L’improvisateur laboure le champ des possibles

Portrait Le comédien yverdonnois Yvan Richardet promet la guerre au réchauffement climatique. Une blague très sérieuse.

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Sa candidature sauvage au Conseil d’État vaudois a fait le buzz en mars dernier. Dans son blog, Yvan Richardet appelait à voter pour l’urgence climatique au niveau vaudois. Relayé par plus de 200 partages Facebook, le jovial Yverdonnois garantissait le plein de changements avec son programme. «Le plus impopulaire de toute l’histoire suisse parce que le réchauffement climatique ne s’embarrasse pas de jolies promesses et demande qu’on entre en guerre contre lui.»

Improvisateur et comédien, le sourire généreux, Yvan Richardet n’a pourtant rien d’un tueur. Simplement un homme engagé qui sème une parole libre et humoristique. Issue d’une créativité nourrie de ses connaissances et de ses expériences en improvisation, son éloquence s’épanouit sans entraves sur scène ou dans la sphère publique. C’est ainsi qu’a soudain émergé son projet de candidature en tant que représentant du CUCU (Comité pour l’Urgence Climatique Utopique).

Le fanfaron, comme il se désigne lui-même en référence à ses premiers pas artistiques en tant que trompettiste de fanfare, s’est depuis recentré sur d’autres urgences, comme son travail de comédien avec la compagnie théâtrale des ArTpenteurs ou ses multiples activités d’improvisateur. «Il y a cependant quelques personnes qui m’encouragent à me lancer sérieusement en politique. Je suis indécis: d’une part, j’ai trop peu de temps ces prochains mois pour me consacrer à un nouveau projet. D’autre part, c’est un sujet brûlant qui doit être pris par les cornes ces prochaines années; l’urgence est réelle. C’est là tout mon paradoxe d’activiste qui prône le temps partiel et qui n’a pas une minute…» Joëlle, sa compagne depuis plus de dix ans, s’est fait une raison, mais Lipton, le chat roux avec qui il entretient une relation privilégiée, miaule parfois pour obtenir plus d’attention. Le petit félin lui rappelle que la vie n’est pas faite que d’engagements.

Ce fils de paysan de Chevressy, petit hameau du village de Pomy, dans le Nord vaudois, aime d’ailleurs prendre des respirations, car il est en lien organique avec le vivant. «Je viens d’une famille d’agriculteurs. Je cultive le champ des possibles.» Tout Yvan Richardet est contenu dans cette phrase. «Quand j’étais enfant, je voyais la nature s’étendre à perte de vue depuis chez moi. C’est peut-être cela qui m’a donné le goût de la préserver.» Son père, Robert, lui a pourtant déconseillé de faire comme lui un métier de crève-la-faim. Le futur comédien a donc d’abord passé par la case HEP (Haute École pédagogique), avant de se lancer dans différentes aventures artistiques.

Formation intergalactique

Bouillonnant d’idées, il met en évidence un cursus intergalactique tant il a passé d’un univers à l’autre, mais ce «vertueux», comme le décrit avec bienveillance son ami Grégoire Leresche, reste toujours fidèle à ses convictions. «La droiture est une de ses grandes qualités. Dans toutes ses actions, il est en accord avec lui-même.» Les deux hommes se sont rencontrés au gymnase, où Yvan Richardet a osé aborder Grégoire, rugbyman charismatique de 2 m 06, pour lui demander s’il pouvait entrer dans son groupe d’impro. Débonnaire, le géant l’a invité sans attendre. Depuis, ils ne se sont plus quittés et pratiquent l’improvisation dans plusieurs projets communs. Cocréateurs de la Compagnie du Cachot, dont Yvan Richardet était également l’administrateur, ils répondent présent à toutes les fantaisies. «Avec ses complices, Yvan est indéniablement une des âmes du théâtre L’Échandole», relève Sophie Mayor, la directrice, qui accueille la compagnie dans ses locaux. Elle apprécie son sourire et le fait que, malgré toutes ses activités, il conserve une spontanéité joyeuse et légère. «J’aime sa capacité à activer sa créativité avec ce qu’on lui propose. Yvan m’a offert une assurance annulation. C’est-à-dire, que lui et sa troupe sont capables d’improviser en s’inspirant de l’artiste qui nous lâche.» Quant à son engagement politique, Sophie Mayor le trouve parfaitement approprié à l’heure où la jeunesse du monde descend dans la rue pour le climat.

Affamé d’expériences variées, Yvan Richardet a eu le goût du théâtre en improvisant de petits sketchs pour les soirées de la fanfare ou dans les camps de jeunes musiciens. «Enfant, j’aimais faire le clown. La pratique de l’impro était presque une suite logique. Comme je m’implique à fond dans tout ce que je fais, j’ai eu envie d’aller plus loin.»

«L’émeute», son premier seul en scène, créé début 2017, est lui aussi dédié au réchauffement climatique, ce qui prouve qu’il n’a pas attendu l’augure d’élections cantonales pour évoquer avec humour le sujet qui lui tient à cœur. Ce spectacle «alarmiste, mais bienveillant, optimiste, mais angoissant, humoriste et décroissant» est né de sa révolte intérieure contre les outrages faits à la terre. Chantal Bianchi, codirectrice de la Compagnie des ArTpenteurs dans laquelle il joue depuis cinq ans, admire sa capacité à aller au fond des choses. «C’est un être lumineux qui sait tout faire, aussi bien manier la masse que le verbe. Je lui ai proposé de m’accompagner en Bulgarie pour un stage de théâtre: il a refusé car il devait prendre l’avion!»

Yvan Richardet agit au quotidien. Si ce n’est par la politique, il prend d’autres chemins. «Je vais continuer à chercher par tous les moyens non violents et humoristiques – «dérisonnistes», dirait Sdrja Popovic, un activiste serbe – à ébranler et à questionner l’hypnose du système capitaliste. Mon action m’a conforté dans le fait qu’une solution véritablement écologique s’accompagnera d’un changement de système économique et politique.»

Créé: 09.04.2019, 09h14

Bio Express

1981
Naissance le 12 août à Yverdon-les-Bains.
1993
Commence la trompette à la fanfare La Villageoise de Pomy.
1995
Passe trois jours dans la forêt avec la bande de Sherwood. «Nos mères nous ont retrouvés sales, puant la fumée et piqués par les tiques.»
1998
Voyage humanitaire au Mexique.
2000
Reçoit cet ordre pendant l’école
de recrues: «Soldat Richardet, soyez moins drôle!»
2002
Premiers concerts du Quatuor Bocal.
2003
Cofondation de la Compagnie du Cachot.
2008
Stage à Londres avec Keith Johnstone, auteur de la bible des improvisateurs «Impro - Improvisation & théâtre».
2012
Premières de la Comédie Musicale Improvisée.
2016
Rejoint les ArTpenteurs.
2017
Crée «L’émeute».
2018
«Robin des Bois», avec le Quatuor Bocal.

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