Une lueur dans les noirceurs de la rue

PortraitJan de Haas, pasteur à la retraite

Image: Jean-Paul Guinnard

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Celui qui, peu importe sa motivation, voulait pénétrer au cœur de l’église Saint-Etienne, à Moudon, en trouvait toujours les portes grandes ouvertes. Ce fut l’une des premières résolutions de Jan de Haas quand il a repris la tête de la paroisse réformée de la cité broyarde en 2004.

En douze ans, il n’a eu de cesse d’aller à la rencontre des Moudonnois et de faire de ces vieux murs un véritable lieu d’échange et de vie. «Une église, après tout, ce n’est qu’un tas de briques. Ce sont les êtres humains qui en font un endroit particulier», lance-t-il. A la retraite depuis peu, il devra bientôt rendre les clés de ce qui aura été non seulement sa maison, mais surtout celle de tous ceux qui y sont entrés pour se recueillir ou simplement pour admirer son architecture imposante.

Si dehors le soleil printanier brille de mille feux, l’intérieur de l’édifice est encore empreint de l’humidité hivernale, donnant à l’endroit un air quelque peu austère. Mais c’est compter sans la personnalité colorée de l'ancien maître des lieux dont l’aura irradie toute la nef. Ses éternelles sandales aux pieds, un gilet orange faisant penser à celui d’un cantonnier et des airs «baba cool», on ne peut pas dire que son image renvoie à celle d’un pasteur traditionaliste. Et son parcours atypique le confirme.

Nuits blanches dans le froid

Si, ces dernières années, Jan de Haas a pu officier avec un toit sur la tête, ça n’a pas toujours été le cas. Il a passé tellement de folles nuits blanches dans le froid, sous la pluie, sous le crachin ou sous les jets de bouteilles. La misère, il l’a côtoyée. Avant Moudon, il a longtemps été pasteur de rue à Lausanne, luttant avec les moyens du bord contre les ravages du sida parmi les toxicomanes, et posant les jalons avec d’autres de plusieurs structures d’aide que la capitale vaudoise achèvera de mettre en place par la suite.

Au début des années 1990, avec Mère Sofia, une religieuse déjà connue dans les rues lausannoises, il s’empare du problème des seringues partagées, «véritable autoroute de la transmission du virus du sida». Sous le manteau, il distribue du matériel d’injection propre que des pharmaciens lui offrent généreusement, «parfois plusieurs milliers de seringues par jour». Avec l’aide des toxicomanes, il nettoie les rues et va même jusqu’à publier, à titre préventif, le prix du cours de la drogue. Ce qui lui vaudra quelques problèmes avec la justice.

"Terrible de voir tous ces jeunes mourir"

C’était une période très intense, mais surtout très éprouvante. Physiquement tout d’abord, car le pasteur intervenait souvent la nuit, mais mentalement, surtout. «L’alcool, le sida, les overdoses tuaient à tour de bras. En douze ans, j’ai enterré 220 personnes dont la moyenne d’âge était de 33 ans. C’était terrible de voir tous ces jeunes mourir.» Mais c’est au travers d’eux, et de toute la misère qu’il rencontrait dans la rue, que Jan de Haas parvenait à entrer en contact avec Dieu. «Je crois que Dieu se laisse entrevoir dans chaque parcelle d’humanité.»

Ce qui l’a aidé à tenir durant toutes ses années: la prière, mais surtout son amour indéfectible pour son prochain. C’est ce qui a toujours dirigé sa pensée et ses actes. Cette philosophie, il confie l’avoir apprise très tôt dans une famille religieuse «mais pas trop», et dans un pays, la Hollande, qui prônait une grande tolérance à l’égard des minorités. Mai 68 passe par là. Le jeune garçon baigne alors dans les idéaux de cette grande révolution libertaire. Cheveux longs, barbe de trois jours et fleur derrière l’oreille, il débarque en Suisse en 1970. Il vient y suivre un séminaire de communication dans le cadre de ses études en théologie, mais l’amour va le faire rester. Il rencontre Geneviève, une Broyarde qui deviendra son épouse.

Vie en communauté

Le couple s’installe en communauté avec une dizaine de personnes dans une ferme de Chesalles-sur-Moudon. Il se souvient avec nostalgie de cette époque: «Nous avions tous une tâche bien définie. Moi, par exemple, j’étais responsable d’un troupeau de chèvres. Avec leur lait, je faisais du fromage que je vendais ensuite au magasin bio Le Topinambour, à Lausanne, un des premiers du genre. Nous vivions le grand idéal soixante-huitard.»

Les pieds bien ancrés dans la terre de la campagne vaudoise, l’homme terminait ses études à l’Université de Lausanne. «C’était génial de pouvoir suivre des études tout en vivant en communauté. Cette expérience m’a permis de mettre en perspective les théories que nous apprenions sur les bancs de l’université.»

L’avenir? «Je vais bientôt partir avec ma femme faire un grand voyage. Et pour la suite, je me vois bien m’investir dans la politique locale.» On l’aura compris, à 65 ans, Jan de Haas est toujours en chemin. Enthousiaste, il s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de sa vie. (24 heures)

Créé: 29.04.2015, 08h39

Carte d'identité

Né le 12 avril 1950 à Maassluis (PB).

Cinq dates importantes

1970 Arrivée en Suisse pour ses études. Il rencontre Geneviève, sa future femme.

1975 Naissance de sa fille Anne-Klazien, suivie de celle de son fils Robin en 1979.

1978
Il est nommé pasteur dans l’ouest de Lausanne. Il s’engage en faveur des toxicomanes et des prostituées.

1990 Création de la Pastorale de rue à Lausanne.

2005 Naissance de son petit-fils Noé, suivie de celle d’Ilena en 2007 et Anne-Lise en 2010.

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