Kevin Morisod soigne sa timidité avec la politique

PortraitLe Valaisan de 24 ans, coprésident des Jeunes Verts suisses, livre plusieurs batailles tout en bouclant ses études de médecine.

Fils d'écologistes engagés, Kevin Morisod a tout naturellement rejoint les Jeunes Verts valaisans. Il a été élu à la coprésidence nationale au mois de janvier dernier.

Fils d'écologistes engagés, Kevin Morisod a tout naturellement rejoint les Jeunes Verts valaisans. Il a été élu à la coprésidence nationale au mois de janvier dernier. Image: Patrick Martin

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Quand le pouvoir espagnol a fait usage de la force pour contrer les volontés indépendantistes en Catalogne, les Jeunes Verts suisses (JVS) ont songé à protester. A clamer leur indignation dans la presse. C’est Kevin Morisod, leur coprésident, qui les en a dissuadés. «Il nous a fait comprendre que ce problème ne concernait pas la Suisse, raconte Cédric Bodoira, coordinateur romand des JVS. C’est ce que j’apprécie le plus chez lui: il est pragmatique, posé. Il ne cherche pas à réagir à l’actualité de manière émotionnelle, comme cela se fait beaucoup à gauche et à droite.»

En huit mois à la tête des JVS, Kevin Morisod a donc déjà imprimé sa ligne. C’est pourtant un jeune homme au sourire timide qui nous ouvre la porte de la villa familiale, à Collombey (VS). Etudiant en dernière année de médecine à l’Université de Lausanne (UNIL), il dort chez ses parents le temps d’effectuer son stage en chirurgie sur le site hospitalier de Monthey. A 24 ans, il mène de front une formation des plus exigeantes et une activité politique qui le passionne. «Je trouve important, parallèlement aux études, d’agir concrètement», explique-t-il. Sous sa conduite, les JVS multiplient les combats: ils se démènent, avec le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), pour faire signer l’initiative populaire qui veut interdire à la Banque nationale et aux caisses de pension d’investir dans la production de matériel de guerre. Ils viennent de rejoindre le comité référendaire opposé à la loi fédérale sur les jeux d’argent. Et songent déjà à la votation sur leur initiative «Contre le mitage du territoire», qui a abouti l’an dernier.

Une affaire de famille

Chez les Morisod, on a la politique dans le sang. Daniel, le père, est un ancien élu écologiste de l’Exécutif de Collombey-Muraz, commune dominée depuis des lustres par le PDC. Carole, la maman, préside la section des Verts du Chablais valaisan. Elle s’est longtemps battue contre les nuisances de la raffinerie Tamoil toute proche, aujourd’hui à l’arrêt. «C’est vrai que nous avons beaucoup discuté à la maison. On n’a pas toujours les mêmes idées, mais on apprécie tous le débat», confie Kevin Morisod.

Le pavillon mitoyen où il a grandi avec ses deux frères et sa sœur se situe entre une voie ferrée et une zone commerciale foisonnante. Un petit jardin offre une vue dégagée sur les Dents-du-Midi. A l’est, les Préalpes vaudoises. Rejoindre les Jeunes Verts a été «une évidence» pour lui. Mais davantage que le contexte ou la tradition familiale, c’est le côté «rationnel» du Parti écologiste qui l’a attiré. «Pour moi, une idée doit être justifiée par des preuves scientifiques, explique-t-il d’une voix douce mais enjouée, les mains posées sur la table. Je considère l’écologie comme une science. Construire une politique à partir de là me paraît plus solide que si l’on se base sur une idéologie, quelle qu’elle soit.»

Le déclic en Afrique

L’acte fondateur de son engagement intervient au terme de sa 2e année de médecine, au cœur du continent africain. A 21 ans, le Valaisan passe cinq semaines en Tanzanie dans le cadre d’un projet humanitaire de l’Association des étudiants en médecine et en soins infirmiers de l’UNIL. «L’objectif était d’aider des enfants et des adolescents séropositifs, qui vivaient dans une extrême pauvreté. Cela a été une expérience d’une grande richesse. Mon envie de m’impliquer en a été renforcée, tant au plan associatif qu’en politique.» La volonté de soigner les autres devient aussi une réalité concrète pour le futur médecin.

Pour sa toute première campagne, en 2015, Kevin Morisod se lance dans la course au Conseil national, sur la liste des Jeunes Verts valaisans. Encore une belle aventure collective, selon lui. «Cela a fait beaucoup de bien à notre section et contribué au succès des Verts lors des élections cantonales.» En mars 2017, les écologistes raflent 16 sièges de députés et de députés suppléants, dont quatre sont occupés par des jeunes. Lui-même manque son élection pour quelques dizaines de suffrages. Il n’en conserve cependant aucun regret. «Avec les études et ma fonction au comité des JVS, j’ai bien assez de choses à faire!» rigole le jeune célibataire.

Lisa Mazzone en exemple

L’avenir? Il s’y projette dans la peau d’un psychiatre ou d’un pédiatre. «J’aimerais aussi faire une thèse, en santé publique ou en recherche clinique.» Quant à la scène politique, Kevin Morisod espère l’occuper un jour en tant que membre d’un parlement. Il cite la conseillère nationale Verte genevoise Lisa Mazzone – «pour sa défense des réfugiés» – et le ministre socialiste vaudois Pierre-Yves Maillard comme ses modèles. «Kevin vient de commencer, nuance son camarade Cédric Bodoira. Il n’ose pas encore mettre en avant sa personnalité.»

L’intéressé acquiesce. «Je suis introverti, et c’est clairement un handicap.» Quand on lui demande ses principales qualités, il avoue craindre de paraître prétentieux en répondant «la curiosité et un esprit logique». Mais il potasse ses dossiers, s’exerce à parler en public, à convaincre. Surtout, il se sent en phase avec les préoccupations de son parti. La politique sociale, le commerce équitable, le soutien aux minorités, les thèses environnementales, la légalisation contrôlée du cannabis: tout lui parle. «Nous avons parfois des désaccords, il y a des tendances différentes au sein des JVS. Par exemple, les sections genevoise et vaudoise sont nettement plus à gauche que nous, en Valais. Et c’est tant mieux. J’apprécie cette diversité, cette approche moins dogmatique que d’autres.»

Problème de santé publique

Au fil de la conversation, le jeune homme aux yeux clairs prend confiance. Il affirme son incompréhension face à l’armée de milice actuelle. «On devrait axer nos efforts sur la lutte contre le terrorisme et les cyberattaques. Avoir des fusils d’assaut et des avions de combat n’a aucun sens dans notre pays», estime-t-il, lui qui a été réformé en raison d’une blessure subie à ski. Et lorsqu’on aborde la loi sur les jeux d’argent, Kevin Morisod déroule ses arguments avec aisance. «Non seulement ce texte porte atteinte à la liberté d’Internet, mais il coupe les moyens destinés à la prévention des dangers du jeu excessif, qui est un vrai problème de santé publique.» Celles et ceux qui ferrailleront avec lui à l’avenir sont prévenus: le chef de file romand des Jeunes Verts apprend vite ses leçons. (24 heures)

Créé: 12.10.2017, 08h51

Bio

1993 Naît le 10 juin à Aigle, deuxième d’une fratrie de quatre enfants. Il grandit à Collombey (VS).
2012 Termine en juin sa maturité au Collège de Saint-Maurice. En septembre, il entame ses études de médecine à l’Université de Lausanne. «J’adore étudier. J’ai choisi la matière qui m’intéressait le plus et la plus longue formation possible!»
2014 Voyage en Tanzanie, avec l’Association des étudiants en médecine et en soins infirmiers de l’UNIL. «Je voulais depuis longtemps œuvrer dans l’humanitaire, sans savoir si cela me conviendrait. Je sais maintenant que c’est le cas.»
2015 Candidat au Conseil national, sur la liste des Jeunes Verts valaisans. «Cette belle campagne a contribué au succès des Verts par la suite en Valais.»
2017 Le 28 janvier, à Lausanne, il est élu à la coprésidence des Jeunes Verts suisses, aux côtés de deux Alémaniques, Judith Schmutz et Luzian Franzini.

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