Elle a mis au monde plus de 4000 bébés

Portrait Ruth Brauen, sage-femme.

Image: ODILE MEYLAN

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C’est elle, d’habitude, qui se rend chez les gens. Mais, cette fois, Ruth Brauen nous reçoit dans son appartement sur les hauts de Lausanne. Nous savions qu’il recèle un trésor inédit! Plus de 4000 faire-part de naissance, témoins d’autant de bébés dont la sage-femme a suivi les premières semaines de vie. Sur la table, des cartons pleins de petits visages joufflus et de messages de gratitude adressés par les heureux parents. La Vaudoise a longtemps présidé l’Association suisse des sages-femmes, milité sans relâche en faveur de la promotion de la profession, pour l’amélioration du bien-être des mères et des nouveau-nés. A 74 ans, elle effectue ses dernières visites à domicile comme sage-femme indépendante: à la fin de l’année, elle boucle une longue carrière menée tambour battant, entamée comme infirmière diplômée de La Source en 1964.

«Je voulais devenir institutrice mais j’aurais dû rattraper maths et algèbre, car en prim’ sup, les filles avaient la couture à la place des maths. J’ai trouvé ça injuste, alors j’ai choisi infirmière, comme ma sœur!» raconte Ruth Brauen, née à Thierrens, un jour de giboulées de neige, de parents agriculteurs venus du canton de Berne. «Ma mère a accouché à la maison, avec une sage-femme.» Ruth se montrera très vite curieuse du vaste monde. Les expériences acquises ailleurs lui serviront, plus tard, à faire bouger les choses dans les maternités suisses. «Pourtant, après deux stages effectués durant mes études, je m’étais dit que je ne voulais plus y mettre les pieds. Mères et bébés étaient séparés, tout était aseptisé et rigide!» Ne jamais dire jamais! A 32 ans, après avoir roulé sa bosse comme infirmière en Norvège (elle apprend le norvégien) et durant plus de quatre ans en Australie – «Ma mère a trouvé que c’était un peu loin!» –, elle décide d’entreprendre des études de sage-femme à Londres. «Les bonnes pratiques y étaient plus avancées que chez nous.»

«Durant les trois mois d’essai, je voulais m’assurer que les changements que j’allais proposer seraient acceptés.»

A son retour, diplôme en poche, après un an à l’Hôpital de Meiringen, elle revient à Lausanne comme sage-femme responsable à la Clinique de La Source. «Durant les trois mois d’essai, je voulais m’assurer que les changements que j’allais proposer seraient acceptés.» Exit les grands lits à barreaux pour les bébés qui, tout de suite enlevés à leur mère après l’accouchement, passaient l’essentiel du temps à la pouponnière. Ruth Brauen déniche un fabricant de berceaux au Mont-sur-Lausanne et convainc médecins, sages-femmes et responsables d’en commander. Elle introduit le rooming-in, qui permet aux mamans de garder les nouveau-nés auprès d’elles, et l’allaitement à la demande, en place depuis longtemps en Angleterre.

«Je voulais simplement que cela se passe mieux pour tout le monde. J’ai eu la chance de trouver des médecins très ouverts à mes propositions. Je n’ai toujours eu qu’un but: échanger, transmettre, pour offrir aux femmes, aux couples une vraie qualité d’accompagnement, dans le but de garantir une santé conforme aux recommandations de l’OMS.» Pour cela, elle a cumulé les activités: cours de préparation à la naissance, gym mère-bébé, formation continue. Aujourd’hui, reconnaît Ruth Brauen, les changements et les progrès dans les maternités ont été énormes. Elle souhaiterait cependant que chaque hôpital soit doté d’une maison de naissance sans intervention, offrant ainsi le choix aux futures mères.

Après plus de dix ans à La Source, la cheffe décide en 1990 de voler de ses propres ailes et devient sage-femme indépendante. Un statut alors encore très précaire. Entrée au comité central de l’Association suisse des sages-femmes, qu’elle préside ensuite de 1992 à 1997, Ruth Brauen sera l’une des chevilles ouvrières de la première convention nationale des sages-femmes, qui institue le suivi à la maison après l’accouchement, et le remboursement par l’assurance. «On a dû se bagarrer», se souvient la Vaudoise qui, avec ses collègues (et sa forte tête), n’a jamais eu peur de négocier avec les autorités politiques.

«Exercer le métier de sage-femme, c’est aussi quelque part être mère»

En vingt-cinq ans à côtoyer des parents de tous les milieux – «des squatters aux millionnaires!» –, Ruth Brauen a développé un sens aigu de l’observation. «On voit tout de suite les éventuels problèmes mais il ne faut jamais juger ou critiquer car cela dévalorise. Il faut rassurer, écouter la maman, déceler ses inquiétudes. Il faut aussi s’intéresser au mari, dont le rôle n’est pas toujours facile.» Tout au long de sa trajectoire si remplie, Ruth Brauen n’a pas eu le temps d’avoir ses propres enfants. «Exercer le métier de sage-femme, c’est aussi quelque part être mère», dit sans nostalgie celle qui peut se targuer d’avoir mis au monde plus de bébés que n’importe quelle maman! (24 heures)

Créé: 28.11.2016, 09h18

Carte d'identité

Née le 18 mars 1942 à Thierrens.

Sept dates importantes


1964 Obtient son diplôme d’infirmière à La Source à Lausanne.

1968 Part travailler dans un hôpital en Australie.

1975 Diplôme de sage-femme à Londres.

1977 Nommée sage-femme responsable à la Clinique de La Source.

1990 Devient sage-femme indépendante.

1992 Préside l’Association suisse des sages-femmes.

2016 Décide de prendre sa retraite à la fin de l’année.

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