Médiation et méditation, la nouvelle vie du popiste

PortraitBouddhiste, l’ancien président du POP Massimo Sandri emmène Juifs et Palestiniens en haute montagne.

La passion de la montagne est ambiguë, souvent associée à
un héroïsme chauvin

La passion de la montagne est ambiguë, souvent associée à un héroïsme chauvin Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des Palestiniens et des Israéliens ensemble en expédition dans les Alpes! Le Mont-Blanc, des treks exigeants, le tour du Mont-Rose: Breaking the Ice* devait fêter ses 10 ans au Grand-Saint-Bernard, ces jours-ci. L’alerte au coronavirus remet à l’an prochain la célébration de cette série d’aventures communes qui brisent la glace, au propre et au figuré, et soudent des amitiés. À partir d’un dialogue israélo-palestinien entamé à Lausanne en 2006, l’association Coexistences multiplie ainsi les initiatives, en Suisse et en Israël. Au ras du terrain, sans emphase, mais avec énergie et persévérance.

Qui a imaginé cette manière modeste et originale de promouvoir la paix? Allons voir le cofondateur de Coexistences (www.coexistences.ch), Massimo Sandri. On croit le connaître: ancien président du Parti ouvrier populaire vaudois et député, ardent défenseur des requérants d’asile déboutés, au cœur du mouvement En quatre ans on prend racine (années 2000). Mais c’est un alpiniste fervent qui nous reçoit, méditant bouddhiste, grand lecteur, éloigné de la politique active. D’une voix douce, il éclaire sobrement son parcours – après avoir cité Aristote «qui place sagesse et prudence au premier rang des vertus» pour mitiger le regret d’avoir dû annuler la rencontre anniversaire.

Enfance à Mantoue, adolescence à Rome, études à Modène, des années dominées par la figure imposante du père. Ce dernier, rescapé par miracle de la guerre, résistant à 17 ans, communiste parfois marginalisé dans le parti pour antisoviétisme, devient un haut responsable du PCI, délégué pour l’Amérique latine, proche de Salvador Allende et contribuant à libérer Régis Debray détenu en Bolivie. Marqué par le Mai 68 romain, le jeune Massimo, militant de l’extrême gauche intellectuelle, attiré par l’histoire et la littérature, suit malgré tout l’injonction paternelle: il étudie l’économie – une nécessité pour qui veut transformer le monde. «Ce côté technique qui m’est étranger m’a poursuivi toute ma vie, mais j’en veux moins à mon père qu’à moi-même.»

À 17 ans, en vacances dans les Dolomites, il rencontre Halina, Juive polonaise émigrée en Suisse avec ses parents. (Leur histoire mériterait un livre.) Il la rejoint, après sa licence, à Lausanne, où le cryptomarxiste au permis de séjour précaire rédige une thèse de doctorat sous la houlette de l’historien André Lasserre, figure de proue du Parti libéral… «Trop lisse, votre thèse», lui reproche le professeur. Car, pour analyser l’impact économique du tunnel du Simplon, Sandri s’en était prudemment tenu au tonnage plutôt qu’à la nature des marchandises qui transitèrent pendant les blocus, crises et guerres dont bénéficia l’économie suisse.

L’économie et la santé

Il évoque sans joie cette période de «difficile effacement». Qui se prolongea dans ses premiers emplois: enseignant dans une école privée, comptable dans une fiduciaire puis dans une grande entreprise pétrolière. C’est au CHUV, où il œuvre de 1990 à 2019, qu’il trouve un sens à son travail. Directeur administratif du Département de gynécologie-obstétrique, il peut, dans les toutes dernières années, s’intéresser à l’intense mouvement social à l’œuvre autour du secteur de la santé, la multiplicité des acteurs impliqués, les innombrables associations de patients et de proches. Il s’intéresse à la manière de «mettre en valeur dans le processus de soin tout ce savoir expérientiel. Ce travail m’a relié à mes idéaux.»

Attiré par le théologien popiste Zisyadis, l’anarchosyndicaliste Pedraza ou la médecin et municipale Marianne Huguenin, Massimo Sandri milite au POP, est élu député, préside le parti cantonal. «Vous avez laissé tomber le masque», lui dit le patron des hôpitaux Charles Kleiber. Qui se souvient aujourd’hui avec quelque tendresse et beaucoup de respect de cet homme «efficace et droit, campé sur ses positions gauchistes, qui a trouvé l’élévation spirituelle dans la mystique de la montagne». L’ancienne députée socialiste Mariela Muri Guirales souligne, elle, l’engagement internationaliste du popiste. En faveur des Arméniens notamment, «par amour de la justice, de la solidarité». Un homme «consciencieux, dans tous les sens du terme», et «un bon philosophe de la vie».

Période d’hyperactivité politique, outre une profession accaparante, que ces années de militance. «Au détriment de la montagne», lâche soudain Massimo Sandri. Car la grande affaire de sa vie, à part sa famille, fut et reste d’aller vers les cimes. L’homme qui a gravi tous les 4000 de Suisse a beaucoup exploré avec son père les Dolomites de ses grands-parents maternels, se réconciliant avec lui par la marche en montagne. Leur relation difficile devint ainsi «une belle amitié» – le chagrin affleure, six mois après le décès de ce père admiré et craint qui, en rejoignant les partisans, avait racheté la complaisance de sa famille envers le fascisme. «La montagne, passion ambiguë, note Sandri. Elle est si souvent associée au nationalisme et à un héroïsme chauvin.»

Pendant des années, il a éprouvé un besoin viscéral de grimper, et s’interroge sur ce qu’il cherchait alors et n’a «pas nécessairement trouvé». Aujourd’hui plus serein, il se sent en équilibre grâce à la méditation à laquelle l’a conduit, dès ses 25 ans, «un intérêt fulgurant pour le fait religieux» jamais démenti. Étudier, sans adhérer, le christianisme – catholicisme, protestantisme – puis le judaïsme. Enfin, par une recherche approfondie après un accident de montagne miraculeusement non mortel, se retrouver dans la pratique de la méditation par le biais du bouddhisme Theravada: «Les religions convergent.» Et se rejoignent au sommet de la montagne.

Créé: 13.03.2020, 09h38

Bio Express

1954 Naissance à Mantoue.
1969 Rencontre Halina.
1978 Licence en économie à Modène. Arrive à Lausanne et entame un doctorat. 1983 Docteur en économie. Enseigne à Villars.
1984 Mariage avec Halina.
1985 Naissance de Félix, suivi, en 1987, d’Olivia.
1998 Adhère au Parti ouvrier populaire.
2002 Élu au Grand Conseil. «Rencontre fondatrice»: il invite Marek Edelman, commandant adjoint de la révolte du ghetto de Varsovie en 1943.
2007 Quitte la politique active. Cofonde Coexistences.
2010 Ascension du Mont-Blanc avec des étudiants israéliens et palestiniens.
2016 Termine, au Nordende (4609m), l’ascension de tous les 4000 des Alpes suisses.
2019 Retraite.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.