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Le hippie rêveur devenu vigneron bio dans le Gard par la grâce de Cupidon

Au sud de la France, le Nyonnais Bertrand Cortellini a trouvé l’amour de Claudie, puis l’amitié de Jean-Louis Trintignant avec qui il a créé le Domaine Rouge Garance.

Il y a 45 ans, Bertrand Cortellini ne savait pas que la rencontre de Claudie pendant ses vacances allait changer sa vie.
Il y a 45 ans, Bertrand Cortellini ne savait pas que la rencontre de Claudie pendant ses vacances allait changer sa vie.
CHANTAL DERVEY
Cultiver la vigne en mode bio est vite devenu une évidence pour Bertrand Cortellini.
Cultiver la vigne en mode bio est vite devenu une évidence pour Bertrand Cortellini.
CHANTAL DERVEY
Claudie et Bertrand Cortellini travaillent ensemble tous les jours sur le domaine.
Claudie et Bertrand Cortellini travaillent ensemble tous les jours sur le domaine.
CHANTAL DERVEY
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Eté 1973. Une équipe de potes de la région nyonnaise charge une 2 CV et met le cap sur le Gard, où l’un d’eux a une maison familiale. Parmi eux, Bertrand Cortellini ne se doute pas que ces vacances vont changer sa vie, et Daniel Rossellat n’a pas encore créé le Paléo Festival. «On rêvait d’un monde parfait, plein d’amour et de partage, se souvient le syndic de Nyon. Bertrand était déjà une belle personne avec qui je partageais mes goûts musicaux pour Leonard Cohen ou Bob Dylan. En plus, il chantait et jouait vraiment bien de la guitare.»

Le talent et la sensibilité du jeune Vaudois vont toucher en plein cœur une jeune femme de la région, prénommée Claudie: «Avec leur côté folk et leur musique, ils amenaient quelque chose de nouveau dans notre village, où les gens étaient encore un peu fermés.» Même le père de Claudie voit d’un bon œil l’irruption de cet «intrus»: deux bras masculins seraient bienvenus pour aider aux travaux de la vigne et dans les vergers de cerisiers et d’abricotiers.

Fidèle en amitié

«Vue de l’extérieur, la décision avait l’air facile à prendre, mais pour moi ça a été plutôt très difficile, se souvient Bertrand Cortellini. Il y avait bien sûr Claudie et j’aimais l’idée de changer de métier et de travailler dehors (ndlr: il travaillait à l’époque comme typographe dans une imprimerie). Mais je devais quitter une vie assez facile, et que j’aimais beaucoup, pour l’inconnu.» Installé sous une treille aux côtés de celle qui partage sa vie depuis quarante-cinq ans, le vigneron raconte tout cela sans la moindre trace d’accent vaudois. Il reprend même un «60-16» en «76» pour s’adapter à ses interlocuteurs. Mais son accent n’est pas devenu aussi chantant que celui de son épouse.

VIDEO: Qu’est-ce qui vous manque du canton de Vaud?

Cette façon de s’exprimer est révélatrice. Si Bertrand Cortellini s’est parfaitement acclimaté à la région du Gard – il a d’ailleurs la double nationalité depuis bien longtemps –, il n’a jamais coupé les ponts avec le canton de Vaud. Le fait que Nyon soit atteignable en quatre heures de voiture lui a permis d’entretenir et de développer aux deux extrémités de l’Autoroute du Soleil la plus grande des valeurs à ses yeux: l’amitié. «Quel que soit l’endroit où tu habites, je pense qu’il n’est pas possible d’être heureux tout seul. Et j’aime l’idée de vieillir avec les gens que je connais.»

Grâce à Jean-Louis Trintignant

C’est d’ailleurs à une amitié qu’il doit une partie de sa réussite professionnelle. À celle de l’acteur Jean-Louis Trintignant, domicilié dans la région et qui lui a permis d’utiliser sa notoriété pour créer un domaine viticole. «J’ai eu la chance de rencontrer Jean-Louis chez lui en 1986. D’abord, j’étais content de faire la connaissance d’un acteur que j’adorais. Mais, très vite, j’ai découvert un type aussi formidable que ses films le laissaient supposer.»

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Notre long format:Par monde et par Vaud

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Les deux hommes passent des heures à discuter de vins et de voitures, les deux grandes passions de l’acteur. Et lors d’un dîner naît l’idée de créer un domaine. Il faudra toutefois une dizaine d’années pour la concrétiser. «Alors que nous cultivions encore de la vigne et des arbres fruitiers, des terres en fermage ont été mises en vente. Nous en avons parlé à Jean-Louis, qui a accepté de se joindre à nous dans un partenariat amical. Nous ne voulions en effet pas qu’il s’implique financièrement, pour ne pas avoir de rapports d’argent avec lui.» Une jolie manière également de préserver une amitié…

«L’agroécologie ou les circuits courts restaurent les liens entre les gens. La société pousse vers l’individualisme, mais les gens ont besoin de liens sociaux»

Le domaine est situé sur la commune de Saint-Hilaire-d’Ozilhan, au centre d’une grande plaine entourée de collines. Au loin, en direction de la mer, le vigneron, dont les traits rappellent ceux de François Cluzet – un autre acteur français dont il est quasi contemporain –, aperçoit l’autoroute A9 reliant Orange à la frontière espagnole. Sur la droite, nettement plus visible au soleil du matin que le soir, le célébre pont du Gard. Restait à trouver un nom. «Nous sommes partis sur la garance, une plante cultivée au XIXe siècle pour sa racine rouge, utilisée par les teinturiers. Mais il existait déjà un Château La Garance dans la région de Bordeaux. C’est Claudie qui a eu l’idée d’y ajouter le rouge, couleur de la racine.» Pour la ligne graphique des futures bouteilles, Jean-Louis Trintignant était justement en train de tourner sous les consignes du dessinateur-réalisateur Enki Bilal. Le lien fut vite fait.

Produire bio, une évidence

Enfin, très rapidement, Bertrand Cortellini a opté pour le mode de production le plus proche de ses valeurs: le bio. «L’agroécologie ou les circuits courts restaurent les liens entre les gens. La société pousse vers l’individualisme, mais chaque fois que je suis retourné travailler au Paléo pendant l’été, j’ai été frappé de voir comme les gens étaient heureux de se retrouver. La société a besoin de liens sociaux», constate cet épicurien amateur de musique, de poésie et de littérature.

À l’aube de la retraite, Bertrand Cortellini est serein. Certainement parce qu’il a réussi à construire sa vie en restant proche des valeurs de l’équipe de copains à la 2 CV. Il espère bientôt remettre son domaine, idéalement à un des collaborateurs de sa petite équipe. Mais n’en fait pas une fixation. «Comme nous l’avons créé de toutes pièces, je n’ai pas à subir le poids d’une longue tradition familiale.»

Sa vie de retraité, le Gardo-Nyonnais l’imagine similaire à sa vie professionnelle: avec un pied et quelques orteils dans le sud de la France et les autres dans le canton de sa jeunesse. «On a toujours fait le contraire des Vaudois: on prenait l’autoroute vers le nord pour partir en vacances», s’amuse-t-il. Ces retours au nord lui permettent de retrouver le lac, le chasselas ou la fondue; autant de madeleines de Proust qu’il n’a toutefois jamais cherché à importer en France. «Ma vie s’est passée ici dans ce décor extraordinaire et je peux retourner aussi souvent que je le veux dans cette Suisse que j’adore. Je suis ravi.»

www.rougegarance.com

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