Il loue la magie suisse en éternel minoritaire

PortraitJean Christophe Schwaab, municipal et conseiller national.

«A l’Uni, j’ai compris qu’aucun combat n’est perdu d’avance, si on ne le mène pas seul».

«A l’Uni, j’ai compris qu’aucun combat n’est perdu d’avance, si on ne le mène pas seul». Image: Patrick Martin

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Ça y est, Jean Christophe Schwaab est passé de l’autre côté du miroir! Engagé en politique depuis plus de quinze ans (conseiller communal, député vaudois, puis conseiller national), le socialiste a étrenné son premier Exécutif. Depuis le 1er juillet, celui qui siège aussi à Berne est l’un des sept municipaux de Bourg-en-Lavaux.

L’homme résolument de gauche, qui ne manque jamais de vilipender la droite dans l’hémicycle, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, siégera à 30% à la Maison jaune (où se réunit la Municipalité) avec deux indépendants et quatre PLR. Un problème? «C’est la magie du système suisse! Il permet de différencier niveaux et fonctions. J’arrive très bien à aller boire une bière avec mes pires adversaires après qu’on s’est copieusement invectivés à la tribune.» Une bière? «Je suis aussi un inconditionnel du Dézaley, le meilleur blanc du monde», corrige-t-il. Rompu aux arcanes des Législatifs et de l’opposition, l’enfant de Cully se réjouit d’apprendre la collégialité. «Si je suis venu à l’Exécutif, c’est pour faire avancer les choses. Le parlementaire garde sa bonne idée pour lui, pour que sa motion porte son nom. Là, on la partage avec les six autres et on cherche des compromis.»

Jean Christophe Schwaab gardera donc «les formules qui tapent et les envolées lyriques» chères à son cœur pour la capitale. A Bourg-en-Lavaux, il est prêt à faire profil bas – on lui a parfois reproché de «faire un peu long» dans ses prises de parole au Conseil communal. Municipal des Affaires sociales, des Travaux mais aussi de l’Eau potable, il dit maîtriser le premier thème, «pour lequel les communes n’ont pas grand-chose à dire», mais admet ne rien connaître aux deux autres. «Mon rôle est de me faire expliquer un dossier complexe pour ensuite pouvoir le réexpliquer.» Un grand changement pour celui qui a conscience de manquer parfois de modestie et de son côté «donneur de leçons» qui, à force d’anaphores, en irrite plus d’un.

Les dossiers complexes et nouveaux, comme la «technique juridique super-ennuyeuse», ne rebutent pas le docteur en droit, qui préfère le civil au pénal. Au Conseil national, il préside la Commission des affaires juridiques, où siègent «des calures à qui on ne la fait pas». Pour qu’on le considère, à droite comme à gauche, comme un politicien jeune mais solide – «à l’approche des 40 ans, j’ai toujours l’air d’en avoir 20» –, il a fallu qu’il «bétonne ses dossiers».

«Celui qui arrive à rendre crédible le fait qu’il connaît le règlement sur le bout des doigts, on l’écoute.» Surnommé affectueusement «Schwaabi» par les parlementaires suisses alémaniques et «Man in black» par les Romands qui ironisent sur son style vestimentaire jamais moins sombre que le gris clair, il est aussi, pour beaucoup, le «fils de» (Jean Jacques, conseiller d’Etat vaudois, puis national, et Christine, directrice du Gymnase de Burier).

Pourtant, Jean Christophe Schwaab n’en est pas à son premier combat. Déjà président des délégués de son gymnase, c’est à l’Université de Berne (où il a étudié en allemand) qu’il a pris la mesure de l’engagement politique et syndical.

«Actif dans l’association des étudiants, j’ai compris qu’aucun combat n’était perdu d’avance, à condition de ne pas le mener seul, de multiplier les moyens et d’être extrêmement bien préparé.» Dès lors, il s’est jeté à corps perdu dans la lutte syndicale, tant suisse qu’internationale. Il est encore président romand de l’Association suisse pour les employés de banque, mais aussi du réseau des Œuvres suisses d’entraide ouvrière régionales.

Point commun à ces engagements: le fait de n’être «jamais majoritaire nulle part». Socialiste à Lavaux est un exemple de plus. N’est-ce pas d’ailleurs contradictoire de mener une vie de petit-bourgeois – il a grandi et vit dans la villa familiale à Riex avec son épouse pédiatre et ses deux enfants – tout en militant en faveur des ouvriers? «C’est plutôt la preuve que je ne fais pas cela par intérêt personnel.» Il évoque aussi l’extrême chance d’être du bon côté des inégalités, qui l’a poussé à s’engager. Et son éducation? «J’ai eu une enfance d’enfant, mais c’est vrai que vivre avec des gens engagés conscientise.»

Personnage public, il ne parlera pas de sa famille, dont il veut préserver l’anonymat. Il dit toutefois lui consacrer tous ses loisirs. Seul, c’est dans la lecture qu’il se ressource, la science-fiction en tête (il a dévoré Lovecraft et Asimov) et Homère en boucle (il relit régulièrement l’Iliade et l’Odyssée), mais aussi dans la virtuosité du pianiste Sviatoslav Richter. Rit-il? Oui, et à gorge déployée, devant Les Simpson – «je connais les 25 premières saisons par cœur!» – et American Dad! Les deux séries d’animation mêlent dessin animé et critique politique. Comme une synthèse en pied de nez du vingtenaire éternel à l’adulte responsable. (24 heures)

Créé: 01.09.2016, 09h00

Carte d'identité

Né le 23 août 1979 à Cully.
Cinq dates importantes
1999 Entrée au Conseil communal de Riex et à la Jeunesse socialiste. Suivront le Grand Conseil en 2007, puis le Conseil national en 2011.
2008 Mariage «à Cully et à Grandvaux» avec son amie pédiatre.
2010 et 2013 Naissance de son fils, puis de sa fille, dont il préfère taire les prénoms.
2014 Annonce de l’abandon des curatelles imposées par le Conseil d’Etat. «Mon combat politique le plus abouti.»

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