L’idéaliste qui nous confronte à la fragilité humaine

Portrait Le directeur de la Fondation de Verdeil, Cédric Blanc veut donner à voir la réalité des enfants en difficulté ou handicapés

Cédric Blanc pose avec des élèves de la Fondation de Verdeil

Cédric Blanc pose avec des élèves de la Fondation de Verdeil Image: Odile Meylan

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Est-ce la proximité avec des gosses sans fard, qui trimballent leur lot de souffrance? Cédric Blanc dégage un mélange surprenant de fraîcheur, d’optimisme indécrottable, de pragmatisme et d’opiniâtreté. Ainsi, lorsque le directeur de la Fondation de Verdeil, la plus grande institution d’enseignement spécialisé vaudoise, cherche à faire un film sur ses élèves, il contacte le cinéaste Fernand Melgar. Qui l’éconduit poliment, en lui expliquant qu’il ne travaille pas sur commande. Mais la graine est semée: présentée aux Journées de Soleure, L’École des Philosophes sortira ce printemps, année des 60 ans de l’institution. Le réalisateur s’est finalement approprié le sujet, en exigeant carte blanche. Il pensait trouver de la résistance; Cédric Blanc a donné son aval en deux minutes. «On dit qu’un paysan vaudois a trois principes: méfiance, méfiance, méfiance, commente Fernand Melgar. Lui, c’est confiance, confiance et confiance.»

À l’heure de la récréation, le voilà gentiment bousculé par une bande d’adolescents, l’air amusé dans le costume-cravate qu’il a enfilé sur les conseils de sa fille cadette – la seule de ses trois enfants qui n’a pas quitté le nid familial. Le directeur de Verdeil voulait être photographié entouré d’élèves. La devise «Vivons heureux, vivons cachés», très peu pour lui: «Celui qui est visible se rend accessible.»

Changer le regard des gens

Il aime remonter à 1983, l’été de ses 15 ans et de sa vocation. Le jeune Montreusien passe ses vacances chez des amis tessinois de ses parents et leur fils, autiste profond. «Un jour, j’étais à la piscine avec Claudio. Il était extrêmement heureux, cela se voyait sur son visage. Il criait, giclait. Forcément, il ne passait pas inaperçu. Et je me souviens des gens qui nous dévisageaient. Moi, je le voyais toute la journée avec ses angoisses, et c’est justement au moment où il se sentait bien que les gens l’observaient avec malveillance.» Cédric Blanc se promet alors d’agir pour changer ce regard.

Vers la fin de sa scolarité, il compose le 111 pour obtenir un renseignement: le métier d’éducateur sportif pour personne handicapée existe-t-il? La réceptionniste lui conseille d’appeler la Fédération suisse de sport handicap – pour laquelle il travaillera des années plus tard – où on lui conseille de devenir maître de sports et de se spécialiser, ou d’opter pour le job d’éducateur. L’hyperactif féru de montagne, adepte de gymnastique, de basket, de volley et de tennis, choisit la première option, et se forme au sport handicap à côté de ses études.

Pour son ami Edouard Chollet, le conseiller personnel de Guy Parmelin avec qui il partage sa passion du vin, cet engagement relève presque de l’apostolat. «C’est quelque chose qui transcende la profession ou la formation. Il est pénétré de la conviction que le handicap a sa place parmi nous.» Alors qu’on parle beaucoup d’intégration au travail et à l’école, Cédric Blanc fait un pas de côté. «Je pense qu’on doit d’abord intégrer dans les loisirs. C’est là que les liens sociaux sont les plus forts. Quand on réunit des enfants qui ont les mêmes intérêts, ils sont beaucoup plus disposés à vivre ensemble.»

Littéralement, ses yeux pétillent lorsqu’il évoque son premier numéro intégratif, réunissant des gymnastes qu’il entraînait et des jeunes handicapés mentaux. C’est ce soir-là qu’il a rencontré sa femme. Souvenirs aussi de son premier camp sportif mixte. De la prestation de ses protégés à Gymnaestrada ou de la journée de ski offerte aux enfants de Verdeil aux Diablerets. «C’était un moment magique», se rappelle Philippe Nendaz, chef de l’Office vaudois de l’enseignement spécialisé et ancien collègue, qui salue un homme de projets et de réseaux.

«Blanc, c’est une minute -­ un projet», rigole le principal intéressé, qui, étudiant, se lançait dans un voyage humanitaire au Sahara avec cinq copains, soirée de bienfaisance et collecte de médicaments invendus à l’appui. «On s’est rendu compte qu’on ne faisait pas que du bien. Il y avait une forme de naïveté, mais on a beaucoup appris.»

Crève-cœur

Récemment, il a dû mettre en berne un autre rêve: une école mixte réunissant les classes du quartier et des écoles de Verdeil. C’est le credo de ce professionnel ouvertement critique face à la politique cantonale d’inclusion scolaire. À Payerne, il voulait faire dialoguer ces deux mondes et permettre à des enfants fragilisés de ne pas être toujours les minoritaires du préau. Mais la Municipalité a renoncé. Le ton doux se fait plus cassant. On sent poindre cette impatience qu’il avoue parfois ressentir. La décision lui a fait mal. Persuadé qu’un tel projet sera mûr, un jour, ailleurs, il a fait le poing dans sa poche et évité d’agiter le landerneau politique. Un monde que connaît bien ce libéral-radical, qui a été municipal et conseiller communal à Roche, puis à Epalinges où il fait un bref passage avant de rallier son cher Est vaudois. Pas vraiment le cliché du directeur d’institution gauchiste en Birkenstock. Enfant heureux d’un directeur de PME libéral, ancien municipal, et d’une maman qui a donné son temps au bénévolat, il croit à la responsabilité individuelle. «Et cela fait beaucoup de bien à la politique d’avoir un PLR qui travaille dans le social ou un banquier socialiste.» De ses parents, il tient aussi son amour de la montagne et de cette nature à laquelle le renvoient les gosses dont il prend soin. «Ils nous rappellent qu’on est des petites choses sur cette planète.» Notre impuissance face aux dangers naturels, comme cette avalanche qui a failli lui enlever son frère. «Ces enfants nous amènent à la même humilité. Avec eux, on est dans le vrai.» (24 heures)

Créé: 07.02.2018, 08h10

Bio express

1968
Naît le 20 octobre et grandit à Montreux.
1983
Il trouve sa vocation après un séjour en compagnie d’un jeune autiste.
1994
Il épouse Isabelle.
1995
Naissance de sa fille Johanne, suivie par Lionel en 1996, puis Bénédicte en 2002, «ses trésors».
1996
Enseignant d’éducation physique, géo et allemand au Collège d’Aigle jusqu’en 2006. Il y fera rapidement du temps partiel pour donner des cours de sport dans une classe de Verdeil et travailler à la Fédération suisse de sport handicap.
2007
Obtient son master universitaire en sciences du sport en emploi.
2009
Il crée la Fondation Sport-up, qu’il préside aujourd’hui.
2011
Prend la direction de la Fondation de Verdeil, qui fête ses 60 ans en 2018.

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