Le monde de la biologiste ressemble à un vaste jardin

PortraitNouvelle secrétaire romande de Pro Natura, la biologiste Sarah Pearson Perret est rompue aux politiques environnementales.

Sarah Pearson Perret pose dans les marais de la Grande Cariçaie, sur le site de Pro Natura à Champ-Pittet

Sarah Pearson Perret pose dans les marais de la Grande Cariçaie, sur le site de Pro Natura à Champ-Pittet Image: Florian Cella

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Ce matin-là, le soleil joue timidement avec les roseaux de la Grande Cariçaie. Sarah Pearson Perret semble à sa place dans ce décor marécageux que la main de l’homme garde à l’état sauvage. Simple, lumineuse dès qu’un sourire traverse son visage, la nouvelle secrétaire romande de Pro Natura n’hésite pas à patauger dans l’eau froide du site protégé de Champ-Pittet à la demande du photographe. Quand bien même, elle l’avoue volontiers: son engagement pour la sauvegarde de la nature se mesure plutôt derrière un bureau que dehors avec des bottes. Et la biologiste est inquiète. Le ton posé, elle tire la sonnette d’alarme sur le déclin des populations et les risques qu’encourt un écosystème fragilisé. «Ce n’est pas pour être catastrophiste. Mais on ne réalise pas que notre bien-être est dépendant de la nature, et que celle-ci ne peut pas se limiter à des petites réserves, coincées là où ça ne dérange pas.»

Enfant des villes, elle a cultivé sa sensibilité écologique en se baladant pieds nus dans le potager de sa grand-maman argovienne. Une femme indépendante, adepte du bio quand personne n’en parlait. La fillette fascinée par la mystérieuse croissance des escargots a confirmé cette curiosité pour le vivant au contact d’un enseignant de biologie qui l’a marquée. Elle la vit à la maison aux côtés de son mari botaniste. D’ailleurs, si vous aimez les jardins tirés au cordeau, leur coin de verdure en ville de Neuchâtel risque de vous sembler brouillon. Elle le choie en lui laissant sa liberté, dans l’attente des «magnifiques surprises» qu’il lui réserve. «Mes voisins le tolèrent parce qu’ils savent que cela me tient à cœur, sourit-elle. C’est dommage, notre société a un peu peur de la nature.»

Prendre sa vie en charge

En prenant les rênes du secrétariat romand de Pro Natura, Sarah Pearson Perret a décidé d’agir à un autre niveau, après des années à mettre en place des mesures favorables à la biodiversité dans les arcanes de l’Office fédéral de l’environnement ou pour l’organisation Agridea. Une sorte de crise de la quarantaine, juge cette mère de famille. «Dans la vie, vous êtes un peu portés par l’école et les études, puis par les enfants en bas âge. Quand ces étapes plus ou moins données sont derrière vous, vous réalisez que votre vie n’est pas éternelle et qu’il faut la prendre en charge.»

Cette envie de renouveau professionnel a coïncidé avec son adhésion aux Vert’libéraux neuchâtelois, dont elle est vice-présidente. «C’est un parti progressiste, qui veut mettre l’individu face à ses responsabilités. Pour moi, c’est très cohérent.» La scientifique – aussi licenciée en sciences politiques – a mesuré de l’intérieur à quel point l’État n’y arrive pas seul, faute de volonté politique et de moyens, dénonce-t-elle: «Prenez l’AVS. De gauche à droite, on a cet accord commun qu’un minimum d’AVS est nécessaire. Ce n’est pas le cas dans le domaine environnemental, qui reste une question de gauche», déplore la jeune politicienne, qui espère toucher la droite avec le discours Vert’libéral. Le secrétaire vaudois de Pro Natura Michel Bongard, Vert comme l’ex-secrétaire romande, se réjouit de cet apport. «Je vois d’un très bon œil l’arrivée de quelqu’un de moins gauchiste que moi. Elle traite les sujets en profondeur.» Mauro Moruzzi, qui préside les Vert’libéraux neuchâtelois et côtoyait Sarah Pearson Perret en voisin, est arrivé au bon moment pour la convaincre de s’engager, titillant cette adepte de l’égalité des chances sur l’importance des femmes en politique. «Elle est très solide dans ce qu’elle fait. Ce n’est pas une intégriste; elle a le réel souci d’un équilibre, pas d’une exclusion, entre les activités humaines et la nature.»

Rassembleuse

Désormais militante professionnelle pour Pro Natura, elle n’a pas l’intention d’entrer en guerre. Sarah Pearson Perret s’imagine plutôt en rassembleuse. «En matière de protection de l’environnement, nous avons de bonnes lois, mais les administrations cantonales et fédérale manquent de moyens pour les faire appliquer. Du coup, les ONG font opposition et nous nous affaiblissons mutuellement, alors que nous pourrions collaborer.»

Durant ses années bernoises, elle était habituée des conférences internationales environnementales. Une fine négociatrice, se souvient Evelyne Marendaz, son ancienne cheffe, municipale à Bourg-en-Lavaux: «Elle maîtrise si bien son domaine qu’elle sait où elle peut faire de petites concessions.» Sarah Pearson Perret aimait ces moments où des gens venus défendre leurs positions, avec des bagages culturels divers, finissent par trouver un accord. Son histoire personnelle y est sûrement pour quelque chose. Celle d’une enfant née à Rome d’une maman argovienne, interprète russe, et d’un père pasteur américain qui l’a initiée à la peinture avec son «extraordinaire» boîte d’aquarelle, qu’elle aime encore manier à côté de la couture. Celle d’une ado qui a débarqué à Genève pour le job de sa mère, sans piper un mot de français, et qui a fini par faire pousser ses racines dans le canton de Neuchâtel, où vit la famille vigneronne de son mari. Celle d’une femme qui lit en anglais lorsqu’elle veut se détendre, rêve dans la langue qui a rythmé sa journée et se montre soucieuse du respect de la minorité romande.

Dans la cure romaine de son enfance transitaient de nombreux réfugiés. Ces jeunes gens, dont les biens tenaient dans une valise, arrivaient à y puiser un petit cadeau pour la fille du pasteur qui les accueillait. «Ça vous marque. Et ça m’a ouvert l’esprit. Je trouvais normal que les gens soient différents de moi. Je me sentais même privilégiée.» Cette amoureuse de l’Asie centrale et du Causase s’en souvient lorsqu’elle visite le monde, seule ou en famille. «Les voyages nous rappellent à quel point on doit être humble et content de ce qui nous est offert.» (24 heures)

Créé: 15.02.2018, 09h51

Bio

1969 Naissance le 7 juin à Rome.

1981 Déménage à Genève et découvre la Suisse romande.

1985 Découvre la beauté des fonds marins lors d’un stage du Collège Calvin à Sanary (France).

1994 Obtient un diplôme en écologie et systématique à l’Université de Neuchâtel.

2002 Naissance de Julien, suivi de Béatrice en 2005, ses «plus grandes réussites».

2007 Entre à l’Office fédéral de l’environnement en tant que cheffe de la section espèces et milieux naturels.

2017 Devient secrétaire romande et membre de la direction de Pro Natura Suisse.

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