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Elle immortalise cent Nez pour dire merci à Théodora

Marina Forney Petite-fille du fondateur du Musée de l’appareil photo, la Veveysanne a passé son enfance dans les hôpitaux. Elle sort un livre au profit des docteurs Rêves.

Marina Forney a claqué 100 portraits de Nez pour son exposition et son livre au profit de la fondation Théodora.
Marina Forney a claqué 100 portraits de Nez pour son exposition et son livre au profit de la fondation Théodora.
Patrick Martin

C’est l’histoire d’un handicap devenu une force. Une dyscrânie faciale et une fente palatine qui ont forgé cette Veveysanne au grand cœur et au caractère bien trempé. Elle se serait volontiers passée de ces hospitalisations à répétition jusqu’à l’âge de 20 ans, mais tant qu’à faire elle a su transformer ces aléas en énergie positive, toutes les grimaces de souffrance en sourires.

La force du clown en somme. Cette figure tragicomique, Marina Forney en a fait le fil rouge de son exposition photos et de son livre «Je suis Nez», dédié à la Fondation Théodora (qui touchera les bénéfices de la vente). Cent personnalités locales et romandes – entre autres, Christian Constantin, Jean-Claude Biver, René Prêtre – se sont prêtées à un moment de lâcher-prise loufoque devant l’objectif. «J’ai dû batailler ferme au début pour rassembler tous mes Nez et puis un article de «24 heures» a fait s’emballer la machine.» C’est pécher par excès de modestie et passer sous silence le solide réseau qu’a su se constituer la photographe d’à peine 30 ans. L’affluence aux deux soirées de vernissage en grande pompe à l’Hôtel des Trois Couronnes de Vevey et au Grand Hôtel des Bains à Lavey en a donné un aperçu. Presque une épreuve pour la Veveysanne, discrète de nature, notamment sur sa vie privée: «Je préfère rester dans l’ombre et je ne pensais pas que ce projet me mettrait autant en avant.»

Cette entreprise de très longue haleine est avant tout un témoignage de grande reconnaissance. «J’avais 11 ans quand j’ai croisé un clown de Théodora la première fois au CHUV. J’ai vu arriver ce médecin Foldingue. J’étais en pleurs pour une énième prise de sang. Je le vois encore me demander la permission d’entrer. Il a mis des petites paillettes sur les bulles de la piqûre. J’ai trouvé ça magique.»

Marina est donc née différente en 1987 à Curitiba, au Brésil. Sur son placement immédiat dans un orphelinat, elle ne dira rien. À 6 mois, elle est recueillie au sein de sa famille suisse, forte de quatre autres enfants, dont deux adoptés comme elle. «J’étais la plus jeune. J’ai eu une enfance heureuse, malgré les opérations. Bien sûr, les gamins se moquaient de moi à l’école, mais j’ai pris ça comme une force. J’en ai quand même souffert pas mal d’années, mais j’ai eu la chance d’avoir des frères très protecteurs.»

Il y a Pascal, qui a conçu toute la charte graphique du projet «Je suis Nez». Olivier, qui voyage actuellement à vélo en Chine. Jean, qui vient aussi du Brésil. Et Viviana, la sœur non voyante originaire de Colombie. «Petite, j’ai toujours préféré m’occuper d’elle plutôt que d’aller jouer avec mes copains.»

Esprit de famille

C’est qu’on a l’esprit de famille chez les Forney. En 2003, c’est toute la smala qui embarque pour l’Irlande, direction Dublin, durant un mois et demi, histoire d’y apprendre l’anglais. «J’y ai aussi pris ma première cuite, à la Smirnoff. T’en demandes une et ils t’amènent un verre grand comme ça! Mes parents n’ont pas vraiment apprécié…» se remémore-t-elle dans un sourire.

À 19 ans, CFC de gestionnaire en économie familiale en poche, elle embarque pour un voyage autrement plus sensible en Amérique du Sud, sur les traces de ses origines. «Ça a été une aventure très émouvante. J’en ai profité pour réaliser mon premier reportage photo amateur. J’ai pu rencontrer le juge qui avait validé mon adoption, mais surtout la Sœur d’Église qui m’a gardée mes six premiers mois de vie. Elle m’a sorti des albums photos. Je me suis vue dans ses bras à l’orphelinat.» Elle en revient néanmoins plus Veveysanne que jamais: «Ma vie, mes parents, ma famille sont là, sur cette Riviera que j’aime. En 1999, j’ai même participé à la Fête des Vignerons en tant qu’«enfant cep». Et c’est à Vevey que je terminerai en décembre avec mon exposition.»

Sa voie dans la photo, elle la trace en autodidacte. Deux ans comme photographe du Forum économique du Nord vaudois, «où j’ai rencontré pas mal de mes futurs Nez». Mais également en occupant un poste «5 étoiles» à l’Hôtel RoyAlp de Villars pour travailler sur une plaquette de présentation. «J’y ai rencontré Annie, qui est devenue ma meilleure amie.» Et cette dernière d’ajouter: «Entre nous, ça a été un coup de foudre.» Comme celui de Marina pour Paulo, son mari: «Mon seul et unique amour.»

La passion de la photo relève aussi de l’histoire de famille. Marina est une «petite-fille de», en l’occurrence de Claude-Henry Forney, fondateur et premier conservateur du Musée suisse de l’appareil photo de Vevey, qui contribue à la renommée de la Ville d’Images. «C’était une figure. Je me souviens de l’église Saint-Martin pleine à craquer pour son enterrement, même si je préfère me souvenir de la maison de vacances à Rossens. Je ne l’ai malheureusement pas beaucoup connu, il est mort quand j’avais 9 ans. Il était très doux.»

Un «grand-papa poule» qu’elle retrouvait parfois au Musée de la photo: «Un de mes lieux préférés, avec mon jardin. J’y vais encore avec mon fils Elioth. J’y croisais aussi mon autre grand-papa, ancien policier à Vevey, devenu gardien du musée une fois à la retraite. Je me souviens que je filais à fond la caisse dans les couloirs et tout d’un coup j’entendais mon grand-père au micro: «Arrête de courir!» Et je me demandais à chaque fois comment il m’avait vue! Il me surveillait sur les caméras.»

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