fait ses premières scènes.

2016
Se lance en solo et se fait connaitre grâce au titre «Bigo» sur Youtube.

2017
Publie «Club», son premier clip financé en partie par le rappeur Stress.

2018
Son titre «Salsa» dépasse les 100'000 écoutes sur les plateformes de streaming. Il signe un contrat de distribution avec le label parisien Bendo Music.

2019
Après la scène des Swiss Music Awards en février, il sera au D!Club le 3 juillet, à l’Open Air de Frauenfeld le 13 et au festival Afro-Fusion à Lausanne le 19. Il prépare son premier album.

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