La juste empathie face au harcèlement professionnel

PortraitLa directrice du Groupe Impact, Nicole Golay, tire de sa jeunesse chaotique des atouts pour accomplir sa mission.

Nicole Golay dirige le Groupe Impact depuis sa création il y a vingt ans.

Nicole Golay dirige le Groupe Impact depuis sa création il y a vingt ans. Image: Vanessa Cardoso

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Mobbing, harcèlement sexuel, conflit de travail: que les accusations soient fondées ou non, la souffrance humaine fait partie du tableau. Depuis vingt ans, Nicole Golay la recueille au quotidien comme directrice du Groupe Impact, cet organe de l’État chargé d’enquêter sur les relations toxiques au sein de l’administration. N’est-ce pas lourd à porter, à la longue? «Certaines situations me préoccupent, oui, mais sans m’empêcher de vivre. Pour faire ce travail, il faut avoir de l’intérêt pour ce que vivent les autres, de l’empathie, tout en gardant une capacité à prendre de la distance, à ne pas se laisser embarquer.» Un équilibre que la Lausannoise a perfectionné au fil de sa carrière. Savoir écouter, formuler des questions sans qu’elles induisent la réponse, rester en tout temps objectif.

Bosser à ses côtés est un «privilège», témoigne son adjointe Véronique Pedrazzini, avec qui elle forme un binôme solide depuis vingt-trois ans. «On n’est pas toujours d’accord, mais on arrive toujours à une solution, une décision qu’on pourra défendre. Ses idées font sens, elle sait faire confiance et témoigner de la reconnaissance. Tout cela lui vaut le respect de son équipe.»

Le grand saut en 1996

Nicole Golay est nommée déléguée au Bureau de l’égalité en 1996. C’est le grand saut pour cette doctorante de l’IDHEAP, licenciée ès lettres de l’UNIL (français, anglais, histoire de l’art) issue d’une famille modeste. Après des années de remplacement dans des classes, elle trouve là son premier emploi durable, «dans cette administration hiérarchisée, masculine et poussiéreuse qui a heureusement bien changé depuis.» Être féministe est une évidence qui ne se proclame pas, dit-elle. «C’est le minimum intellectuel qu’on peut attendre des gens.»

Dans sa fonction, Nicole Golay met sur pied le Groupe Impact, le dirige durant sa phase pilote, et peut ensuite choisir laquelle des deux casquettes elle souhaite garder. «Le travail du Bureau de l’égalité s’inscrit dans du long terme, il est plus abstrait. J’ai préféré le Groupe Impact car les dossiers sont ouverts puis refermés. Cela me correspond davantage», analyse-t-elle.

Pouvoir ressentir les situations de grande détresse est un atout dans son travail. Car Nicole Golay a aussi traversé son lot d’épreuves. De celles qui endurcissent. Ado, il y a la séparation de ses parents, qui l’amène à quitter Lausanne pour Étagnières, petit village du Gros-de-Vaud, au début des années 70. Elle avait 14 ans. «Sur le moment, je l’ai vécu comme une sanction. J’y ai suivi mon père, et je me suis retrouvé au collège à Échallens.» Son camarade Pierre-Yves Huguenin s’en souvient: «Je la revois le premier jour, arriver potue, en veste militaire, et s’installer au pupitre devant moi. Elle était très contrariée. On a rapidement sympathisé.» Un quatuor de copains se forme qui, quarante ans plus tard, reste cimenté par l’amitié.

Veuve à 28 ans

L’écolière douée devient gymnasienne à la Cité, emménage à 17 ans à Renens avec son compagnon d’alors. Elle enchaîne les petits boulots, obtient une bourse et entre à l’université imprégnée de la mouvance posthippie des eighties. Ce chapitre est heureux mais chaotique, puis vire au drame. Un drame que Nicole Golay évoque avec une grande sincérité et une émotion contenue, en choisissant ses mots. Le décès d’Olivier, son mari, dont elle a conservé le patronyme. Elle n’avait que 28 ans, et deux enfants en bas âge. «Il a rencontré un produit qui lui convenait trop bien», glisse-t-elle. La cocaïne. Il est animateur à la radio romande et s’enlise dans la toxicomanie. «J’ai mis très longtemps à comprendre que c’était une addiction. Il n’était pas un junkie, la façade familiale restait bien tenue, en-dehors des problèmes de comportement et d’argent. J’ai cru qu’il avait arrêté à une période.» Au début de l’été 1987, le couple se sépare - ce n’est pas la première fois. Deux semaines plus tard, Olivier succombe d’une overdose dans son appartement.

Veuve si jeune, elle ne se replie pas sur elle et ses enfants. «J’ai eu de la chance d’être bien entourée à cette période», dit-elle, comme pour minimiser sa résilience. Nicole rencontre Fabio, délégué du CICR qui l’emmène avec lui à Jakarta pour une année. Ils ne se sont plus quittés, ont eu un fils ensemble, et pratiquent depuis douze ans la danse de salon à raison de trois soirs par semaine: une passion commune, «un vrai challenge pour le couple!» Ses yeux brillent. «Au début, on y allait cinq fois par semaine, au point que nos enfants nous croyaient embrigadés dans une secte!»

Grandes tablées

Le salon de sa maison, située dans un beau lotissement au nord-est de Lausanne, est grand et lumineux. Avec ses Stan Smith aux pieds, on l’imagine pousser la table basse pour s’exercer au tango avec son partenaire. Ici, livres, disques et autres objets d’art côtoient des caisses de jouets multicolores. Ceux de ses quatre petits-enfants, qu’elle garde «deux nuits par semaine au minimum». «Elle est très centrale pour sa famille, relève son vieil ami Pierre-Yves Huguenin. Nicole est généreuse, aime les grandes tablées, aime rassembler et prend beaucoup sur elle. Je lui dis d’ailleurs qu’elle devrait s’octroyer plus de temps pour elle.»

Que reste-t-il de la jeune femme qui se maria en robe indienne et reçut de ses potes vingt-sept joints le jour de ses 20 ans, le… 27 juin? «Il y a un embourgeoisement évident, concède-t-elle en souriant. Mais je répondrais: le refus des carcans et une compréhension pour ce qui sort du cadre.» Ainsi qu’un «grand plaisir» à écouter Pink Floyd ou Led Zeppelin.

Créé: 20.12.2019, 09h20

Bio Express

1958
Naît Nicole Ramel le 27 juin, à Aigle. Son père est plombier, sa mère tient le foyer.

1963
Déménagement à Lausanne.

1972
Ses parents divorcent, elle suit son père à Étagnières. Son frère cadet reste avec sa mère.

1974
Entre au Gymnase de la Cité (latin-anglais). Prend un appart, multiplie les petits boulots.

1979
Entre à l’UNIL, en Lettres. Elle obtiendra sa licence en 1990, s’étant exmatriculée durant cinq ans.

1980
Mariage avec Olivier.

1981
Naissance de Joaquim, suivi en 1986 d’Elsa.

1987
Son mari est terrassé par une overdose.

1989
Rencontre Fabio, délégué du CICR. Ils partent un an à Jakarta.

1990
Naissance de Luca. Assistanat à l’UNIL, puis doctorat à l’IDHEAP.

1996
Devient déléguée au Bureau de l’égalité.

1999
Prend la direction du Groupe Impact.

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