La jeune artiste vagabonde a fait d’Athènes l’écrin de sa créativité

Par monde et par Vaud (21/41)Noemi Niederhauser a cofondé A-DASH, une maison d’artistes dans la capitale grecque, qualifiée de «nouveau Berlin». Une épithète qu’elle nuance.

Noemi Niederhauser a co-fondé A-DASH, maison d'artistes cosmopolite, nichée au coeur d'Athènes.

Noemi Niederhauser a co-fondé A-DASH, maison d'artistes cosmopolite, nichée au coeur d'Athènes. Image: Natacha Rossel

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Un visage solaire, lumineux, un brin espiègle. Une queue-de-cheval nouée sur le côté, laissant virevolter ses cheveux dorés. Noemi Niederhauser a conservé son âme d’enfant. Mieux, elle cultive cette part de spontanéité et de fraîcheur mutine qu’elle sème dans chaque recoin de la maison d’artistes A-DASH, nichée au cœur d’Athènes.

La Vaudoise de 33 printemps vient tout sourire à la rencontre de l’auteure de ces lignes, qui s’échinait à trouver le No 74 de la rue Asklipiou sous la canicule de juin. «Bienvenue!» lance-t-elle en ouvrant la porte de la bâtisse aux atours aussi délabrés que pittoresques. C’est dans cette demeure 1900 que Noemi a cofondé, voilà plus d’une année, ce lieu cosmopolite dédié à l’effervescence créatrice.


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Quatre artistes audacieuses, passionnées, venues des quatre coins de l’Europe des rêves plein la tête, ont uni leurs destins pour redonner vie à ces murs laissés à l’abandon depuis la crise de 2008. Pour laisser éclore, aussi, surtout, des œuvres d’art dans un espace propice aux rencontres pluriculturelles. «Nous l’avons appelé A-DASH car dash signifie «tiret» en anglais. L’idée était de joindre plein de personnes, de disciplines créatrices tout en permettant à chacune de garder sa singularité», glisse Noemi en grimpant les escaliers escarpés.

On s’assied dans l’une des pièces de la maison, sous la magnifique charpente boisée refaite à neuf. La native de Berne, qui a grandi près d’Yverdon puis à Morges, nous sert de l’eau pétillante et nous raconte toute l’histoire.

Tout commence en janvier 2015. En résidence à Athènes, l’artiste diplômée en Arts appliqués au CEPV de Vevey puis en Arts visuels à Londres se lie d’amitié avec une jeune Islandaise, Eva Isleifsdottir. «On s’est rendu compte du potentiel de cette ville. Le projet de créer un lieu ensemble a émergé un soir, dans un bar.» D’esquisses, les plans se précisent, s’affinent, se matérialisent. Le binôme emmène dans son sillage deux autres rêveuses, la Grecque Zoé Hatziyannaki et la Britannique Catriona Gallagher, et en avant!

Le mot d’ordre: système D

Bien sûr, le chemin sera parsemé d’embûches. La maison qui leur a tapé dans l’œil, propriété de la grand-mère de Zoé, est à l’état de ruine. La crise de 2008 a creusé de larges balafres sur ses façades autrefois si élégantes. «Il a fallu convaincre la famille de Zoé, puis se lancer dans la rénovation. Petit à petit.» Mais pas de quoi dissuader nos quatre fonceuses. Qui se relèvent les manches et inaugurent A-DASH le 10 décembre 2016. Depuis, les lieux fourmillent. L’accueil d’artistes en résidence paie les factures d’électricité et l’eau chaude. Pour le reste, le mot d’ordre est «système D». «En m’installant ici, je me suis rendu compte à quel point les choses fonctionnaient bien en Suisse. Mais aussi qu’il y a d’autres manières de s’en sortir, avec un peu plus de flexibilité.»

Malgré son apparente insouciance, Noemi a les pieds sur terre. Rêveuse, oui, mais lucide. «Ce n’est pas ici que je vais gagner des sous. Alors je fais des allers-retours en Suisse, pour mener des mandats dans le design… et passer du temps avec mon copain.» Se ressourcer, aussi. «La nature me manque. La proximité des forêts, le vert, le côté luxuriant. Ici, c’est très sec. C’est beau, bien sûr, mais…» Elle ne termine pas sa phrase. Fronce les sourcils. Et confie à quel point sa langue lui manque. «Ici, je m’exprime en anglais, du coup je patauge un peu quand je dois parler français. Ce qui me manque, ce n’est pas uniquement de parler ma langue maternelle, c’est surtout l’immédiateté de la compréhension.»

«Je me suis rendu compte à quel point les choses fonctionnent bien en Suisse. Mais aussi qu’il y a d’autres manières de s’en sortir, avec un peu plus de flexibilité. Ici, on marche au système D et, du coup, on est moins dans le jugement.»

L’acclimatation est un défi de tous les jours pour cette artiste vagabonde qui se plaît à parcourir le globe mais qui s’arrime malgré tout à ses points de repère. La Suisse, bien sûr. Son petit chez-elle athénien, dans le quartier populaire et cosmopolite de Kypseli. Son chien Norman, compagnon de ses longues promenades. «La Grèce n’est pas l’endroit le plus aisé pour se sentir totalement intégré. Je prends des cours de grec, mais ça ne vient pas aussi vite que je le souhaiterais, c’est un effort de tous les jours. Et puis il y a une forme de conservatisme.»

Malgré les écueils, la vie athénienne est une source d’inspiration intarissable. Dans son esprit si fécond, un détail, une observation, une anecdote déploient des fils créatifs insoupçonnés. Au détour d’une balade, les ferblanteries ornant les fenêtres des luxueuses demeures modernes lui rappellent les motifs des coiffures afros réalisées par les coiffeuses de son quartier. «La communauté africaine est intégrée, mais elle a peu d’échanges. Je me suis dit: «Comment imaginer un espace pour créer des ponts entre deux réalités différentes?» Elle crée alors un salon de coiffure mêlant ces élégants ornements architecturaux et le savoir-faire des artistes capillaires.

«Ici, toute la vie est tellement différente! Dans la manière d’organiser les choses, il y a un énorme jump entre Berlin et Athènes.»

Le crépuscule commence à tomber. Noemi se lève et s’active: ce soir, l’un des résidents présente son travail sur la terrasse d’A-DASH. Les invités poussent la porte et se saluent. Des artistes venus des quatre coins de la ville. On en profite pour aborder la réputation d’Athènes en matière d’art contemporain. La capitale grecque mérite-t-elle son surnom de «nouveau Berlin»? «C’est complètement erroné! répond Noemi. Ici, toute la vie est tellement différente! Dans la manière d’organiser les choses, il y a un énorme jump entre Berlin et Athènes, qui est moins accessible à cause des barrières culturelles et linguistiques.»

Tout de même. L’an dernier, la très sélecte «documenta», exposition d’art moderne et contemporain quinquennal à Hesse, s’est dédoublée pour prendre ses quartiers à Athènes. Noemi relativise. «L’impact a été très minime ici, au niveau artistique. Et pour les gens qui ne sont pas dans le milieu, c’est passé ni vu ni connu.»

Loin l’essor berlinois, donc, Noemi savoure cet écrin artistique offert par Athènes. «La scène culturelle est beaucoup moins étendue que ce qu’on imagine à l’extérieur. On se connaît tous, on se prête du matériel. Il y a une forme d’entraide qui n’existe pas ailleurs.»

www.a-dash.space (24 heures)

Créé: 02.08.2018, 09h08

Trajectoire

1984 Le 14 septembre, naissance à Berne. Elle grandit près d’Yverdon puis à Morges.

2003 Maturité fédérale en philosophie et en psychologie.

2010 Diplôme en Arts appliqués au Centre d’enseignement professionnel de Vevey (CEPV), section céramique.

2014 Master en Arts visuels au Central Saint Martins College, à Londres.

2015 Résidence artistique à Athènes. Elle rencontre Zoé Hatziyannaki, Catriona Gallagher et Eva Isleifsdottir, les futures cofondatrices d’A-DASH.

2016 Installation à Athènes. Fondation d’A-DASH (dash signifie «tiret» en anglais. L’idée étant de joindre des personnes, des cultures, des arts différents au sein d’un même espace). En septembre, début de la rénovation de la maison d’artistes à Athènes. Le 10 décembre, fête d’ouverture d’A-DASH.

2017 Le 15 février, premier événement organisé à A-DASH, «I remember not remembering it very well».

2018 Du 21 août au 14 octobre, exposition «Still Green Lemon Screen» au Musée Ariana, à Genève. 2019 Résidence d’artistes au CERCCO, Centre d’expérimentation et de réalisation en céramique contemporaine de la HEAD, à Genève.

Galerie photo

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