Jean-Jacques Goldman ne lui a pas encore écrit un hit

PortraitL’auteure-compositrice-interprète de Ropraz Jenny Lorant vient de sortir un 4e album très personnel.

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«Authentique! C’est le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à elle. Que cela soit en tant que femme ou chanteuse, c’est la même. Elle ne fait pas semblant, elle ne joue pas un rôle. Sur scène ou dans la vie elle est fidèle à elle-même.» Ce n’est pas parce qu’elle est fleuriste que son amie Nathalie Vuagniaux jette des fleurs à Jenny Lorant, mais bien parce que l’artiste d’origine fribourgeoise révèle à qui veut bien la découvrir une personnalité chaleureuse au sourire spontané. Parfois pourtant, une ombre traverse son regard, reflet fugace d’un vague à l’âme que son dernier album «Dans le rétro» exprime sans fard.

«Je tombe d’aussi loin que je m’en souvienne. Je tombe les masques, et les peines, je succombe du plus profond de mes veines, je saigne (…) à l’ombre d’une scène, j’en perds tous mes repères, toute une vie en hiver.» Le refrain de sa chanson «Une vie en hiver» rappelle que le statut d’artiste indépendante n’a pas que des bons côtés et qu’il faut se battre au quotidien pour en faire un métier. Alors, aujourd’hui, Jenny Lorant, qui jusqu’il y a peu gardait un pied dans sa première formation d’éducatrice spécialisée, joue les déesses à huit bras pour parvenir à joindre les deux bouts. Elle est aussi bien comédienne et interprète dans des pièces de théâtre ou des comédies musicales que professeure de comédie musicale au sein de l’ACMJL, l’école qu’elle a fondée, et surtout créatrice de ses propres spectacles. «J’ai un planning grand comme mon bras. Je dors très peu car j’écris notamment tous les scénarios des spectacles que mes élèves adultes, adolescents et enfants jouent. J’ai envie de proposer à celui qui le désire un rôle à sa mesure.»

Une femme généreuse et passionnée

Une générosité artistique appréciée de ses élèves, notamment les adultes dont certains ont commencé ses ateliers de comédie musicale à plus de 50 ans. Sylvie Crisinel, la quarantaine, elle-même directrice d’une école de danse à Échallens, se souvient de sa rencontre avec Jenny. «J’ai découvert une femme assez réservée de prime abord, puis en la connaissant mieux une femme généreuse et sans aucun doute passionnée. Quand elle commence à fredonner une chanson, c’est un pur moment de bonheur. Elle a le don de transformer un air musical tout à fait banal en quelque chose de vibrant.»

Montée sur scène à l’âge de 11 ans, Jenny Lorant n’aurait jamais voulu en redescendre. Adolescente mal dans sa peau, elle s’y sent sublimée se cachant derrière une voix qui en envoie. Repérée par un producteur, elle sortira son premier album à l’âge de 17ans. «Je chante depuis l’enfance. À 5 ans, je savais que mon destin était écrit. Je l’ai d’ailleurs dit à ma mère: «Plus tard je serai chanteuse à Hollywood et c’est Jean-Jacques Goldman qui m’écrira mes chansons.» Vingt-cinq ans plus tard, Jenny Lorant est effectivement chanteuse, sans avoir eu besoin de s’exiler à Los Angeles, et c’est elle qui écrit ses propres chansons. Une victoire pour celle qui n’osait pas prendre la parole sur scène entre les chansons, tant elle redoutait le jugement des autres.

«Je ne me sens jamais aussi bien que sur une scène. C’est ma bulle d’oxygène, mon paradis, ma maison», confie-t-elle dans la chaleur de la vaste cuisine de sa ferme aménagée à Ropraz. Relativement récent, son statut d’auteure-compositrice-interprète lui donne des ailes. Lors de ses concerts, elle n’hésite pas à interpeller et à dialoguer avec les spectateurs. Et si la poétique du quotidien et l’humour piquant de la chanson «Petit trentenaire» sont un clin d’œil aux mots d’une certaine Lynda Lemay, son exploration des profondeurs de l’âme comme dans «De l’autre côté», un texte poignant sur un ailleurs qui pourrait être l’au-delà, n’appartient qu’à elle. Quant à «Pas banal», un morceau inspiré par ces enfants que l’on dit «différents», il montre la tendresse que la jeune femme garde pour les habitants de la marge.

La force de suivre ses rêves

«Jenny a la force de suivre ses rêves, de ne jamais cesser d’y croire et d’embarquer les gens dans un spectacle ou une aventure musicale. Elle ne s’est jamais laissé imposer un style ou une étiquette», confirme son guitariste et ami Lawrence Lina, qui apprécie autant l’artiste que la personne. «Lors du dernier Festival d’Avignon, où nous avons joué quotidiennement le spectacle «Sœurs semelles» durant un mois, vivre sous le même toit m’a permis d’encore mieux la connaître et de découvrir d’autres aspects de sa personnalité. Alors que ce genre d’expérience peut mettre à jour de lourds défauts, je n’ai pu que l’apprécier davantage.»

Travailleuse presque jusqu’à l’excès, Jenny Lorant l’est avant tout pour gagner son indépendance et sa liberté d’avancer sur des chemins de traverse. «La réalité, enfin, ma réalité, en ce qui la concerne, c’est qu’elle donne l’impression de ne pas se prendre au sérieux alors qu’en vérité Jenny est une femme hyperprofessionnelle qui recherche la perfection dans son travail», souligne son amie Nathalie Vuagniaux. Son mari, Fabien Ayer, également musicien, le confirme en souriant. «Jenny travaille beaucoup, mais pour son plaisir avant tout. Elle possède un immense talent qui m’épate à chaque fois un peu plus.»

Chansons à textes ou variété, rock ou pop et parfois jazz, en tant qu’auteure ou comme interprète, Jenny Lorant donne libre cours à son amour de la musique, sur tous les tons et de toutes les manières, sans se laisser démonter par les effets de mode. Et comme Juliette Gréco le revendiquait sur des paroles de Jacques Prévert, Jenny Lorant pourrait aussi affirmer: «Je suis comme je suis, je suis faite comme ça…»


www.jennylorant.ch

Créé: 06.02.2020, 09h23

Bio

1987 Naissance à Fribourg de Jennifer Bongard.

1999 Première vraie scène et première standing ovation.

2002 Participation à sa première comédie musicale.

2007 Premier album sous le nom de Jenny Trace.
2012 «C’était écrit», premier album autoproduit.

2014 1er single de son tournant musical avec l’album «Femme» sous le nom de Jenny Lorant.

2016 Ouverture de l’ACMJL (son école de comédie musicale).

2017 Mariage avec son compagnon Fabien Ayer.

2018 Tournée en Suisse romande avec la comédie musicale «Les producteurs».

2019 Voyage en Thaïlande, un déclic pour oser l’écriture de nouvelles chansons.

2019 Fin novembre, sortie de «Dans le rétro».

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