Jacky Lorenzetti, le Tessinois qui met l’Ovalie française sens dessus dessous

PortraitLe président du champion de rugby Racing 92 a étudié à Lausanne, où il s’est construit autant comme homme que comme entrepreneur.

Le Suisse Jacky Lorenzetti devant la galerie de portraits de ses joueurs du Racing 92.

Le Suisse Jacky Lorenzetti devant la galerie de portraits de ses joueurs du Racing 92. Image: Stéphane Mantey/freshfocus

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S’il ne portait pas un complet aussi impeccable, on pourrait confondre le président avec n’importe quel supporter, tant ses manières sont simples et sa passion intacte. Après une chaleureuse poignée de main, on le suit dans les superbes infrastructures de son club de rugby, le Racing 92 – qui vient de renoncer à fusionner avec le Stade Français –, dans la banlieue parisienne du Plessis-Robinson.

En cette matinée d’hiver, les joueurs sont en congé avant un déplacement de Coupe d’Europe à Glasgow. Jacky Lorenzetti s’installe en plein cœur du bâtiment principal, dans le restaurant où les portraits léchés des joueurs habillent les murs et où sa voix puissante se bat en mêlée contre les perceuses chargées de trouer le mur pour y fixer l’impressionnant Bouclier de Brennus, synonyme du titre de champion de France de rugby.

Créateur de Foncia

Après avoir repris un club qui vivotait en 2e division il y a 11 ans, ce montagnard tessinois, qui a toujours vécu en France, pourrait bomber le torse. Mais ce n’est pas le genre de la maison. Modeste, bouillonnant d’idées, l’homme qui a fait fortune dans l’immobilier en créant Foncia préfère les anecdotes aux diplômes ronflants, le port du casque sur les chantiers à l’étude détaillée des bilans chiffrés. Son bureau à lui – bien qu’il en ait un vrai – c’est le terrain.

Et son champ de vision est résolument tourné vers l’horizon et la U-Arena, la plus grande salle de spectacle d’Europe, qui devrait ouvrir ses portes à la Défense cet automne. «Après 8 ans de combat, 23 recours contre le permis de construire et 4 ans de construction, c’est dire si je suis têtu!» souligne l’entrepreneur, pas peu fier. «Quand j’ai un petit coup de mou – je sais, je n’ai pas vraiment le droit de me plaindre, mais parfois la vie n’est pas facile – je me rends à l’Arena et, comme par magie, ça repart!»

Bourreau de travail

Aujourd’hui, Jacky Lorenzetti est un bourreau de travail, mais cela n’a pas toujours été le cas. Après son bac, il met le cap sur Lausanne et l’Ecole hôtelière. «Je n’avais ni stratégie ni envie particulière, comme beaucoup de jeunes un poil «je-m’en-foutistes». Les Suisses et Lausanne m’ont fait basculer vers le travail, et avec, l’ordre, le sérieux et l’organisation.»

L’EHL marque un tournant dans la vie de celui qui, jusque-là, «glandait». «J’ai travaillé dur mais me suis aussi bien amusé. Je faisais la fête dans une boîte qui s’appelait Le Jour et Nuit au centre-ville après une pizza Chez Mario, où on écrivait sur les murs. Le week-end, on allait au ski et draguer les filles à Leysin.» Trois années «exceptionnelles» qui lui font dire de Lausanne: «C’est le démarrage de ma vie professionnelle et de ma vie d’homme.»

Le ballon ovale et les grands crus

C’est aussi au Chalet-à-Gobet qu’il apprend à vraiment aimer le vin. Un monde merveilleux dans lequel il s’investit, puisqu’il possède trois châteaux dans le Bordelais, dont deux grands crus classés. «Au passage, je vous conseille d’acheter du 2016 en primeur: ça va être un vin exceptionnel!» Jacky Lorenzetti passe aisément de l’une à l’autre de ses passions, ne pouvant s’empêcher de donner un tuyau par-ci, un conseil par-là.

Généreux, c’est d’ailleurs le premier adjectif qu’emploie l’ancienne municipale lausannoise Silvia Zamora pour décrire cet homme rencontré il y a 25 ans par l’intermédiaire de son mari. «J’ai autant d’admiration que d’amitié pour Jacky. J’aime aussi beaucoup sa femme, Françoise. Nous nous voyons très souvent.» A défaut de partager les mêmes idées politiques, la socialiste partage avec le libéral des virées à ski, des vendanges à Bordeaux, des séjours à Paris, et un certain humanisme. «C’est un homme d’une loyauté exemplaire, qui place ses amis immédiatement après sa famille au sommet de ses priorités, poursuit Silvia Zamora. C’est aussi quelqu’un de vrai, qui dit ce qu’il pense, qui se fiche du paraître et du côté parfois très superficiel de certains cercles qu’il fréquente.» Elle décrit encore le sexagénaire comme «bon vivant» et amateur de «choses simples».

L’amour d’une femme et des gens

L’amie lausannoise assiste aussi avec plaisir aux matches de rugby. Mais au fond, qu’est-ce qui a attiré un crack de l’immobilier à construire en Ovalie? L’amour. Tout d’abord de son épouse, qui vient du Sud-Ouest et dont le frère était président de club. Mais aussi l’amour de cette discipline, qu’il considère comme un sport de combat, où il est impossible de tricher, «pas comme au football, où les joueurs se tortillent comme des lombrics tout au long du match». Mais la raison de son investissement dans ce projet est à chercher du côté de l’Arena, un endroit à construire qui allierait sport et spectacle. «Je suis donc devenu président du Racing par amour du rugby et de l’entrepreneuriat!»

Cet élan lui permettra de mener au pinacle le club, dont il ne reste qu’une pauvre tribune lorsqu’il assiste à son premier match à Colombes. Le bonhomme est charmé par cet ancien club huppé devenu plus populaire, touché par l’esprit de famille qui y règne et interpellé par cette humilité propre au monde du ballon ovale. «J’aime côtoyer les joueurs, les entraîneurs, les préparateurs physiques, aller à la rencontre des supporters…»

Une anecdote le confirme: une fois, à l’extérieur, le président adverse s’avance pour accueillir Lorenzetti, quand ce dernier aperçoit des fans du Racing en train de griller des merguez. Son choix est fait: il part manger une merguez et boire un coup avec eux. «Mon homologue m’a rejoint, stupéfait! Pour moi, le sport, la vie, c’est participer le plus possible.» (24 heures)

Créé: 21.03.2017, 09h20

Bio

1948 Naît le 13 janvier à Paris.
1966 Son bac en poche, il s’inscrit à l’Ecole hôtelière de Lausanne.
1972 Crée sa première entreprise immobilière, la Franco-Suisse Gestion.
1991 Il rebaptise son entreprise Foncia.
2006 Rachète le Racing Club de France de rugby par l’intermédiaire de sa société, qui prendra le nom d’Ovalto en 2016.
2007 Vend Foncia, devenu leader européen de l’immobilier.
2008 Commence son activité dans le vin avec l’acquisition du Château Lilian Ladouys, puis, l’année suivante, du Château Pédesclaux, grand cru classé de 1855 à Pauillac.
2013 Reprend 50% du Château d’Issan, grand cru classé 1855 de Margaux.
2015 Recrute le meilleur joueur du monde, le Néo-Zélandais Dan Carter.
2016 Son équipe gagne le championnat de France de rugby.
2017 La fusion annoncée le 13 mars avec le président du Stade français, Thomas Savare, finit par avorter.

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