L’ingénieur de bonne famille devenu moine bouddhiste

PortraitHelmut Gassner a atterri il y a quarante ans au centre tibétain du Mont-Pèlerin. Le moine autrichien y cherche des réponses à ses questions existentielles.

Helmut Gassner a vécu quarante ans au Centre tibétain du Mont-Pélerin, soit dès son ouverture en 1977.

Helmut Gassner a vécu quarante ans au Centre tibétain du Mont-Pélerin, soit dès son ouverture en 1977. Image: Patrick Martin

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Le sourire à pleines dents qui traverse le visage de Helmut Gassner est celui de l’enfant curieux de tout et depuis toujours. L’Autrichien de 63 ans n’en est plus à dépiauter des radios comme il le faisait gamin, pour chercher des réponses dans le moindre rouage, mais les questions restent les mêmes: l’électricité, la lumière, la nature, la vie, la mort, l’origine de tout. «Dans mon Autriche très catholique, mes enseignants et profs de physique étaient embarrassés pour expliquer la naissance du monde sous le regard strict du curé, raconte-t-il dans un bon français teinté d’accent germanique. La norme était la théorie de la création en sept jours, alors que celle du Big Bang circulait. Que fallait-il croire?»

Depuis quarante ans, l’ingénieur de formation a trouvé dans le bouddhisme le trait d’union idéal entre ses questionnements les plus profonds et son besoin de comprendre le monde de manière rationnelle et scientifique, à travers les débats d’idées quotidiens et les enseignements du maître. Devenu moine, il poursuit sa quête depuis quatre décennies au Centre des hautes études tibétaines du Mont-Pèlerin, sur les hauts de Vevey, auquel il est intimement lié pour en être l’un des premiers élèves.

«L’obstacle, c’est la tentation»

C’était en 1977. Helmut Gassner commence cette année-là une nouvelle vie faite de joie, mais aussi de discipline et de renoncement. «Le plus grand obstacle pour les moines, c’est la tentation sexuelle, lance-t-il sans tabou. Il faut être vigilant, rester concentré sur l’objectif: savoir se détourner de l’avarice, de la jalousie, de la colère, du désir.» En somme, c’est un virage à 180 degrés pour ce fils de bonne famille ayant prospéré dans le textile dès le XIXe siècle. «Tous mes parents sont enseignants, médecins ou ingénieurs comme mes deux oncles. J’y ai vu ma voie.» À 16 ans, il part donc pour une année à Minneapolis (États-Unis), où il acquiert les bases du dessin technique et apprend l’anglais. «L’année précédente, on y allait encore en bateau. J’y suis allé en avion, quelque chose d’exceptionnel.» De retour, il termine son baccalauréat et enchaîne à Zurich avec l’École polytechnique fédérale: «Ma mère a insisté. C’était une école «efficace», concentrée sur quatre ans.»

Helmut y côtoie d’autres fils de familles aisées. «Il y avait beaucoup d’argent, je ne pouvais pas suivre. Alors je travaillais comme opérateur télex pour enregistrer les cotes de la Bourse américaine. Ils voulaient quelqu’un qui travaille vite, maîtrise la technique et sache taper à dix doigts, ce qui n’était pas courant à l’époque.» Helmut gagne 2000 francs par mois, une somme énorme dans les années 1970. «Je n’avais pas le temps de dépenser mon argent entre les cours et le travail. À la fin de mes études, j’avais une petite fortune.»

L’importance de la formulation

Il décroche son diplôme à 22 ans. Mais entre-temps, le déclic s’est produit: il a découvert le bouddhisme par le biais de sa petite amie, une réfugiée cubaine qui a visité l’Inde à plusieurs reprises dans le contexte hippie. Elle l’emmène au centre bouddhiste de Rikon, près de Winterthour, le premier de Suisse. Il y rencontre son premier maître, le vénérable Gueshé Rabten, qui a connu l’exil avec le dalaï-lama lors de l’invasion chinoise en 1950. «Dès nos premiers contacts, j’ai été impressionné par son pouvoir d’expression et j’ai voulu apprendre le tibétain. J’ai découvert l’importance de la formulation. Toujours des propos très clairs, cohérents, très courts, avec beaucoup de profondeur. Ce fut un maître exceptionnel. Très humble. Il ne disait pas qu’il était un assistant du dalaï-lama. Je ne l’ai su que quatre ans après notre rencontre. Quand il m’a demandé si j’acceptais de me transférer au nouveau centre du Mont-Pèlerin, ma seule question a été: «Est-ce que vous venez aussi?»

Sur les hauteurs de la Riviera, celui qui a débuté comme traducteur du maître est devenu homme à tout faire. «Aujourd’hui, Gonsar Rinpoché ( ndlr: son deuxième maître ) parle bien français et je m’attelle à d’autres tâches: l’accueil, les visites du centre, le site Internet, représenter le centre à l’étranger; je reviens d’ailleurs du Sri Lanka. Quand on ne peut pas joindre le maître, on m’appelle.»

«Il y a une vieille ferme, c’était notre résidence familiale d’été. J’aurais pu vendre et vivre confortablement, j’ai préféré demander à mon maître s’il voulait un deuxième centre»

À cela s’ajoutent les innombrables allers-retours en Autriche, sur ses terres natales de Bregenz. Helmut Gassner a contribué à créer un second centre, sur un terrain hérité de ses grands-parents, au début des années 1980. «Il y a une vieille ferme, c’était notre résidence familiale d’été. J’aurais pu vendre et vivre confortablement, j’ai préféré demander à mon maître s’il voulait un deuxième centre.» Ces fréquents déplacements lui ont fourni les rares occasions de renoncer à son habit de moine. «Au début, pour les questions administratives, tout était plus simple avec une cravate et mon titre d’ingénieur. Avec nos robes, on nous confondait régulièrement avec les Hare Krishna. Puis les gens ont appris à nous connaître et à me demander pourquoi je ne mettais pas mon habit!»

Après quarante ans au Mont-Pèlerin, imagine-t-il partir un jour? «Le lieu importe peu. Ce qui compte, c’est la proximité des maîtres. Quelles que soient les difficultés de la vie, en quelques mots, tout devient agréable. La qualité de leur conseil est telle que, même en quarante ans, je n’atteins de loin pas ce niveau. Cette proximité m’apporte un équilibre, même si les questions sans réponse restent encore nombreuses.» Quand mon maître m’a demandé si j’acceptais de me transférer au nouveau centre du Mont-Pèlerin, ma seule question a été: «Est-ce que vous venez aussi? (24 heures)

Créé: 16.11.2017, 09h08

Bio

1954 Naissance à Bregenz, en Autriche, près de la frontière suisse, dans une famille aisée.

1970 Départ pour un an à Minneapolis (États-Unis) pour apprendre le dessin technique et les bases du métier d’ingénieur.

1975 Découvre le bouddhisme au centre de Rikon, près de Winterthour. Il y fait la connaissance du vénérable Gueshé Rabten: une révélation.

1976 Finit ses études à l’École polytechnique fédérale de Zurich.

1977 Suit son maître au nouveau Centre des hautes études tibétaines du Mont-Pèlerin (Rabten Choeling), dont il est devenu l’un des représentants incontournables.

1983 Le nouveau centre qu’il a fait construire sur un terrain familial en Autriche ouvre ses portes.

1986 Décès de Gueshé Rabten.

2017 Rabten Choeling fête ses 40 ans d’existence.

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