L’Original rêve sa vie toujours plus grande et plus colorée

PortraitBonnet noir et style pop, l'artiste Nicolas Bamert a fait sa place dans l’aménagement coloré du Conservatoire de Lausanne ou du Casino de Montreux.

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Le pin’s coloré estampillé «L’Original» accroché au bonnet de Nicolas Bamert contraste avec son look sombre. Et la sobriété du jeune homme est encore surlignée par l’univers de son atelier montreusien: des couleurs vives, des illustrations extravagantes. À l’image des notes multicolores suspendues dans le hall de la Haute École de musique de Lausanne, des containers de chantier du parc lausannois de la Brouette ou encore du restaurant du Casino de Montreux durant la Fête des Vignerons.

«Lorsque l’on me dit qu’être artiste n’est pas un métier, alors que j’y mets tout mon cœur et toute mon énergie, c’est un peu frustrant. Mais j’en profite pour transformer cela en motivation»

Derrière ces œuvres imposantes se cache pourtant un artiste un brin timide, illuminé d’un regard plein de sincérité, qui pétille lorsqu’il parle de son travail. Nicolas Bamert a embrassé pleinement cette vie d’artiste il y a cinq ans, en même temps qu’il a créé L’Original, son alter ego, reflet de lui-même oscillant entre imaginaire et réalité. Au summum du rêve et de la féerie, cet éternel contemplateur plaque alors tout pour aller vivre à Berlin, son Doppelgänger dans ses bagages, dans une impatiente quête identitaire. Une bande dessinée autobiographiqui raconte ses péripéties à travers ce personnage.

Le trentenaire décrit cette étape de vie comme une renaissance. «Pendant sept ans, j’avais subi un rythme métro, boulot, dodo à Morges. J’étais ingénieur dans le bâtiment.» Il troque donc ce quotidien qui lui assure une sécurité financière contre une chambre berlinoise qui fera office d’atelier. «Je vivais au milieu de mes peintures. Je n’avais ni douche ni eau, mais qu’est-ce que j’étais heureux!» se rappelle-t-il en frétillant sur son fauteuil. Très vite, l’autodidacte accumule les projets les plus passionnés. Il investit des lieux abandonnés pour y réaliser des performances artistiques, comme coller 2000 journaux dans un entrepôt géant. Il met L’Original en scène dans ses installations éphémères, qu’il immortalise en autant de clichés. À travers ces projets, l’artiste et l’homme gagnent en assurance. Nicolas Bamert revient en Suisse en 2017, métamorphosé par cette «école de vie», dont la réalité financière devenait précaire.

Consulter les astres

Fidèle à lui-même et attaché à la revendication de son authenticité, il n’hésite pas à affirmer haut et fort sa patte artistique. Féru de spiritualité, il est allé jusqu’à consulter les astres pour confirmer ce qu’il appelle sa mission de vie. Elle est destinée à la création sans limite. Ses mentors? Jean Tinguely – découvert dans son musée de Bâle lorsqu’il avait 10 ans – et Niki de Saint Phalle, dont le jardin des Tarots est pour lui une épiphanie. «La positivité, les couleurs et l’amour sont des valeurs que je souhaite perpétuer.» Il décuple son sens de l’originalité dans des techniques artistiques illimitées, de l’utilisation de sprays à celle de milliers d’allumettes brûlées sur une toile en bois. Ses récentes installations monumentales ont permis au jeune artiste de se faire une réputation dans un milieu artistique très réduit en Suisse, à l’aide de son style entre art contemporain et urbain.

Celui qui partage désormais sa vie entre Lausanne et Montreux applique la même philosophie dans sa vie d’artiste que dans sa vie personnelle. Il admet d’ailleurs que la frontière entre les deux se fait de plus en plus fine. «Je vis mon métier d’artiste à 200%, même si je ne porte pas toujours des pantalons plein de peinture», rétorque-t-il malicieux. Très observateur, l’homme-artiste s’inspire de tout ce qui l’entoure pour assouvir son besoin de créer, nourri par ses voyages, qu’ils l’emmènent en Inde ou en France, ou encore par sa fascination pour le comportement humain.

Victoires de sportif

L’artiste a appris à se servir de sa productivité foisonnante pour multiplier les projets et rebondir en permanence, et ce même si ses idées ne voient pas toujours le jour. Cette compétitivité, il la tient de son passé de sportif. S’il n’a pas suivi les traces de son père, le footballeur professionnel Urs Bamert, Nicolas voit l’aboutissement de ses projets les plus fous comme des victoires au sens physique du terme. De fait, rien ne l’arrête dans ses performances. «C’est ma manière de soulever ma coupe, d’aller au bout d’un objectif qui me paraît totalement fou, et de le faire seul.»

Depuis cette année pourtant, Nicolas Bamert est accompagné de son amie et assistante artistique. Si le Vaudois peut désormais vivre exclusivement de son art, il ne cache pas que chaque mois est imprévisible, et que son mode de vie n’a rien de conventionnel. Il s’est habitué à ne plus trop prêter attention aux questions récurrentes sur son activité. «J’ai parfois l’impression d’être incompris par mon entourage», confie Nicolas. Dans l’atelier collectif de Montreux, il est toutefois soutenu. «C’est un artiste qui n’a pas de limite. Nous nous poussons tous les deux dans nos idées, malgré nos 30 ans d’écart!» explique Pascal Bettex, sculpteur cinétique.

Au moment d’évoquer l’avenir, Nicolas Bamert dit vivre au jour le jour sans trop se projeter. Il rêve pourtant de partager son art au-delà des frontières helvétiques, où il observe déjà que la reconnaissance est plus naturelle. Los Angeles, New York ou Londres, L’Original compte entreprendre des projets plus imposants dans des espaces toujours plus larges. «Dans dix ans, il faudra que ce soit dix fois plus grand, dix fois plus coloré.»

Créé: 17.10.2019, 09h16

Portes ouvertes de l’atelier
le 26 octobre, 13h-19h, ruelle de la Baye 7, Montreux.

www.originalartiste.com

Bio

1987 Naît le 9 octobre à Lausanne. Grandit à Morges. Il est le fils du footballeur professionnel Urs Bamert.

1997 Visite du Musée Tinguely, à Bâle.

2005 Premiers mandats artistiques.

2006 Visite du jardin des Tarots de Niki de Saint Phalle, en Toscane. Décide que c’est cela qu’il veut faire.

2011 Première exposition personnelle.

2012 Première exposition immersive avec plus de 12'000 Post-it.

2013 Diplôme à l’école d’ingénieur.

2014 Départ à Berlin, et réalisation de sa plus grosse installation avec plus de 2000 journaux sur 3000 m2.

2016 Retour en Suisse. Sortie de son premier calendrier annuel.

2017 Sortie de sa BD autobiographique.

2018 Intervention sur un avion abandonné à Malte. Performance au Musée de l’Élysée, à Lausanne.

2019 Installations au parc de la Brouette, au Conservatoire de Lausanne, au Flon et à la Fête des Vignerons.

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