Elle milite sans répit contre le mal-être à l’école

Mical Vuataz StaquetLa fondatrice du centre Faire l’école en liberté explore un nouveau modèle scolaire à vocation publique et est attachée plus que tout à la liberté individuelle.

Mical Vuataz Staquet met actuellement sur pied une nouvelle association destinée à regrouper des enseignants bénévoles, renommés «compagnons du savoir».

Mical Vuataz Staquet met actuellement sur pied une nouvelle association destinée à regrouper des enseignants bénévoles, renommés «compagnons du savoir». Image: Florian Cella

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Lutter contre la souffrance à l’école et libérer le potentiel d’humanité enfoui en chaque enfant. À l’image des grands pédagogues du siècle dernier, Mical Vuataz Staquet se donne corps et âme à cet idéal d’émancipation, sans craindre de nager à contre-courant. Derrière son visage doux et souriant se cache une volonté de fer qui lui permet de surmonter les nombreux obstacles dressés sur son chemin. Intarissable au sujet de ses projets, la fondatrice de l’association Faire l’école en liberté (FEEL) éprouve cependant une certaine réserve au moment de parler d’elle-même. «Comment vais-je m’inventer aujourd’hui?» plaisante-t-elle.

Les «compagnons du savoir»

Mical Vuataz Staquet nous reçoit dans l’ancienne usine de La Filature, à La Sarraz. Une surface de 550 m2 reconvertie en centre de rencontre pour les familles pratiquant l’école à la maison. Fondé en 2015, l’espace accueille aujourd’hui 78 enfants et 45 parents et grands-parents. Il est unique en son genre en Suisse et contribue à faire du canton de Vaud un pionnier dans l’éducation à domicile.

Dans son bureau lumineux chauffé par un poêle à bois, entourée de livres de neurosciences et de son chat, Mical Vuataz Staquet travaille sans répit au développement de ses idées pédagogiques. Elle met actuellement sur pied une nouvelle association destinée à regrouper des enseignants bénévoles, renommés «compagnons du savoir». Avec des cours à la carte, ceux-ci compléteraient le modèle éducatif qu’elle explore avec FEEL. Ses proches soulignent son énergie «inépuisable» et sa grande capacité de travail. «Sa vision de l’éducation porte loin, souligne son ami Mathieu Glayre, enseignant et cofondateur du journal Moins!. Sa faculté à saisir les enjeux importants lui donne toujours un ou deux coups d’avance sur tout le monde.»

FEEL est né de l’observation d’un «grave mal-être» à l’école chez plusieurs enfants de son entourage. «Au bout d’un moment, j’ai senti le besoin de retrousser mes manches pour trouver une nouvelle voie», confie celle qui se considère plus comme un «pilote de navire» que comme une pédagogue. Elle et son mari, un ponte de l’homéopathie, avaient déjà fait le choix de scolariser leurs trois fils à domicile à une époque où la pratique était encore peu répandue. Il était donc logique d’explorer cette alternative. Le couple vend alors la vieille ferme achetée en France voisine et migre dans le canton de Vaud. Il vit aujourd’hui une existence nomade, sans réelles attaches géographiques.

La liberté chevillée au corps

Ce goût pour la liberté est un trait distinctif du caractère de Mical Vuataz Staquet. Il se discerne chez elle dès son plus jeune âge. Elle grandit à Genève, entourée de trois frères. Son père est député socialiste au Grand Conseil et directeur du Conservatoire populaire de musique. Sa mère est enseignante de dessin. «Mes deux parents ont été à l’origine de l’introduction de la maturité artistique dans le canton.»

Entre 10 et 11 ans, elle intègre une classe expérimentale inspirée par la pédagogie du Français Célestin Freinet. «Je me suis éclatée comme jamais auparavant dans ma scolarité, qui autrement m’ennuyait à mourir. J’y ai puisé mon amour des gens et de la liberté. Cette parenthèse a planté une graine en moi, qui a éclos plus tard au moment de créer FEEL.»

Cependant, ses parents divorcent et l’horizon familial s’assombrit. La jeune femme a 14 ans et demi quand elle décide de quitter l’école et la maison. Elle trouve du travail dans un manège de la région, où elle s’occupe des chevaux. «La relation que j’ai tissée avec eux a été fondamentale dans ma construction personnelle. J’ai appris à être à l’écoute, à vaincre mes peurs et à observer les comportements non verbaux.» Autant d’aspects utiles aujourd’hui avec les enfants. Les chevaux sont restés centraux dans sa vie jusqu’à il y a peu. Aujourd’hui, le temps lui manque. Assise dans son bureau de La Filature, elle nous montre une photo d’elle en train de chevaucher la dernière monture dont elle s’est occupée. Elle porte d’ailleurs ce jour-là un pantalon de cavalière.

À 25 ans, sans aucun diplôme ni CFC, elle réussit un examen passerelle et entame des études de droit. Son brevet d’avocat en poche, elle travaille durant treize ans comme juriste au Tribunal administratif de son canton d’origine. Un métier qu’elle dit avoir adoré. «Il s’agissait d’étudier le rapport entre l’extension des prérogatives de l’État et les libertés individuelles.» Une thématique qui l’occupe aujourd’hui encore quand elle se confronte aux programmes pédagogiques de l’État, qu’elle juge obsolètes.

Lorsque nous abordons les possibles limites de l’école à la maison comme modèle scolaire généralisable pour tous, sa réaction surprend. «Dans une société comme la nôtre, au tissu social délité, la scolarité à domicile n’est pas une solution, reconnaît-elle. Elle doit être associée à un centre de rencontre comme FEEL, avec des enseignants à disposition et des échanges. En revanche, l’idée de soutenir l’enfant dans ses propres élans d’apprentissage correspond aux résultats des dernières recherches scientifiques.»

Forte de cette certitude, Mical Vuataz Staquet rêve d’introduire une option au sein de l’école publique pour permettre à ceux qui le souhaitent de suivre un cursus gratuit hors établissement scolaire. Lucide, elle admet que «ça n’est pas près d’arriver». Mais elle reste convaincue de défricher un chemin d’avenir. Alors elle persévère. (24 heures)

Créé: 29.01.2018, 10h49

Infobox

1963 Naissance le 3 octobre à Genève. Son père est député au Grand Conseil et sa mère enseigne le dessin.
1973-1974 Participe à une expérience pédagogique marquante inspirée de la pédagogie Freinet.
1977 Quitte le domicile familial suite au divorce de ses parents et se fait embaucher dans un manège.
1986-1987 Réalise un tour du monde de deux ans. Traverse l’Amérique centrale à pied puis parcourt longuement l’Asie.
1995 Obtient son brevet d’avocat sans vraiment suivre les cours.
1996 Naissance de son premier fils. Elle en aura deux autres.
2002 Commence à travailler comme juriste au Tribunal administratif de Genève, où elle reste treize ans.
2015 Fondation de Faire l’école en liberté (FEEL) à La Sarraz.
2018 Travaille au lancement d’une nouvelle association regroupant des enseignants et des professionnels, les Compagnons du savoir.

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