Un nœud pap, un sourire et un mental en acier trempé

PortraitL’ultratrailer Diego Pazos est aussi expert à la police fédérale. Un surdoué qui en a autant dans la tête que dans les jambes.

Elu deux fois ultratrailer suisse de l'année, Diego Pazos trouve son équilibre dans sa famille et la nature.

Elu deux fois ultratrailer suisse de l'année, Diego Pazos trouve son équilibre dans sa famille et la nature. Image: ODILE MEYLAN

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À son enterrement de vie de garçon, ses amis lui ont offert des nœuds papillons de toutes les couleurs. Depuis, Diego Pazos a décidé d’en porter à chacune de ses sorties en montagne. «Je suis un fou de nœuds pap, rigole l’ultratrailer lausannois. Je dois en posséder une cinquantaine. Mais en course, je n’emmène que ceux qui m’ont été offerts avant mon mariage. Ainsi, mes potes et mon épouse sont toujours avec moi durant l’effort. C’est devenu un grigri.» Et surtout une marque de fabrique, puisque les rares fois où il n’en porte pas, ce père de famille se fait gentiment remettre à l’ordre par ceux qui le reconnaissent.

Le champion, désigné ultratrailer suisse de l’année en 2015 et en 2016, possède un deuxième signe distinctif. Même dans l’effort, il ne se départit jamais de son sourire Pepsodent. «C’est ma nature. Je suis quelqu’un de positif et de joyeux. C’est ma façon d’exprimer mon plaisir d’être là.» Et pourtant, celui qui répond au surnom de «Zpeedy» (mélange de Zorro et de Speedy Gonzales) a l’habitude d’en baver. Courir l’équivalent de quatre marathons sur un dénivelé positif de 10'000 m ne lui fait pas peur. «L’ultratrail, c’est le dépassement de soi. Mais aussi l’entraide, la solidarité. À Oman, j’ai passé 120 km avec l’Américain Jason Schlarb, que je ne connaissais pas. Nous avons franchi l’arrivée ensemble, main dans la main, en vainqueurs. Nous avons tellement échangé dans cette course si difficile (seulement 30% de finishers) que nous avions l’impression d’être pacsés! Dans l’ultra, les gens sont modestes et fair-play. Il n’y a jamais de simulation, comme on peut le voir dans les 16 m…»

Diego Pazos tacle le football en connaissance de cause. Ancien joueur du LS (juniors) et de 2e ligue à Prilly, sous la férule de Claude Vergères, ce milieu de terrain a même pratiqué les deux sports simultanément. «Il m’est arrivé de jouer un match à 10 h, de quitter le terrain à midi et de courir le semi-marathon de Lausanne à 13 h 30, en 1 h 31.»

Fils d’immigrés et fort en maths

Ce fils d’un mécanicien de précision chez Matisa et d’une secrétaire chez Bobst, venus d’Espagne il y a quarante ans, a grandi à Chavannes-près-Renens, en face de la tour Aligro. Bon élève, il adorait les maths: «À l’école, ma moyenne variait entre 8,8 et 9,3 (sur 10).» Une aisance qui lui permet de poursuivre des études universitaires en science forensique. Désormais expert à la police fédérale, à 80%, il est spécialisé dans la criminalité organisée, en lien avec Interpol et Europol. Plus spécifiquement dans les stups synthétiques. «Bon, je ne suis pas Horatio Caine, hein!» sourit l’homme de bureau plus que de terrain. Pour Cédric Agassis, avec qui il coorganise le Montreux Trail Festival, «Diego est le seul ultratrailer de ce niveau qui travaille dans un contexte aussi pointu. Les autres sont soit professionnels à 100%, soit rattachés à un emploi lié au sport. Très exigeant avec lui-même et avec les autres, il faut bien avouer qu’on a parfois de la peine à le suivre. Un peu comme en course.»

Fort dans sa tête comme dans ses jambes, ce polyglotte (il parle espagnol, français, anglais, allemand) a tout pour lui. Les sponsors l’ont bien compris et lui font confiance. Il n’est pas rare de voir sa photo sur des étiquettes de vêtements de sport, sur les murs d’une chaîne de restaurants bios, ou sur des stands de produits isotoniques. Intègre, il se fait un point d’honneur de ne représenter que des firmes qui promeuvent ses propres valeurs. «Je ne pourrais pas être soutenu par une marque d’energy drink, sachant que j’encouragerais ainsi des gosses à boire ces bombes caloriques.»

Quatrième de la Diagonale des Fous à La Réunion, vainqueur de l’Eiger Ultra Trail et des 80 km du Mont-Blanc, le Lausannois de 34 ans a aussi su dompter l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) avec une 11e place. Une revanche sur le sort, puisque l’épreuve mythique lui avait fait avaler bien des couleuvres, lors de sa première participation. «C’est l’un de mes pires souvenirs. J’avais prévu de demander ma copine en mariage à l’arrivée. Mais au 28e km, j’ai été malade. Ça faisait deux ans que je me préparais pour cette échéance. Je me suis accroché jusqu’au 142e km (sur 170), mais à ce moment-là, une douleur m’a empêché de poser le pied au sol. Mon quadriceps était sérieusement déchiré et, la mort dans l’âme, j’ai rendu mon dossard. En allant à l’arrivée, je me suis littéralement décomposé quand j’ai vu un coureur, que j’avais dépassé, demander la main de sa copine.»

Métaphore de la vie

L’ultratrail est pour Diego Pazos une métaphore de la vie, condensée sur vingt heures. «Quand rien ne va, il faut se convaincre que ça va changer. A contrario, quand on est euphorique, il faut savoir garder les pieds sur terre. À partir d’un effort de huit à dix heures, on apprend beaucoup sur soi-même. On se rend compte de la capacité d’adaptation du corps. Je suis persuadé que toute personne en bonne santé peut envisager de faire un ultra. À condition de suivre un entraînement adapté.»

Le sportif de l’extrême caresse plusieurs rêves: réussir un podium, voire mieux, à la Diagonale des Fous; parvenir à réaliser une course aboutie sur l’UTMB. Et en 2020, il envisage de traverser la Suisse par les crêtes: 380 km avec 24'000 m de dénivelé, du Liechtenstein à Montreux, en empruntant la Via Alpina. Objectif: moins de 100 heures. Gare aux hallucinations qui guettent parfois les ultratrailers. «Les arbres et les pierres commencent à avoir des visages. C’est très troublant et effrayant à la fois. Ça m’est arrivé à la Diagonale des Fous. Certains disent qu’ils se font attaquer par des arbres.» Mais sa priorité reste pour l’heure son épouse et leur fils Kaylo (14 mois). «À l’avenir, je m’imagine être un grand-papa heureux avec mes enfants et mes petits-enfants. Mais cela se prépare. Il faut donc faire les bons choix, entre une passion dévorante, le travail et la famille.»

Créé: 06.02.2019, 09h08

Bio Express

1984
Naît le 28 novembre à Lausanne, de parents immigrés espagnols.
2010
Rencontre Maya, sa future épouse.
2012
Premier ultratrail à Verbier - Saint-Bernard (111 km), où il termine 3e.
2013
Premier départ pour l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Il est malade dès le 28e km et doit abandonner au 142e km (sur 170 km et 10 000 m de dénivelé positif), sur blessure.
2014
Obtient sa revanche et prouve qu’il peut aller au bout de l’UTMB en se classant 11e.
2015
Mariage avec Maya, le 6 juin. Le 18 octobre, il termine 4e de la Diagonale des Fous, à La Réunion, sa plus grande fierté. À l’arrivée, il fond en larmes. Élu ultratrailer suisse de l’année, il récidivera en 2016.
2016
Remporte les 80 km du Mont-Blanc et l’Eiger Ultra Trail. Termine 6e des Mondiaux, où il représente la Suisse.
2017
Naissance de son fils Kaylo.
2018
Victoire à Oman by UTMB (137 km) main dans la main avec Jason Schlarb.

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