Lyell Grünberg, un pas devant l'autre sur la «slackline» et dans la vie

PortraitFunambule professionnel, le jeune Veveysan a acquis la sagesse en même temps que la maîtrise de sa sangle d’équilibriste.

«Par la discipline qu’elle m’imposait et les sensations qu’elle m’apportait, la slackline a été mon guide»

«Par la discipline qu’elle m’imposait et les sensations qu’elle m’apportait, la slackline a été mon guide» Image: Florian Cella

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Dans une autre vie, Lyell Grünberg devait être moine tibétain. Ou chaman amérindien. Comment expliquer autrement le calme et la sérénité habitant ce jeune Veveysan âgé de tout juste 21 ans? «C’est ce que tout le monde me dit, mais jusqu’à 14 ans, j’étais un gamin comme les autres, qui jouait au foot et aux jeux vidéo», sourit-il en savourant le soleil sur une sublime terrasse en surplomb du lac.

Et que s’est-il passé à ces fameux 14 ans? «Pour mon anniversaire, j’ai demandé une PS3 et j’ai reçu… une slackline», explique-t-il en romançant volontairement l’histoire. Il ne se doutait pas que cette sangle de 15 mètres de long – cette «ligne lâche», en traduction littérale – allait changer sa vie. «Elle a fait l’homme que je suis aujourd’hui», n’hésite-t-il pas à affirmer.

Un jour, le déclic

Les débuts furent pourtant laborieux et peu assidus. Mais à force de persévérance, le miracle se produisit: «Je ne comprenais pas pourquoi il était si difficile de marcher sur cette sangle. Mais avec le temps, j’ai réalisé que le seul moyen d’y arriver était d’avancer un pas après l’autre, dans tous les sens du terme. La seule chose importante, c’est le processus.» Pour l’adolescent très sportif et hyperactif, il va falloir se canaliser: seul le temps offrira la maîtrise corporelle et cérébrale nécessaire. Lyell se prend au jeu: «Pendant deux ans, j’en ai fait tous les jours. Je courbais même les cours de langue au gymnase, mais comme j’ai de la facilité dans ces branches (ndlr: il parle couramment le français, l’allemand et l’anglais), mes parents laissaient faire.»

Cet apprentissage tombe à point nommé: leurs parents étant séparés, le jeune homme et sa sœur se retrouvent un peu livrés à eux-mêmes durant leur adolescence. «J’ai dû décider qui je voulais être et ce que je voulais faire de ma vie. Par la discipline qu’elle m’imposait et les sensations qu’elle m’apportait, la slack­line a été mon guide.» La source d’une acquisition de maturité accélérée, renforcée par le fait que les autres passionnés fréquentés sur la Riviera puis aux quatre coins du monde étaient tous plutôt trentenaires. Sur la sangle, le travail paie. Les traversées sont de plus en plus longues et de plus en plus hautes, ouvrant de nouveaux horizons. «Un jour, j’ai tendu ma sangle entre un arbre du quai Perdonnet et un balcon. Quand je me suis retrouvé au milieu de la montée, j’ai réalisé que personne n’avait jamais vu le paysage du lac depuis ce point précis. C’est un sacré privilège.» À la sortie du gymnase, maturité en poche et au désespoir de son père qui veut l’envoyer à l’université, il décide de consacrer une année à sa passion.

Apporter une dimension artistique

Trois ans plus tard, c’est un funambule professionnel qui nous reçoit sur cette terrasse. Il est devenu une des 20 personnes au monde vivant de la slackline. Et une des cinq pratiquant le très haut niveau dans les deux spécialités de la discipline: la highline (ligne tendue à de grandes hauteurs) et la trickline (petite ligne sur laquelle on réalise des acrobaties). Il a pourtant décidé d’arrêter la compétition l’an passé. «Réaliser des tricks (ndlr: des figures) m’intéressait de moins en moins. Ma mission est désormais d’apporter une dimension artistique à mes performances. Je réfléchis au scénario, aux costumes et à l’éclairage.» Et s’il accepte encore volontiers de relier deux immeubles dans le cadre d’un événement, il prend beaucoup plus de plaisir à construire un vrai numéro. Comme lors de la récente Fête de la musique, où il a interprété un Pierrot aérien, évoluant au gré des mélodies d’une Colombine harpiste.

La triade de la slackline – patience, contrôle, écoute – l’a aussi incité à s’intéresser à la méditation et au yoga. Une évolution philosophique qu’il applique à sa discipline. «La sangle, en reliant deux points, crée des connexions. Cela peut être entre deux falaises, mais aussi entre d’autres sites, plus symboliques.» Et de raconter comment il aimerait construire un pont souple entre les deux collines sédunoises, Valère et son église Notre-Dame, et Tourbillon avec ses fortifications militaires. Les connexions, c’est aussi celles nouées avec tous les gens rencontrés. Et les nombreuses questions qui lui sont posées lui donnent de plus en plus envie de partager son expérience et d’apporter de l’aide à celles et ceux qui se cherchent encore ou n’arrivent pas à vivre de leur passion.

«J’ai eu la chance de beaucoup voyager»

S’il a parcouru le monde de long en large ces dernières années, Lyell veut aussi désormais se concentrer sur la Suisse et ses environs. «J’ai eu la chance de beaucoup voyager et même de vivre en Afrique de 0 à 6 ans. Mais c’est ici à Vevey que j’ai planté mes racines. J’aime partir, mais j’ai besoin d’avoir un lieu où revenir.» La remarque fait sourire sa sœur: «Quand il parle de lieu, n’imaginez pas un appartement: il est tout le temps en mode «squat», dans la famille ou chez des amis.» Proche de son petit frère, Lydia Grünberg apprécie sa liberté et son grand cœur, mais avoue avoir de la peine à le suivre. «Il passe très rapidement d’une chose à une autre. On reçoit des SMS des quatre coins de la planète.» Un mode de vie qui fait d’ailleurs débat entre les deux, puisqu’elle a décidé depuis longtemps de ne plus utiliser l’avion.

Conscient de la problématique, Lyell Grünberg n’aura toutefois pas besoin d’avion pour ce qui pourrait devenir sa plus grande réalisation: «Il y a 3 km entre la Cime de l’Est des Dents-du-Midi et la Dent de Morcles, avec 1000 m de hauteur au milieu. Les proportions parfaites. Ça me prendra le temps qu’il faudra, mais un jour je tendrai ma ligne là-bas…»

Créé: 11.09.2019, 10h12

Bio express

Naît le 9 novembre 1997 à Oxford (GB).
2006
Vient s’installer à Vevey avec ses parents après avoir vécu notamment en Afrique.
2011
Son père lui offre une slackline pour son anniversaire.
2013
Commence les compétitions de trickline.
2016
Termine le gymnase et décide de se donner une année pour vivre sa passion.
2017
Réalise qu’il arrive à en vivre. Vit une de ses plus belles traversées, au-dessus de Navagio Beach sur l’île grecque de Zakynthos. Se produit à Washington, ainsi que lors de la cérémonie d’inauguration du nouveau Parlement vaudois.
2018
Devient financièrement autonome. Décide d’arrêter les compétitions. Se produit plusieurs fois au Costa Rica.
2019
Participe à une tournée sur le domaine des Portes-du-Soleil. Traverse l’arène de la Fête des Vignerons par les airs, en toute illégalité.

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