L’homme qui réconcilie les mâles avec eux-mêmes

PortraitWerner Boxler, l’enseignant spécialisé devenu coach de vie propose ses services à Lausanne pour hommes en crise de masculinité.

Image: Vanessa Cardoso

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En juin 1981, Werner Boxler a 23 ans. Fils et frère de mécaniciens à Saint-Gall, il a terminé un CFC et une maturité professionnelle de mécanique mais rêve depuis toujours de travailler dans le social. Il quitte alors travail et famille et part à vélo pour l’Inde, via l’Italie, la Grèce, la Turquie et la Syrie. Il doit abandonner son vélo à la frontière israélienne et passe deux semaines à pied dans le Sinaï. Il n’ira pas plus loin: le monastère Sainte-Catherine sera son Inde. Après deux ans de périple, il rentre en Suisse et, se décidant à concrétiser son rêve, entreprend une formation d’éducateur spécialisé.

Trente-six ans plus tard, en 2017, Werner Boxler démissionne de son travail à la Fondation de Nant, à Saint-Légier, et s’achète un billet d’avion. Direction? L’Inde. Il pose enfin les pieds sur cette terre fantasmée et passe trois mois entre le Cachemire, le Tibet, Dharamsala et Bénarès, à marcher, perfectionner son reiki, s’isoler dans un monastère et méditer sur les traces de Bouddha.

Entre ces deux voyages initiatiques, il aura réalisé une riche et longue carrière dans l’éducation spécialisée, commencée à l’ESSIL (École supérieure sociale intercantonale de Lausanne). «Je cherchais une forme d’exotisme que la Romandie représente pour un Saint-Gallois.» Il y rencontre la mère de ses quatre enfants. Suivent deux ans à la Branche, à Mollie-Margot, un an comme directeur d’un orphelinat anthroposophique près de Stuttgart, puis quatorze ans à la Fondation Perceval, à Saint-Prex. En 2010, il met sur pied pour l’ESSIL un cursus germanophone, mais il est licencié en 2012. Suivent cinq ans à la Fondation de Nant, qu’il quitte en 2017 au bord du burn-out. «J’avais le choix: tomber malade ou partir.» Il part, donc.

De ce voyage en Inde, il revient transformé. «Je ne suis pas bouddhiste, mais je suis dans l’énergie de l’amour et Bouddha a prôné l’amour. Ce voyage m’a permis de monter mon niveau d’énergie, d’être plus libre, plus cohérent dans mes choix de vie. J’ai appris à m’aimer, à croire en moi et à libérer mes émotions négatives.» Le 12 janvier 2017, il lance la première soirée du Cercle d’hommes en présence d’une dizaine de mâles de sa connaissance. Trois ans plus tard, Werner Boxler propose tout à la fois un cercle de parole mensuel, des ateliers thématiques, des cafés de la masculinité et des retraites en Valais.

Dès avril, il lance le nouveau Cercle du mardi, celui du mercredi affichant complet. «Je pensais à ce Cercle d’hommes depuis longtemps. Nous, les hommes, ne sommes pas connectés à nos émotions, ne savons pas les exprimer. Les valeurs qui ont fait de nous des chefs de famille ont changé. Le modèle masculin n’est plus perceptible par les garçons. Le machisme est à juste titre stigmatisé. L’homme doit se redéfinir sans pour autant renier sa masculinité. J’aide les hommes à assumer leur condition tout en étant de bons fils, pères et amants, ancrés, sensibles, conscients de leurs forces et faiblesses.»

Sortir de l’image du chic type

Pas facile à une époque post-#MeToo où les hommes passent pour les grands méchants. «Il est essentiel à la bonne évolution des rapports entre les sexes de donner une voix aux hommes! Les femmes ne sont pas toujours les meilleures amies de l’homme: les hommes doivent aussi s’affirmer, sortir de l’image du chic type qui se plie en quatre pour faire plaisir à sa compagne ou à sa famille. Se retrouver entre hommes, dans un climat dénué de compétition, de séduction ou de jugement, permet paradoxalement de développer sa part féminine.» Les participants? Des hommes de 30 à 70 ans se posant des questions autant sur leurs relations à leurs enfants que sur leur sexualité ou leur place dans la société. «Le monde du travail, de l’économie, est un monde mâle, déconnecté des valeurs respectueuses de l’être humain. La violence faite aux femmes prend sa source dans la peur des hommes, leur incapacité à faire face à leurs émotions, à leurs angoisses profondes.»

«Werner est très à l’écoute. Il est autant dans la douceur que la fermeté, sans jamais oublier l’humour. Il a compris à quel point les hommes manquaient de repères par rapport à leur lignée masculine», témoigne Jean-Michel Brandt, ami de vingt ans, formateur d’adultes et comédien, qui coanime les Cercles d’hommes avec lui. «Il est absolument là où il doit être, se réjouit Christiane Besson, fondatrice du centre Améthyste, qui l’a accompagné dans son parcours de coach. Il est important qu’il y ait complémentarité entre ce qui (ré)émerge du côté des femmes et le vécu des hommes, et il est bien que ce soit des gens comme lui qui mettent cela en œuvre. Il n’a pas besoin de pouvoir et ne fait aucune différence entre les hommes et les femmes dans son travail. De plus, il a donné un nouvel élan à l’Académie romande de coaching.»

Werner Boxler habite un simple et chaleureux quatre-pièces à Lausanne, quartier de la Blécherette, en colocation avec deux étudiants Erasmus. «Un choix économique autant qu’éthique.» Après s’être séparé de la mère de ses enfants en 2009, lui et sa compagne, Gisèle Maillard, directrice du jardin d’enfants Les Petits Soleils, à Crassier, préfèrent habiter chacun de leur côté. Ils se sont rencontrés il y a cinq ans dans un bal folk. Tous deux sont des danseurs passionnés et écument les bals populaires en France ou en Italie. «Werner est un excellent danseur! Et un partenaire facile à vivre, attentionné, qui prend en compte les besoins de l’autre sans s’oublier lui-même. Il sait parler de lui, ce qui est rare chez les hommes.» Il y a cinq ans, Werner a décidé de laisser pousser ses cheveux, qu’il noue en catogan. Il sourit. «Une étape de plus dans mon processus de libération!»

Créé: 10.02.2020, 10h16

Bio

1958 Naît à Saint-Gall dans une famille catholique pratiquante.

1988 Naissance de sa fille, suivie
de trois garçons.

1996 Enseignant spécialisé à la Fondation Perceval, à Saint-Prex.

2008 Nommé responsable pédagogique de l’École
supérieure en éducation sociale à Épalinges.

2009 Séparation d’avec sa femme et mère de ses quatre enfants.

2012 Intègre la Fondation de Nant, à Saint-Légier 2016 Nommé président de l’Académie romande de coaching.

2017 Lance, à Lausanne, les premières rencontres de son Cercle d’hommes.

2019 Nommé représentant vaudois du comité Ruban blanc Suisse, qui œuvre pour l’élimination de la violence envers les femmes d’ici à 2030. 2020 Sa fille doit donner naissance à son premier petit-enfant.

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