Madame Égalité a toujours cultivé le goût des causes justes

PortraitLa Nyonnaise Maribel Rodriguez a affûté son sens de l’équité au Guatemala, à New York ou à Madrid. Depuis mars, elle dirige le Bureau cantonal de l’égalité

VANESSA CARDOSO

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Le développement durable, la coopération internationale ou encore l’égalité entre les femmes et les hommes. Maribel Rodriguez s’est plusieurs fois entendu dire, sur le ton de la plaisanterie, qu’elle avait le goût des causes perdues. «J’ai surtout le goût des causes justes», répond, derrière un grand sourire, la cheffe du Bureau de l’égalité du Canton de Vaud (BEFH) depuis mars dernier.

L’égalité, une thématique tout indiquée pour celle qui est née à Nyon en 1971, soit l’année de l’introduction en Suisse du suffrage féminin au niveau national. «À cette époque, une femme mariée devait demander l’autorisation à son époux pour ouvrir un compte bancaire ou signer un contrat de travail, souligne-t-elle. Comme dans tous les domaines, il y a beaucoup d’avancées au début, puis on stagne.»

Elle nous reçoit dans son bureau au cœur de Lausanne. La vue sur la cathédrale et le Gymnase de la Cité en contrebas offrent un décor de carte postale. Maribel Rodriguez hésite rarement dans le choix de ses mots. Le ton est posé, la conviction profonde. Il lui en a fallu pour arriver là. Cette fille d’immigrés espagnols a été confrontée de plein fouet aux inégalités sociales durant l’adolescence. «En tant que femme issue de la migration et d’un milieu ouvrier, j’ai vite compris que les échelons n’étaient pas si faciles à gravir. Il a fallu démontrer sans cesse plus. Quand on sent une pression qui nous tire vers le bas, on cherche souvent à pousser plus fort encore vers le haut.» Une certaine envie de revanche aussi? Notre interlocutrice hoche la tête: «C’est surtout un défi personnel.» Étudiante en sociologie à l’Université de Lausanne, elle part en 1998 pour réaliser son mémoire sur le terrain, au Guatemala. Elle y rencontre Leopoldo, historien, qui deviendra son mari la même année. «Entre nous, cela a fait clic. Notre histoire dure depuis 19 ans maintenant. On peut dire qu’on a fait pas mal de kilomètres ensemble.» En effet, ce voyage vers l’Amérique centrale sera le premier d’une longue série. En 2002, Maribel Rodriguez rejoint les Nations Unies dans le cadre de leur programme pour le développement. D’abord à Cuba, puis à New York. «Je me suis toujours sentie chez moi partout. Plus qu’aux endroits, je m’identifie surtout à la langue.»

Au fil des missions, le couple Rodriguez est contraint de déménager tous les deux ou trois ans. «Vivre cela ensemble a énormément compté pour moi. Mon mari est avant tout un compagnon de vie. Nous devons parfois faire des concessions, dans un sens ou dans l’autre, avec toujours en tête notre objectif commun.» L’arrivée d’Eloisa puis de Julian n’a pas altéré ce souci de parité chez les Rodriguez. «Il s’agit de donner à l’autre sa place entière, légitime. Tout le monde participe aux tâches domestiques. Comme les enfants grandissent, les responsabilités des adultes s’allègent aussi.» Retour après 17 ans à l’étranger

Après 17 ans passés à l’étranger, la petite famille est revenue en Suisse en 2013. Après avoir été active à Genève dans la coopération internationale, la Nyonnaise a repris en mars la barre du Bureau de l’égalité vaudois, rattaché au Département du territoire et de l’environnement de Jacqueline de Quattro. Ces dernières semaines, le bureau a été au cœur des débats politiques. Le Grand Conseil a accepté fin septembre une nouvelle loi sur la prévention et la lutte contre la violence domestique.

Dans la foulée, le Législatif vaudois a accepté au mois d’octobre de mieux contrôler l’égalité salariale des entreprises subventionnées ou mandatées par l’État. Deux textes de loi pour lesquels le BEFH, composé d’une petite équipe d’une dizaine de personnes, a joué un rôle clé. Si Maribel Rodriguez confie sa fierté vis-à-vis de ces avancées récentes, elle est surtout consciente que c’est maintenant que tout commence. «Il s’agit désormais de mettre en œuvre ces lois. Ce sont deux sujets qui suscitent beaucoup d’attentes. Une large partie de la population est concernée. Les défis à venir sont nombreux.»

Un poste très exposé

Cette perspective n’inquiète pas pour autant la nouvelle responsable. «Je ne pourrais pas faire un travail statique, sans défi. J’ai horreur de la routine et de la facilité. Je cherche toujours l’utilité dans ce que je fais. Suis-je à une place où j’apporte quelque chose? Cette question a guidé mes choix professionnels.»

Ce rôle de «Madame Égalité» du Canton est très exposé au niveau politique. La principale intéressée en est parfaitement consciente. Pourrait-on un jour la voir s’engager personnellement? «J’aurais du mal à suivre une discipline de parti. Je ressens cela comme un carcan.» De son propre aveu, Maribel Rodriguez préfère être dans la réflexion autour de politiques publiques.

L’égalité entre les femmes et les hommes – en bonne place dans le prochain programme de législature – promet encore de belles batailles. Lorsqu’elle évoque les défis à venir, elle cite la métaphore du plafond de verre. «Nous avons besoin de plus de participation des femmes dans les hautes sphères des structures hiérarchiques, que ce soit dans l’économie ou en politique.» Une réalité au sein même de l’Administration cantonale, où les postes de cadres supérieurs sont occupés à 80% par des hommes. (24 heures)

Créé: 28.11.2017, 08h56

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