Le libéral pure souche aime être seul maître à bord

PortraitL’ancien premier citoyen du canton Pierre Rochat quitte la politique, heureux de reprendre sa liberté.

Tout comme Che Guevara, je suis aussi un homme d’action en lutte contre le système.

Tout comme Che Guevara, je suis aussi un homme d’action en lutte contre le système. Image: CHANTAL DERVEY

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Quand notre photographe lui a proposé de poser sur le tronc derrière sa maison, dans le vallon de Villard (commune de Montreux), Pierre Rochat n’a pas hésité une seconde. C’est de là qu’il fait la circulation, en bon capitaine (d’infanterie), lorsqu’il reçoit des invités, des amis ou, surtout, sa famille et ses six petits-enfants. L’ancien président libéral du Grand Conseil vaudois semble particulièrement apprécier cette souche qui lui offre une posture surélevée.

«J’aime être le patron, confie-t-il. J’adore diriger, conduire des projets, mais en obtenant l’adhésion de tous pour parvenir au but ensemble.» Il dit avoir toujours procédé de la sorte à la direction de la Fondation des Établissements médicosociaux Beau-Site, à l’armée, au Grand Conseil vaudois et à la Municipalité de Montreux où, chargé des Finances, il était proche du syndic. «Sûrement un brin orgueilleux, il me semble que j’étais davantage destiné à des postes dans l’Exécutif, même si en politique j’ai aimé tous mes rôles», commente le Montreusien. Il s’était d’ailleurs porté candidat au Conseil d’État, mais a été clairement évincé par Philippe Leuba, toujours en fonction.

Pierre Rochat a quitté la Municipalité la semaine passée, mettant fin à sa carrière politique. Sous un tonnerre d’applaudissements des élus lors de la séance du Conseil communal. «J’ai l’âge, et je passe le témoin en bonne forme: place à la jeunesse!» commente l’intéressé. L’homme, attachant, est apprécié. «C’est un rassembleur, relève la conseillère nationale Jacqueline de Quattro. Je l’ai connu alors que j’étais députée et lui président du Grand Conseil. J’ai toujours été impressionnée par son calme.»

Mêmes bons échos du côté de ses adversaires. «La politique sans lui n’aura plus la même saveur pour moi», confie le socialiste montreusien Michel Zulauf. À ses yeux, Pierre Rochat est un homme de devoir, de responsabilités, fidèle, entreprenant, dévoué et généreux de son temps, même si c’est de l’argent: «J’ai apprécié son engagement sur le plan social en faveur des déshérités de la fortune ou de la formation.» Une autre personnalité socialiste, la municipale Jacqueline Pellet, lui a écrit une chanson de départ sur l’air de l’hymne vaudois, entonnée par tous les municipaux: «Rochat, un nouveau jour se lève. La liberté n’est plus un rêve…» Car l’ex-municipal s’est toujours présenté comme un libéral pure souche. «Il a eu longtemps toutes les peines du monde à prononcer le mot PLR», sourit Laurent Wehrli, syndic et conseiller national.

Ce Che Guevara qui se cache

«Je déteste être dirigé et subir des contraintes, précise Pierre Rochat. Mais je suis tout le contraire du néolibéral. Moi, c’est l’action qui me fait vivre.» De ce point de vue, il estime être proche du révolutionnaire Che Guevara: «Tout comme lui, je suis aussi un homme d’action en lutte contre le système.» Il s’est d’ailleurs un peu servi du Che pour conquérir son épouse, Véronique. «Je l’avais convaincue de partager ma vie en lui disant que je n’étais pas très militaire, un peu de gauche et admirateur d’Ernesto Guevara. Elle a bien du mérite de m’avoir suivi jusqu’ici. On s’est connus lorsque j’étais président des Jeunes Paroissiens de Clarens, où elle m’a rejoint au comité comme secrétaire. Elle m’a vu m’engager depuis toujours dans l’associatif, aux Jeunes de Montreux, puis dans l’armée, puis en politique.»

Véronique ne lui tient toutefois pas rigueur de cette tromperie sur la marchandise: «J’aurais, certes, apprécié de le voir plus souvent. Mais j’aime aussi son enthousiasme infatigable pour la chose publique. Il est, de plus, très à l’écoute de l’autre, jamais dans le jugement. Et pas rancunier du tout.»

Fort du soutien des siens, Pierre Rochat trouve son dynamisme partout ailleurs dans la vie: «Les périodes de crise sont particulièrement enrichissantes.» Fidèle à sa devise «Tambour battant, les mains dans les poches», le libéral fonce.

«C’est le roi des phrases contradictoires, glisse, hilare, Jacqueline Pellet. Il aurait pu obtenir le prix Champignac cent fois.» «Gaffeur, il met en outre souvent les pieds dans le plat, ajoute son épouse. Nous avons même envisagé d’en faire un recueil.» C’est vrai qu’il y a du capitaine Haddock chez ce bon vivant, pas trop bûcheur, qui adore les moments conviviaux en relation avec les autres: «J’aime pédzer lors des apéritifs ou autres soirées du personnel. Ce sont des moments riches où il se passe des choses.»

Plutôt la stratégie que l’opérationnel

Pierre Rochat n’aime pas faire les fonds de vallées. Il préfère passer par les sommets, la vision stratégique à l’opérationnel. Et s’attelle toujours à faire preuve d’honnêteté, d’humour, d’humilité et d’humanité. Pour ce natif du signe de la Balance, ascendant Balance, l’équilibre – la recherche du consensus – reste primordial. «Sinon, on est dans la domination ou dans l’asservissement.»

Il part pour se consacrer à sa famille, à ses mandats privés, dont ceux de président du chemin de fer Montreux-Oberland bernois (MOB), de la Fondation des EMS Beau-Site et d’administrateur des Blanchisseries générales. Il veut plancher sur une nouvelle offre multiservice en faveur des personnes âgées, son cœur de métier, hérité de son père, fondateur de l’Association vaudoise d’établissements médicosociaux (AVDEMS). «Il y a là, dans le maintien à domicile, une vraie approche sociétale à développer, notamment dans la formation des familles.» Désormais, Pierre Rochat se réjouit avant tout de retrouver de la disponibilité, ses libertés de parole et d’action.

Créé: 05.03.2020, 10h56

Bio

1952 Naît le 11 octobre à l’hôpital de Saint-Loup, à Pompaples, au milieu du monde.

1971 Demande à Véronique de sortir avec lui le 31 janvier, au Restaurant Le Montagnard, au vallon de Villard (Montreux). En septembre, il commence son apprentissage à la Banque cantonale vaudoise, à Vevey.

1973 Est engagé par son père à l’EMS Beau-Site.

1974 Épouse Véronique, qui lui donnera trois filles.

1983 Prend la direction des EMS Beau-Site.

1985 Entre en politique, au Conseil communal de Montreux.

1990 Est élu député au Grand Conseil vaudois par tirage au sort.

En 2001-2002, il en sera le président.

2011 Est élu à la Municipalité de Montreux, qu’il a quittée le 29 février dernier.

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