Monsieur Soleil veut rendre la forêt plus accueillante

PortraitAu Bhoutan et en Amazonie, Jean Rosset a envisagé la forêt dans toutes ses dimensions.

Image: Patrick Martin

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«Salut Jean Rosset, tu es beau, tu es frais…» Il est des patronymes qui font chanter. Comment ne pas fredonner l’Hymne au soleil vaudois de Jean Villard-Gilles lorsqu’on apprend le nom du nouvel inspecteur cantonal des forêts? La comparaison s’arrête là, car la personnalité de Jean Rosset propose quelque chose de plus serein, plus profond que le tempo guilleret chanté par le poète. Une ouverture d’esprit aussi, que trahissent les accents parfois enfantins – dénués de jugements – de son regard bleu. C’est le bénéfice d’un parcours de vie dont les expériences devraient profiter à la sylve vaudoise et ses visiteurs, en y ouvrant une dimension d’accueil qui se rapprocherait presque d’une forme de spiritualité. C’est que l’époque où les bois ne s’envisageaient qu’en termes de mètres cubes à produire est révolue. La nécessité de protéger une biodiversité en danger est désormais acquise au sein de l’administration. «C’est le socle d’une gestion multifonctionnelle des forêts», éclaire Jean Rosset.

«Il y a des signes d’un basculement, une remise en cause de notre relation au vivant. On voit des chamans organiser des cérémonies en forêt, des mouvements de sauvegarde d’un arbre par du crowdfunding et la science, qui découvre peu à peu que ses connaissances font partie d’une réalité plus vaste.»

«Ma mère était jeune et pensait qu’elle allait avoir un garçon qui se prénommerait Jean-Louis.» Ils seront finalement deux jumeaux à se partager le prénom. Et c’est Jean qui sourira, à l’école, en entendant ses camarades réclamer de chanter l’hymne la page 60 du fameux recueil «Chanson vole». Et c’est aussi à l’école que s’annonce un premier intérêt pour la forêt. «Au cours d’une séance d’orientation professionnelle, au Collège de Béthusy, j’avais choisi marin et ingénieur forestier, dit Jean Rosset. Je ne savais pas ce que c’était, mais ça me parlait.» Il conservera la première option comme hobby en passant son permis de navigation en mer. Quant au second choix, la cabane construite dans un arbre du chalet familial, aux Diablerets, n’y est peut-être pas étrangère. Toujours est-il que le le jeune homme s’en souviendra au moment de décrocher de l’EPFL, après deux ans de thermodynamique et de physique quantique: départ pour Zurich, afin d’y décrocher un diplôme d’ingénieur forestier.

C’est le début d’un chemin qui va le mener loin. Au Rwanda d’abord, dans le courant de ses études, puis au Yémen. «Je ne sais pas si la seule forêt du pays a subsisté avec les conflits armés, mais c’est à cause de ceux-ci que les Nations Unies m’ont envoyé terminer ma mission au Bhoutan», dit Jean Rosset.

Il pourrait en parler des heures, de ce pays dont le roi venait de lancer la notion de «bonheur national brut». «Je me suis imprégné de cette culture, entre le bouddhisme et l’animisme.» L’arbre voisin de la maison qu’il occupait à 2000 mètres d’altitude était habité par un esprit des forêts et les populations locales venaient y faire des offrandes. Un rite dont Jean Rosset n’a pas pu se détourner. C’est qu’il vivait là avec son ex-épouse, devenue maman trois fois au cours de cette période himalayenne. La jeune famille n’avait d’autre choix que de partager le mode de vie de le voisinage. «Il n’y avait pas de magasin, les légumes venaient de notre grand potager.»

La notion de karma a baigné ces quelques années. L’idée que les actions du jour déterminent ce que l’on sera dans une autre vie persiste dans la pensée de ce protestant non pratiquant. Le technicien reste toutefois ingénieur avant tout et ne verse pas dans la spiritualité. Mais il l’accueille avec bienveillance: «Embrasser les arbres, je ne suis pas équipé pour ça. Mais c’est un peu comme quelqu’un qui prie, il se passe quelque chose que je ne juge pas».

Elle est là, cette idée de la forêt qui devient un lieu d’accueil pour chacun, quelque soit sa pratique dans la nature. Une vision qui s’est consolidée en Amazonie. Invité par un chef de tribu en tant que président de la Société forestière suisse, il a découvert un monde où la forêt habite profondément les hommes qui y sont nés. «Il s’est passé une expérience un peu mystique que je ne raconte qu’à mes proches. Mais j’y ai surtout trouvé une forme de bienveillance, d’attention pour l’autre qui englobe toute forme de vivant. Chez nous, ce rapport est très technique et passe par un système d’assurances sociales.»

Changements de perception

Au moment où l’ingénieur se voit confier la tâche de remodeler la politique forestière, ses expériences entrent en résonance avec des changements au sein de la société. «Il y a des signes d’un basculement, une remise en cause de notre relation au vivant, observe-t-il. On voit des chamans organiser des cérémonies en forêt, des mouvements de sauvegarde d’un arbre par du crowdfunding et la science qui découvre peu à peu que ses connaissances font partie d’une réalité plus vaste.» Pour lui, c’est sûr, la forêt fait partie de la société et inversement.«Certains vont en forêt pour s’embrasser en amoureux, danser dans une rave ou se promener. Mais si on y va, c’est qu’elle apporte quelque chose de plus.»

Au moment de partir en retraite, son prédécesseur confirme la façon de penser de Jean Rosset. «Il inspire la confiance, dit Jean-François Métraux. C’est un homme qui a le souci de comprendre les choses dans leur totalité, l’ensemble de leurs interactions.»

Cette perception a un fondement écologiste que Jean Rosset ne renie pas. Le changement climatique se perçoit très bien à l’ombre des épineux et des feuillus. Alors il ne prend (presque) plus l’avion depuis des années. Mais il se dit écologiste «à la forestière» en rappelant que c’est là, sous la canopée, que s’est développée en premier la notion de durabilité, avec l’idée que chaque génération pourra profiter d’une ressource aussi abondante que la précédente. «Développer la fonction d’accueil de la forêt nécessite qu’on l’entretienne, ce qui doit aussi impliquer qu’on utilise davantage le bois suisse dans la construction.»

Créé: 19.12.2019, 09h46

Bio Express

1964
Naît le 9 février à Lausanne.

1993
Naissance de Guillaume, puis Hermine (1995) et
Juliette (1997).

De 1994 à 1998
Chargé de programme au Bhoutan pour l’ONU, puis pour Helvetas.

De 2002 à 2009
Inspecteur fédéral des forêts pour la Suisse romande.

De 2009 à 2016
Conservateur des forêts vaudoises.

De 2012 à 2019
Présidence de la Société forestière suisse.

2016
Voyage en Amazonie dans le cadre de l’association Nice Future en tant que représentant des forêts suisses.

2019
Devient l’inspecteur cantonal des forêts vaudoises.

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