L’impertinent est devenu un directeur bienveillant

PortraitPatrick-Ronald Monbaron: Fraîchement retraité, l’ex-directeur du Gymnase de Renens n’a «aucun génie», jure-t-il, sauf pour être «maître».

Image: Patrick Martin

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Il vient de prendre sa retraite. Pourtant, son immuable sourire en coin et sa silhouette efflanquée gardent quelque chose d’une jeunesse impertinente. Cette première impression ne manque pas d’ironie, venant d’un ancien directeur d’école. En janvier dernier, Patrick-Ronald Monbaron a cédé les rênes du Gymnase de Renens, signant la fin d’une carrière de quarante-deux ans dans l’enseignement.

Le métier de «maître», comme il dit, dédaignant le mot «prof», l’a happé avant même la fin de ses chères études. Il est donc de ceux qui ont vu défiler des centaines voire des milliers d’élèves, et ce, sans oublier d’accorder à chacun toute son attention. «Les premiers que j’ai connus ont près de 60 ans aujourd’hui», s’amuse-t-il. Et parvient-il à les reconnaître, après tout ce temps? «Oui, tous. Si je les croise dans la rue, je me rappelle leur visage, peut-être pas toujours leur nom. Eux aussi n’ont pas de mal à me reconnaître.»

Maître de français et surtout d’histoire, c’est au Collège de Villamont qu’il fait ses premières armes. À Lausanne, c’est juste au-dessus du quartier de son enfance. D’ailleurs, sa carrière ne l’amènera jamais très loin de là. Il entrera par la suite au Gymnase du Belvédère, puis à la Cité, où il a été doyen pendant près de vingt ans. Passé capitaine un peu sur le tard, il est nommé directeur pour mettre sur les rails rien de moins que deux des onze gymnases du canton de Vaud: celui de Provence d’abord, créé en 2011, puis celui de Renens, inauguré en 2016.

Beau parcours pour quelqu’un qui confie qu’étudier n’avait au départ rien de naturel: «Je suis de la première génération qui a bénéficié de la démocratisation des études.» Comme beaucoup de bons profs – de ceux qui ont compté dans la vie de leurs élèves – il avoue même un passé de cancre. «J’étais malheureux. On oublie que l’école du XIXe siècle a été la norme pour une bonne partie du XXe. On n’en est sorti qu’après 1968.» À l’époque, les romans étudiés en classe remplaçaient les mots interdits par des astérisques. L’élève Monbaron, lui, s’amuse à les compléter au crayon et cumule les heures d’arrêt et les suspensions. «Il suffisait de peu de chose: un bon mot, une impertinence. J’avais tendance à toujours sourire au mauvais moment.»

La coiffure mène à l’art

Patrick-Ronald Monbaron semble le savoir mieux que quiconque: l’école n’est pas tout, et l’éveil à la culture et aux arts peut passer par bien d’autres chemins. «Mon père était coiffeur, perruquier et maquilleur. Il tenait une sorte de monopole auprès du Théâtre municipal (ndlr: aujourd’hui Opéra de Lausanne). J’ai passé une bonne partie de mon enfance en coulisses et entre le Lyrique et le Chat Noir.» À l’époque, les deux établissements étaient encore très fréquentés par les artistes, qui avaient leurs habitudes soit dans l’un, soit dans l’autre. «Ça a été une initiation formidable au théâtre, mais aussi à la littérature et à l’art, en particulier l’art plastique», se souvient-il. Dans son salon de coiffure installé en haut de l’avenue de la Gare, son père accueillait des peintres vaudois qui payaient parfois leur mise en plis avec une toile. Coïncidence? Aujourd’hui Patrick-Ronald Monbaron habite toujours à la même avenue, avec son épouse, dans un bel appartement rempli de peintures d’artistes locaux. «Comme je n’ai aucun talent ni aucun génie, je soutiens ceux qui en ont», commente-t-il, en collectionneur.

Tenté par un apprentissage de graphiste, il finit par entrer à l’université, tout en enseignant à ses premières classes, en se mariant une première fois et en fondant une famille. L’enseignement devient dès lors «sa première priorité», mais certainement pas son seul horizon. «On n’enseigne que ce que l’on est», répète-t-il volontiers. Et Patrick-Ronald Monbaron a été beaucoup de choses, à commencer par journaliste, écrivant des piges pour 24 heures et manquant de peu de devenir une voix de la Radio suisse romande.

Repéré pour son timbre grave et chaleureux, on lui propose de créer une émission littéraire. Il va jusqu’à interviewer Jacques Chessex pour une première diffusion… qui n’aura jamais lieu. «Il était furieux! Mais il a eu l’occasion de prendre sa revanche.» Des années plus tard, il retrouvera le sanguin homme de lettres au Gymnase de la Cité, où tous deux sont enseignants. «Il m’est tombé dessus devant tout le monde. Au moins, après ça, les élèves me reconnaissaient!»

Une passion pour les êtres

À l’aventure journalistique, Patrick-Ronald Monbaron aura préféré la recherche académique en histoire, qu’il poursuivra tout au long de sa carrière d’enseignant. Mais ne lui parlez pas de «passion». «Je n’ai pas de passion pour l’histoire. Ce qui me passionne, ce sont les êtres», tranche-t-il. En tant qu’enseignant puis directeur, il s’est ainsi voulu apôtre de la bienveillance, un mot qu’il répète volontiers. «Être maître de gymnase vous donne une liberté extraordinaire. Mais il faut entrer en classe pour dire quelque chose. Cela ne suffit pas de faire de l’animation et de restituer une compilation de savoirs. J’ai voulu transmettre l’impertinence et la curiosité à mes élèves.»

Ce style particulier lui vaut d’être reconnu comme «un personnage» par certains de ses collègues directeurs de gymnase. «Il a été une bulle d’oxygène et de liberté dans un système qui a souffert d’une grande rigidité», juge même Olivier Maggioni, directeur du Gymnase du Soir, dont Patrick-Ronald Monbaron a présidé le comité de direction pendant plusieurs années. «Ce n’était pas toujours facile et il a quand même créé deux gymnases, avec un engagement qui allait du choix des armoires aux négociations pour créer une antenne de la Bibliothèque cantonale et universitaire dans son établissement.» (24 heures)

Créé: 22.02.2018, 09h21

Bio

1953 Naît le 30 septembre à Lausanne.

1973 Entre à l’Université de Lausanne, d’où il sortira avec une licence ès lettres, en histoire.

1976 Enseigne à ses premières classes en temporaire au Collège secondaire de Villamont, à Lausanne.

1977 Naissance de sa fille, suivie par un fils en 1982, issus d’un premier mariage.

1982 Est engagé en tant que collaborateur scientifique par le professeur Alain Dubois pour un projet de recherche sur l’administration bernoise en Pays de Vaud, un thème sur lequel il continuera de travailler et de publier tout au long de sa carrière.

1987 Devient maître titulaire au Gymnase de la Cité, puis doyen dès 1991.

2009 Est chargé par l’État de Vaud de créer le Gymnase de Provence, ouvert en 2011, puis celui de Renens, inauguré en 2016.

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