Inquiète de l’état du monde, l’humanitaire veille sur les enfants

ONGAprès avoir secouru les otages dans la jungle colombienne, Barbara Hintermann est la première femme à diriger Terre des hommes.

«Je suis très optimiste et positive, mais je me réveille parfois le matin en songeant avec tristesse à l’état du monde. C’est pour cela que je n’ai jamais  eu le courage de mettre un enfant au monde.»

«Je suis très optimiste et positive, mais je me réveille parfois le matin en songeant avec tristesse à l’état du monde. C’est pour cela que je n’ai jamais eu le courage de mettre un enfant au monde.» Image: Patrick Martin

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Depuis le début de l’année, Barbara Hintermann prend ses marques à la tête de Terre des hommes Lausanne. L’organisation d’aide à l’enfance sort de difficultés financières qui ont conduit à la suppression d’une soixantaine de postes au siège lausannois. Un terrain encore fumant dont la nouvelle directrice s’accommode d’autant mieux qu’elle a acquis une longue expérience des zones en crise. Engagée dans l’aide humanitaire, cette Zurichoise a appris à se plaire en terres romandes au travers d’un parcours international.

L’imposant collier ethnique qu’elle porte au cou semble être le seul élément de décor de son petit bureau lausannois où elle nous reçoit. Elle n’a pas encore eu le temps de le personnaliser. Juste à côté, à la réception de Terre des hommes, le nom de la nouvelle directrice n’est pas encore bien assimilé par tous ses collaborateurs. C’est que Barbara Hintermann, encore sous contrat auprès de son ancien employeur, ne passe là qu’un jour par semaine. Mais son cœur a déjà franchi le pas, comme en témoigne sa réaction lorsque nous lui proposons de publier son portrait: «Oui, c’est une bonne idée, ça donnera un peu de visibilité à Terre des hommes».

Au CICR

C’est au milieu du vignoble genevois, à Bourdigny, que cette professionnelle de l’humanitaire a posé son baluchon il y a vingt ans avec son mari. Tous deux étaient alors délégués du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Après des années passées en mission, le besoin d’avoir un pied-à-terre se faisant sentir, Barbara Hintermann a hésité: retourner dans la région zurichoise de son enfance? C’est finalement la proximité du siège du CICR qui l’emportera.

Du dévouement? Ce trait de caractère est confirmé par une ancienne candidate libérale-radicale au Conseil fédéral, Christine Beerli. Toutes deux se sont côtoyées dans la jungle de Colombie pour le compte du CICR après que la politicienne bernoise s’est détournée de la Coupole fédérale. Présidant aujourd’hui la fondation Initiatives et Changement Suisse — propriétaire du Caux-Palace, au-dessus de Montreux —, elle salue sa secrétaire générale en partance: «Elle est dévouée à sa cause, reste calme en toute circonstance et pense les choses en amont, dit Christine Beerli. C’est une femme respectée, ferme sans être autoritaire.»

Si les années de missions au Moyen-Orient, en Afrique ou en Amérique latine ont forgé ce caractère, Barbara Hintermann avoue que les cours de chant l’ont aussi aidé à «prendre confiance». Une confiance qu’elle partageait l’an dernier sur les réseaux sociaux en invitant les femmes à se mobiliser pour établir un équilibre des genres au sein de la société. Et elle en a à revendre: «La direction, influencer positivement le cours des choses, c’est une chose que j’adore.»

La Colombie au tournant

«Je suis très optimiste et positive, mais je me réveille parfois le matin en songeant avec tristesse à l’état du monde, de notre planète, dit Barbara Hintermann. C’est pour cela que je n’ai jamais eu le courage de mettre un enfant au monde.» Cette femme active au raisonnement hyperrationnel n’en est pas moins mère dans l’âme. «C’est lors de ma dernière mission en Colombie que je me suis dit que c’était ici que cela allait se faire, car j’adore la langue, la culture de ce pays… Plutôt que de donner naissance à un enfant, j’ai choisi de donner mon amour à un enfant qui était déjà là.» Elle raconte un processus d’adoption très riche, pour aboutir à la rencontre avec celle qui allait devenir sa fille. «Le jour où l’on s’est vues pour la première fois, elle m’est littéralement tombée dans les bras», raconte-t-elle avec émotion.

La Colombie, c’est aussi une mission très prenante sur le plan humanitaire. Barbara Hintermann participait alors aux opérations visant à libérer les otages détenus dans la jungle par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Sur internet, on la voit en photo face aux caméras, les traits tirés. «On a réussi à sortir bien des civils, se souvient-elle. Et Ingrid Betancourt a été libérée trois semaines après mon départ de Colombie.» La suite de sa carrière au CICR se fera au siège de Genève, avec des discussions compliquées avec les États-Unis au sujet des conditions de détention à la prison de Guantánamo, mais aussi avec les pays de la coalition militaire intervenue en Libye.

De ces années de missions humanitaires, elle retient surtout des moments intenses, des rencontres. Entre Barack Obama et le guérrilléro colombien Raúl Reyes, son cœur balance. «Mais il y a surtout ces moments très forts lié aux populations auxquelles on apporte de l’aide. Et puis aussi ce sentiment d’impuissance terrible, comme quand on perd un collègue. Cela m’est arrivé dans le Sud-Soudan.»

Barbara Hintermann assure tenir de sa grand-mère cette envie de lointain. «C’était quelqu’un de très fort, elle était un peu mon idéal. Très croyante, elle voulait partir en mission. C’est une envie que j’ai ressentie aussi, car c’est lié à une quête de sens.» Après avoir achevé des études d'économie, elle s’est embarquée dans un job lié à l’informatique, comme son père. «Je n’ai rien contre l’économie privée, mais je la laisse à d’autres», dit-elle, heureuse d’avoir finalement bifurqué.

Dans la maison familiale genevoise, la petite Yiselly s’est épanouie. «Entre mon accent suisse-allemand et l’accent valaisan de mon mari, elle est la seule à parler comme une Genevoise, rigole la maman. Mais on a tout fait pour qu’elle conserve son passeport colombien, en plus de celui à croix blanche.» Alors que sa fille passe, mine de rien, vers l’âge adulte, Barbara Hintermann continue d’apporter son soutien à d’autres enfants. «J’ai vu la souffrance de beaucoup de monde, mais celle des enfants nous touche particulièrement et je me réjouis déjà de retourner sur le terrain pour les rencontrer.»

Créé: 12.02.2020, 09h37

Bio

1962 Naissance le 17 février à Zurich.
1972-1976 Compétition de ski au niveau national.
1982 Stage linguistique à Lausanne, après un apprentissage de commerce.
1986 Études à la Faculté d’économie de Zurich.
1992 Première mission pour le secteur non lucratif, à l’UNICEF Suisse.
1995 Première mission pour le CICR en Israël-Territoires occupés.
2008 Adoption de sa fille Yiselly en Colombie. Retour en Suisse pour reprendre une vie loin des guerres. Découverte de la puissance de la méditation tibétaine.
2020 Directrice générale de Terre des hommes Lausanne.

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