Hyperactive, elle apprend à se calmer

PortraitEmilie Blaser, comédienne.

Image: PATRICK MARTIN

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Les auditeurs de la RTS connaissent la voix d’Emilie Blaser, l’une de celles qui leur indiquent s’il faut emporter un parapluie en sortant de chez eux. Certains ignorent sans doute que Madame Météo est surtout comédienne, créatrice de ses spectacles et administratrice de sa compagnie. «En 2011, le Théâtre populaire romand souhaitait mettre en valeur le patrimoine régional à travers des spectacles courts. Tout à coup, cela s’est imposé à mon esprit. J’ai fondé ma propre compagnie, la Distillerie, pour répondre à sa demande.»

Fan d’architecture, elle a l’idée avec un ami d’emmener de petits groupes de spectateurs à travers l’«œuvre d’art totale» qu’est le crématoire de La Chaux-de-Fonds, en les faisant réfléchir à ce qui est important dans leur vie et à ce qu’ils sont prêts à lâcher. «Du coup, j’ai vu le milieu théâtral différemment. Je me suis dit que je pouvais faire les choses moi-même. Cela m’a permis de me demander de quoi j’ai envie de parler, de ne pas être uniquement interprète.»

Icônes rock et peur du vide

Un pas vers l’introspection que la jeune femme va prolonger dans une prochaine création, Tu nous entends? (à découvrir en 2016). «Je me demande pourquoi je m’épuise à courir sans cesse. Je fais toujours 40'000 trucs, par peur du vide, de la solitude, ou par crainte d’être abandonnée. Alors, sur la base des icônes rock mortes en pleine jeunesse, nous allons chercher à savoir comment nous appuyer sur la peur de la mort pour créer, parler de la vie et faire se rencontrer le rock et le théâtre.»

Dans l’immédiat, Emilie Blaser travaille à sa prochaine pièce, Tristesse animal noir, montée avec le collectif Sur un Malentendu, à découvrir fin novembre à l’Arsenic.

Sur la route avec Moriarty

Multitalent, multitâche, elle vient de boucler le dernier épisode d’un web-reportage issu de sa collaboration avec le groupe de folk franco-américain Moriarty, qu’elle a accompagné en tournée, au Québec notamment. «Leur nom est tiré du roman Sur la route, de Jack Kerouac. Je me suis demandé si la tournée, la route, pouvait être un moment de création. J’avais quinze heures de rushes. Scénariser, monter, j’ai dû tout apprendre.» Cela donne cinq épisodes de 20 minutes, dont le dernier est disponible depuis hier sur un site créé tout exprès (www.soundroad.ch). Le format n’est pas adapté aux besoins de la RTS? Qu’importe. Une radio de la Belle Province va diffuser le reportage. «Je suis heureuse d’être allée au bout.»

«J’ai tout de mon père. Dès que le réveil sonne, je me lève, alors que ma mère laisse sonner…»

La persévérance est l’une des qualités qu’elle se reconnaît. Au chapitre des défauts, elle avoue un côté maniaque. Elle possède le sens de l’organisation, qui lui vient de son père. Comme ses jolis yeux verts. «J’ai tout de lui. Dès que le réveil sonne, hop, je me lève, alors que ma mère laisse sonner…»

Une détermination qui lui a servi lorsqu’elle a quitté sa famille et Couvet pour Paris, à 18 ans. «Je ne pensais pas devenir comédienne. Dès l’âge de 6 ans, je voulais être prof ou journaliste. Comme beaucoup, je souhaitais prendre une année sabbatique avant de rejoindre l’université. J’avais fait un peu de théâtre amateur au Val-de-Travers, je me suis inscrite au Cours Florent.»

Elle restera quatre ans dans la Ville Lumière, malgré le choc initial, lorsqu’elle découvre la dureté du milieu. «J’avais peur d’aller sur scène, je me sentais tout le temps jugée. Les premières semaines, je pleurais tout le temps.» Mais la jeune femme a du caractère. Elle s’accroche et, quand elle est acceptée en deuxième année, se décide à poursuivre. «Mes parents m’ont toujours soutenue. Je me suis inscrite à la Sorbonne en lettres modernes, je travaillais à côté, mais je m’épuisais. Ma mère m’a dit: «Tu veux faire du théâtre? Alors vas-y à fond.» Ce sera le théâtre donc, outre de petits boulots pour survivre. «Au Cours Florent, j’ai surtout découvert les auteurs, les textes, j’ai beaucoup lu.»

Formation à la Manufacture

Après un premier échec, les portes de la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande, la Manufacture, s’ouvrent à elle en 2007: «J’étais très heureuse d’être prise. En tout cas, j’allais avancer, avoir une bonne formation.» Elle y découvre une tout autre ambiance qu’à Paris, loin de la concurrence effrénée qui règne là-bas. «Tout le monde est là pour la même chose: travailler, jouer et créer des spectacles.»

A la sortie de l’école, elle enchaîne les rôles, se met à enseigner puis entre à la Radio romande. Désormais Lausannoise, elle passe d’un projet à l’autre sans faire de pause. Une boulimie d’activités qui tourne mal: victime d’un malaise, elle tombe dans les pommes à la première d’un spectacle. «L’an dernier seulement, j’ai compris l’importance du vide, du besoin de s’arrêter, de laisser venir les idées.» (24 heures)

Créé: 12.05.2015, 08h58

Carte d'identité

Née le 2 mai 1985 à Couvet (NE).

Cinq dates importantes
2003 Part à Paris étudier le théâtre au Cours Florent.

2006 L’acteur Bruno Putzulu la fait monter sur le plateau de Vidy. «Je me suis dit: c’est là que j’ai envie d’être.»

2007 Retour à Lausanne. Etudes à la Manufacture - Haute Ecole de théâtre de Suisse romande.

2011 Crée sa propre compagnie.

2014 Découverte des Grisons et de leur architecture. «J’y ai trouvé la future direction de travail pour ma compagnie.»

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