Le Londonien de Morges communie avec le djembé

PortraitDoug Manuel invite son public à taper des rythmes pour libérer des émotions primaires. Sa méthode a conquis l’IMD ou Oprah Winfrey.

«Il faut savoir s’écouter pour choisir le bon chemin. Et quand une galère survient, c’est qu’il y a une raison, qui nous fera grandir»

«Il faut savoir s’écouter pour choisir le bon chemin. Et quand une galère survient, c’est qu’il y a une raison, qui nous fera grandir» Image: VANESSA CARDOSO

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Moteur de plusieurs projets en cours, Doug Manuel a mille choses à faire à la minute. Le jour de notre rendez-vous dans son appartement au bord du lac à Morges, il s’est levé à 4 heures du matin, pour être en phase horaire avec Chicago, où il va produire son spectacle Djembe! The Show, dès le 23 juin. Très occupé mais zen, il se montre disponible pour son visiteur. «Une tasse de thé?» propose-t-il avec son charmant accent British. En fond sonore, des musiques africaines. Le Londonien exilé est resté un gentleman, mais sans chapeau melon, et même sans cheveux, d’ailleurs. Ce qui fait tout son effet lorsqu’il joue du djembé entouré d’Africains aux chevelures abondantes. Doug Manuel a du charisme, et le sens du spectacle, mais son but n’est pas de faire le show pour le show. En invitant le public à jouer du djembé avec lui, il vise la communion et la paix entre les humains, avec un langage universel, celui du rythme, qui touche l’être au plus profond de ses racines et de ses émotions.

L’homme d’affaires lausannois Patrick Delarive, qui le voit à l’œuvre depuis des années, apprécie son intelligence émotionnelle. «C’est quelqu’un de très positif, doué d’une grande sensibilité artistique, mais aussi une personne très structurée dans la conduite de ses projets. Sa valeur ajoutée, c’est d’allier sens et plaisir.»

Le spectacle programmé à Chicago raconte l’histoire des esclaves et de leur musique. Doug Manuel espère voir Barack Obama dans le public. Pourquoi pas? Tout lui paraît possible après s’être retrouvé en vedette dans le show télévisé d’Oprah Winfrey puis dans un TEDx Hollywood, qui totalise plus de 430'000 vues sur YouTube. Quand, sur scène, le groupe communique avec les personnes dans la salle, chacune assise derrière un djembé (il y a eu jusqu’à 2800 instruments réunis), il se passe quelque chose de magique. Le public en redemande.

À 48 ans, Doug Manuel connaît donc le succès même s’il n’a jamais visé cette notoriété. C’est une succession de circonstances et de rencontres qui a composé son étonnant parcours, pas un plan de carrière. «J’ai une grande confiance dans la vie. Je crois que la vie n’arrive pas à nous, mais pour nous. Cela dit, il faut savoir s’écouter pour choisir le bon chemin. Et quand une galère survient, c’est qu’il y a une raison, qui nous fera grandir.» Des galères, il en a connu dès l’enfance. La séparation de ses parents alors qu’il avait 6 ans, puis l’internat – où l’on traitait les garçons à la dure – l’ont marqué. Il en ressortira à 13 ans pour aller vivre avec son père, qui travaillait dans l’immobilier. «J’étais déconnecté, solitaire. Je cherchais l’amour, alors je faisais beaucoup de bêtises pour attirer l’attention sur moi. J’étais souvent en conflit avec mes professeurs.»

Producteur à la BBC

Le jeune Doug quitte l’école à 17 ans et cumule les petits boulots. On le retrouve plongeur dans un restaurant à Crans-Montana, plagiste à Cannes, puis coursier pour le festival du cinéma… Mais sa maman décède d’un cancer. Il a 21 ans et rentre en Angleterre. Sa sœur, productrice de films documentaires pour la BBC, l’engage comme chauffeur. Rapidement, il devient lui aussi producteur et part en Afrique filmer les éléphants. «C’est là qu’est né mon amour pour ce continent.» Et pour le djembé, qu’il a découvert au cours d’une journée de stage. Ce fut un véritable coup de foudre: «Le djembé a réveillé en moi une énergie très positive, qui a libéré mes émotions.» Cet instrument a même changé sa vie: en 1997, Doug Manuel quitte la BBC pour aller étudier la percussion en Afrique de l’Ouest. Après six mois, il revient en Angleterre avec quinze djembés et part donner des cours à droite et à gauche, dans un centre pour réfugiés, dans une école et même dans une prison de haute sécurité.

Cette vie de bohémien s’est arrêtée le jour où il a décroché un mandat pour un workshop sur le leadership au siège de l’International Institute for Management Development (IMD), à Lausanne. Sa méthode de coaching en entreprise avec les djembés plaît beaucoup. Il monte sa société, Sewa Beats, hypothèque sa maison pour acheter 75 djembés (aujourd’hui, il en a 3000, stockés un peu partout dans le monde), travaille de plus en plus en Suisse, rencontre la maman de son futur fils, et s’installe à Saint-Prex en 2003. Son ami Christian Petit, ancien membre de la direction de Swisscom, évoque un de ses ateliers. «Ce qui m’a ému, c’est son humanité. C’est quelqu’un qui cherche à atteindre le cœur des personnes. Et c’est quelqu’un qui relie les continents et les civilisations.»

Entraide pour un village au Sénégal

Les ateliers, ça marche (il existe des filiales de Sewa Beats jusqu’en Chine) mais Doug Manuel voit plus loin. Avec le chef de l’Orchestre Symphonique de Lyon Philippe Fournier, il monte le spectacle Do You Speak Djembe?. Le concert a été produit à Genève sous le parrainage de Roger Moore, pour collecter des fonds pour l’Unicef. Puis il a été joué à l’Alhambra parisien durant tout l’été 2014. «Nous étions 36 musiciens sur scène. C’était formidable, mais financièrement pas possible», conclut Doug Manuel. C’est donc dans une formation réduite que le spectacle continuera à tourner et connaîtra le succès jusqu’aux États-Unis.

À côté de ses activités grand public, Doug Manuel cultive d’autres jardins: la méditation et le yoga, notamment. Son attachement pour l’Afrique l’a conduit à acheter une maison au Sénégal, à Abéné, un village qu’il soutient avec son association Lighting Up Lives. Et ses racines, dans tout ça, où sont-elles? «Je les vis dans mon corps, et le corps, on l’emmène partout avec nous.» Sans oublier le djembé, bien sûr. (24 heures)

Créé: 21.03.2018, 12h22

BIO

1969 Naît à Londres.

1975 Séparation des parents.

1977 Placement en internat.

1987 Travaille comme plongeur à la saison dans un restaurant à Crans-Montana.

1991 Décès de sa mère, suite à un cancer.

1997 Dernier jour de travail à la BBC.

1997 Départ en Afrique de l’Ouest pour étudier le djembé.

2002 Premier mandat pour présenter un programme de leadership au siège de l’IMD, à Lausanne.

2003 S’installe en Suisse, à Genève, puis à Renens, à Saint-Prex et maintenant à Morges. 2006 Naissance de son fils Noé, qui est déjà monté sur scène avec son père pour jouer du djembé.

2017 Spectacle avec Oprah Winfrey à UCLA, Los Angeles.

2018 Production du spectacle Djembe! The Show à Chicago.

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