Une passeuse de science invitée surprise dans l'arène politique

PortraitInconnue du public, la climatologue Verte Valentine Python se voit propulsée dans l'antichambre du Conseil national par les électeurs vaudois. Stupeur.

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Les élections réservent parfois d’énormes surprises. Voyez Valentine Python. Entrée discrètement en politique il y a douze mois – au Conseil communal de La Tour-de-Peilz –, la quadragénaire d’origine neuchâteloise était une parfaite inconnue avant le 20 octobre. Candidate lambda au Conseil national, 13e sur la liste des Verts, sans aucune prétention personnelle. Le coup classique: «On m’a demandé d’en être, j’ai accepté.» Et voilà que les électeurs la poussent vers un destin fulgurant qu’elle n’envisageait pas.

Car Valentine Python est climatologue et en 2019, cela compte sur un bulletin de vote. Arrivée cinquième, devant des figures du parti, elle siégera à Berne si sa colistière Adèle Thorens est élue aux États, dans quinze jours. Au pire la scientifique fera son entrée quand Daniel Brélaz s’en ira: il a promis de laisser sa place à mi-législature.

«Coup de massue»

Cinq jours après ce «coup de massue», comme elle dit, Valentine Python atterrit doucement. Le calme de sa maison toute verticale, bâtie sur le flanc d’un coteau résidentiel, l’aide peut-être à faire «retomber le stress». «J’ai mal dormi les trois nuits suivantes», admet-elle en buvant un thé. Son mari Pascal, agronome chez Agridea, a aussi eu du mal à trouver le sommeil. Roupillant sur un coussin, la petite chatte Pomponnette n’en a cure. La réalité a vite pris le dessus chez les Python: «J’ai déjà planifié des cours intensifs d’allemand. Il me manque un peu de pratique», annonce Valentine.

Une légitime appréhension est perceptible, mais, derrière, pointe de la détermination. Pas le genre à se défiler. «J’ai le sens des responsabilités. Ce sont mes compétences professionnelles qui ont été plébiscitées. J’ai dû avoir le soutien des jeunes qui, dans le sillage de Greta Thunberg, disent aux politiciens: «Écoutez les scientifiques!» Ma cinquième place est un concours de circonstances. J’étais la bonne personne, au bon endroit, au bon moment.» Ce sera le grand saut dans l’inconnu, les rouages de la Berne politique. «Mais l’apprentissage ne m’a jamais fait peur. Sinon, je ne serais pas ce que je suis.»

Justement, qui est Valentine Python? Une femme dynamique qui roule à vélo (électrique), fait de la natation, de la randonnée et cultive son potager. Une tête bien faite, qui avale les rapports du GIEC avec le même appétit que les romans historiques – ceux d’Amitav Ghosh, récemment. On découvre surtout une vraie passeuse de science, peu habituée à parler d’elle-même – ­surtout à un journaliste –, mais qui se révèle intarissable sur sa vocation. Licenciée en histoire et géographie à l’Université de Neuchâtel, elle se tourne vers la climatologie pour son doctorat, poussée par sa prof Martine Rebetez, célèbre spécialiste du domaine. «Elle a vraiment été mon mentor.»

«Ma cinquième place est un concours de circonstances. J’étais la bonne personne, au bon endroit, au bon moment.»

Tour à tour conférencière, collaboratrice scientifique, formatrice en éducation au développement durable, consultante mais surtout enseignante dans des gymnases, écoles privées ou professionnelles au gré de divers remplacements, Valentine Python a passé la dernière décennie à enchaîner des mandats avec pour fil conducteur la transmission du savoir. «C’est vraiment ça que j’adore: l’utilité finale de la science. Heureusement que d’autres aiment la recherche fondamentale car rester des heures derrière un tableau Excel, ce n’est pas mon truc», sourit-elle.

Si elle a approché les Verts l’an dernier, c’est justement pour mettre à disposition ses connaissances. «Je voulais intégrer leurs groupes de travail thématique», note celle qui n’avait aucune ambition électorale. Un travail de l’ombre, sérieux, qui l’a vu travailler sur des postulats et motions déposés ensuite par des députés.

Quels sont ses gestes pour la planète? «Flexitarienne», elle ne mange qu’une fois par semaine de la viande issue d’élevages bios et locaux. «Je ne pourrais pas être végane ou antispéciste pour des raisons scientifiques. Mais je respecte ceux qui le sont.» Modération aussi avec l’avion: elle s’autorise un vol long-courrier aller-retour tous les cinq ans. Pour sa maison, il manque une pompe à chaleur et sur le toit des panneaux solaires, regrette-t-elle: «Mais on pourra les installer avec ma rémunération de conseillère nationale!»

Chez les Verts, on loue son humilité, sa bienveillance. «On a vraiment fait connaissance avec Valentine pendant la campagne», relate Léonore Porchet, future conseillère nationale. «C’est une personne enthousiaste et très généreuse, qui a mis son esprit d’équipe au service d’une cause. Pas pour sa gloriole. Elle est fiable, ponctuelle, ne rate jamais un délai. Avec ses connaissances, elle sera la personne la plus qualifiée du Parlement pour parler du réchauffement climatique.»

Elle grimpait aux arbres

Ses convictions écologistes et sociales, Valentine Python les a depuis longtemps. Gamine, elle grimpait aux arbres dans la vallée de La Brévine, où ses parents louaient un spartiate logement dans une ferme pour les week-ends et les vacances. Une enfance heureuse, avec son frère aîné, en contact de la nature et des animaux. «Je voulais être agricultrice, puis vétérinaire bien sûr.» Le divorce de ses parents, quand elle a 11 ans, marque un tournant, explique-t-elle avec pudeur. «Ma mère a pris un petit appartement dans un bloc du quartier Denis-de-Rougemont. Durant la crise des années 90, j’ai assisté à la dégradation du tissu social avec ma sensibilité exacerbée d’adolescente. Autour de moi, je voyais des gens galérer, souffrir. J’ai orienté mes études de manière à comprendre les causes profondes de tout ça, l’impact des idéologies.»

L’ado «un peu rebelle», que décrit son amie d’enfance Natalia, a gardé un caractère «très passionné et convaincu. Au fond, son engagement en politique sonne comme une évidence: quand elle m’en a parlé, je me suis demandé pourquoi elle ne l’avait pas fait plus tôt. Elle est bonne oratrice, sincère et intègre. La crédibilité, elle l’a.» Et c’est maintenant que la notoriété va venir.

Créé: 28.10.2019, 08h56

Bio

1975
Naît Valentine Renaud le 18 juin, à Neuchâtel, où elle fera toutes ses classes, Université comprise. Sa mère, dessinatrice, est issue d’une famille ouvrière et son père, enseignant d’anglais, du milieu intellectuel.

1986
Ses parents divorcent. Déménage avec sa mère et son frère dans le quartier Denis-de-Rougemont.

1996
Bac, option langues modernes. Commence l’Université par un Erasmus à Pavie (I).

2006
Master ès sciences humaines (histoire et géographie).

2010
Doctorat à l’EPFL sur la climatologie.

2014
Diplôme HEP d’enseignement pour le secondaire II. Fait des remplacements dans les gymnases, en parallèle à des mandats de consultante.

2015
Rencontre Pascal Python, qu’elle épousera l’année suivante. Entre au comité du WWF Fribourg.

2018
Déménagement à La Tour-de-Peilz. Entre chez les Verts, au Conseil communal.

2019
Candidate au National. Arrive en cinquième place.

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