Micro fermé, le taulier des ondes garde sa gouaille

PortraitLe journaliste Michel Zendali part à la retraite. Il quitte la Sallaz mais reste un inconditionnel de la Pontaise.

Image: Vanessa Cardoso

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Quand Michel Zendali est attablé dans un bistrot lausannois, on le remarque. Grande gueule, ou beau parleur, c’est selon, sa voix goudronneuse porte autant qu’elle a marqué le paysage médiatique romand. Désormais, elle ne résonne (presque) plus sur les ondes de La Première. À 64 ans bien tassés, le journaliste a raccroché le micro. Il a pris sa retraite de la RTS au 31 décembre.

Ce grand gaillard, dont les jeans slims accentuent la silhouette longiligne, a travaillé son bagou au fil d’une enfance passée au bistrot. Ses parents tenaient la Brasserie de Verdeaux, à Renens, toute proche du bâtiment actuel de l’ECAL. Le troquet était alors l’extension de l’appartement familial, situé à l’étage. «J’y ai pris le goût du partage avec les gens, mais aussi de me mettre en scène, note l’intéressé. Petit, je chantais pour les clients contre un sirop. Ça désinhibe.»

Six décennies plus tard, les choses n’ont pas tant changé que ça. «Derrière la grande gueule, il y a un type qui aime profondément le contact avec les autres, observe le producteur Jean-Louis Porchet, qui connaît bien l’oiseau. Il est à l’aise avec toutes les couches sociales, l’avocat comme l’ouvrier.»

Une aisance qui peut s’expliquer par la trajectoire de ce fils de bistrotier de l’Ouest lausannois devenu un notable médiatique, retiré à Chailly. Michel Zendali se reconnaît dans la clientèle bigarrée des bistrots populaires. Ces estaminets où les gens de différents milieux se mélangent. «Dans ces endroits, tu ressens l’odeur du monde.»

La Pontaise est une autre arène où le bonhomme et sa gouaille s’épanouissent. Son amour de la roture aussi. Il supporte le Lausanne-Sport depuis toujours. Son père l’y emmenait lorsqu’il était enfant. Un match de foot est un «spectacle quasi parfait», selon lui. «On passe de l’euphorie à la désolation.» Mais Zendali dans un stade, c’est finalement Zendali qui l’écrit le mieux. En 2013, dans la Tribune de Genève, le Lausannois s’était fendu d’un plaidoyer contre l’interdiction de l’alcool aux abords des terrains: «Au stade, avec des amis et des gens que je ne rencontre que dans ces lieux, nous buvons. Avec modération souvent, avec excès parfois (cela dépend du résultat final…). Cet échauffement du sang nous autorise la régression dans le comportement et une certaine liberté du vocabulaire. Ça change de nos existences trop sérieuses, trop réglées.»

«Insurrection»

Ce petit penchant pour la transgression lui a d’abord coûté un parcours scolaire chaotique et 3 mois de prison avec sursis pour «insurrection» pendant son école de recrues. Un gymnase du soir, un job de chauffeur de taxi et une licence de sciences po le conduiront à l’Agence télégraphique suisse. Son premier boulot de journaliste. Il est taillé pour ce métier qui pousse à s’intéresser aux autres afin de les raconter. Pourtant, au début, il n’avait pas la vocation. «Elle est venue après.» La rigueur du travail d’agencier n’a probablement pas dû faire trop de mal à ce tempérament «un peu baroque». Comme il se décrit lui-même. Mais le moment fort de ces quelque quarante années de carrière à travers les médias écrits, radiophonique et télévisuel reste l’aventure de Nouveau Quotidien. «C’est rare de lancer un journal, on croyait réinventer le monde de la presse.»

Une expérience intense. Assez éloignée de ce qu’il observe aujourd’hui du journalisme: une profession «fragilisée». «J’ai eu la chance de connaître les dernières années glorieuses du métier, une époque où le journaliste était encore un agitateur d’idées, un provocateur, le détenteur d’un regard sur le monde.»

Il ne conseillerait pas à ses enfants de se lancer dans une telle carrière. Cela tombe bien, ses deux fils n’ont pas suivi ses traces. Même si l’aîné, Benoît Gaillard, président du PS lausannois, prend aussi bien la lumière que son paternel. L’héritage familial n’est jamais loin. L’élu vient de déposer au Conseil communal un postulat intitulé «Inventaire et promotion des cafés, restaurants, bistrots, brasseries et pintes historiques de Lausanne».

S’effacer un peu

L’heure de la retraite venue, «il faut admettre de s’effacer un peu». Michel Zendali fait encore très épisodiquement des éditos pour La Première. «Je suis en train de faire mourir lentement mon ancienne vie. Ce n’est pas évident, ce métier a été tellement prenant.» On lui a bien fait des propositions pour continuer. Mais après toutes ces années à passer d’un média à l’autre, il a dit en avoir fait le tour. Il aimerait aussi éviter de devenir le «vieux con de service». Alors mieux vaut passer à autre chose.

«Maintenant, il donne des cours de français à des étrangers, raconte Ludovic Rocchi, un vieux compagnon de route du Nouveau Quotidien et du Matin Dimanche. À mon avis, c’est une autre manière pour lui d’échanger avec des gens.» L’ancien homme de radio met également sa voix à contribution pour des lectures destinées aux aveugles. «Autrement, j’ai toujours beaucoup lu, je vais faire des voyages avec ma compagne, peut-être reprendre le saxophone, bref des occupations de retraité.»

Et puis ce vrai citadin va profiter de Lausanne. Une ville dans laquelle il dit se sentir bien. Il ne l’a d’ailleurs jamais vraiment quittée. Le sexagénaire l’a vue se déployer au cours des dernières décennies. «L’offre culturelle a explosé. J’aimerais bien avoir 20 ans aujourd’hui à Lausanne.» (24 heures)

Créé: 05.02.2018, 09h26

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