Le patron geek, dandy et écolo propulsé à Berne

PortraitGerhard Andrey L’atypique entrepreneur fribourgeois est le premier Vert de son canton à devenir conseiller national.

«J’ai un sac à dos rempli d’expériences diverses. C’est sûrement la source de mon succès. Je n’incarne pas une monoculture.»

«J’ai un sac à dos rempli d’expériences diverses. C’est sûrement la source de mon succès. Je n’incarne pas une monoculture.» Image: Jean-Paul Guinnard

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Hello, ça va? L’accueil est déstabilisant de décontraction. Silhouette élancée, cheveux peignés en arrière, élégante chemise noire, Gerhard Andrey a le sourire aussi charmeur que déterminé. Parfait bilingue, il est emblématique de cette jeune génération verte qui bouscule la politique fédérale; bref, il est branché. Le lieu qu’il a choisi lui ressemble: un atelier alternatif de jeunes musiciens, la Gustav Academy qu’il a cofondée dans un bâtiment confidentiel à deux pas de la Sarine, en basse ville de Fribourg. L’on aborde son parcours. Il a un doute sur ses années d’apprentissage. Il veut vérifier, regarde partout, tourne comme une hélice: «Ça, je déteste, quand je ne trouve plus mon natel!»

Et il rit fort. «Je l’avoue, je suis un geek.» Un geek de 43 ans qui n’a pas suivi le mainstream. «Né dans un petit bled, j’étais forcé de trouver ma place. Je voulais aller toujours plus loin. J’ai un sac à dos rempli d’expériences diverses. C’est sûrement la source de mon succès. Je n’incarne pas une monoculture.»

Ce fils d’agriculteur singinois a en effet un parcours atypique. Menuisier devenu ingénieur du bois, ainsi qu’informaticien et désormais cofondateur d’une entreprise spécialiste d’internet présente dans tout le pays. La société emploie 180 personnes et fonctionne sans hiérarchie. Le pouvoir décisionnel est redistribué entre les employés. Il explique «leur modèle» de gouvernance: «Dans un modèle classique, soit vous avez un chef qui décide, soit vous cherchez le consensus. Avec notre système appelé «Holacracy», c’est entre deux. Tous les employés peuvent faire une proposition de changement de règle pour résoudre un problème sans avoir besoin de convaincre tout le monde. C’est aux autres de prouver que ce qui est proposé est dangereux. Nous cherchons des solutions qui ne créent pas de tort, sans rechercher un consensus pour autant.»

Grégory Grin dirige Fri Up, un organisme qui soutient la création d’entreprises à Fribourg. De sensibilité radicale, il est pourtant convaincu par l’action de l’élu: «Il a compris que la réussite d’une entreprise, c’est avant tout une aventure humaine. C’est un homme de conviction qui apporte sa vision à lui et sait vraiment tenir compte de celle de tous les autres. Je dirais qu’il est transpartisan.»

La planète, la famille, le vélo et les séries

Le premier conseiller national Vert fribourgeois déclare sa flamme à son «paradis», notre planète. «Elle est ma motivation profonde.» Il poursuit avec un pléonasme assumé. «Je suis convaincu par mes convictions, mon moteur.» Être propulsé sur la scène fédérale n’effraie pas le quadragénaire. Et n’allez pas le traiter de novice: «Comme vice-président des Verts suisses, je vois comment ça fonctionne. Je ne suis pas naïf. Et je sais gérer des situations complexes. C’est mon quotidien depuis 20 ans.» Ne doute-t-il jamais? «Bien sûr. Je me demande si je pourrai changer la politique, au moins un peu. J’aimerais une culture de la durabilité dans la politique. Je suis curieux de voir et j’ai des attentes. Quantité de promesses ont été faites par les autres partis durant la campagne.»

Qu’amènera-t-il à la politique suisse? «Quelque chose de rare: ma pratique de l’économie et une manière d’entreprendre avant-gardiste. Même si je ne partage pas souvent les mêmes opinions, je sens le respect des autres entrepreneurs.» Le sourire en coin, il admet volontiers que son réseau professionnel est plutôt bourgeois. Avant que la prochaine question ne fuse, il l’anticipe: «Je ne suis pas un Vert’libéral!» Et pourquoi? «Il faut construire sur les trois piliers de la durabilité: l’environnement, l’économie et le social. Et dans cet ordre-là. On ne peut pas se permettre de ne pas joindre les trois.

Son objectif à Berne: le marché financier

Voilà pourquoi j’ai rejoint les Verts. C’est le seul parti qui réfléchit comme ça.» Et concrètement, au Palais, on fait quoi? «Je chercherai le levier le plus important: le marché financier.» Pas très tendance… «Effectivement, mais son importance est capitale en termes d’empreinte écologique. Aujourd’hui, vous n’avez aucune idée de l’impact de votre 2e pilier. D’où la nécessité de la transparence. Je veux savoir ce que font nos banques et nos caisses de pension avec notre argent. Ce sera une priorité.» Entre autres combats, il cite la numérisation, la protection des données dans un monde «dominé par les géants de la technologie», et aussi un congé parental. À ce propos, son entreprise accorde combien de jours à ses jeunes papas? «Quatre semaines, depuis le début. Nous avons été précurseurs.»

Quand il ne travaille pas, Gerhard Andrey s’occupe de sa famille: «Je ne veux pas, au moment de mourir, me dire que j’ai trop bossé et que j’ai manqué des choses importantes. Je n’ai jamais travaillé à plus de 80%, aussi pour passer du temps avec mes enfants.»

Le conseiller national fait du vélo. Beaucoup. «Avec mon vélo de course, j’ai parcouru des milliers de kilomètres. J’ai fait presque tous les cols de Suisse. C’est une méditation active, ma tête s’aère et je reviens souvent avec de nouvelles idées.» Le nouvel élu est aussi accro à la musique alternative. Il se nourrit d’electro et de hip-hop, entre autres. «Je suis devenu un enfant du streaming. Comme je suis nul avec les instruments, j’écoute. Et notamment les jeunes talents.»

L’autre péché mignon de Gerhard Andrey, ce sont les séries TV «qui font tellement de bien le soir avant de s’endormir». Quels sont ses goûts? «Oh, soupire-t-il, il y en a tellement: «Breaking Bad», «House of Cards», «Borgen.» Des intrigues politiques, des enjeux de pouvoir, du suspense. Un joli condensé de ce qui l’attend à Berne, en vrai, dès le 2 décembre.

Créé: 13.11.2019, 16h09

Bio

1976 Naît le 21 janvier à Heitenried, en Singine.

1995 Obtient son CFC de menuisier: «J’ai toujours la clé de la menuiserie reprise par mon frère, mais je suis de moins en moins doué.»

2000 Devient ingénieur en bois à Bienne.

2001 Se spécialise en informatique.

2003 Création de la première entreprise en développement web.

2007 Fusion avec une start-up zurichoise: naissance de Liip et ouverture de succursales à Lausanne et à Saint-Gall.

2007 et 2010 Naissances de sa fille et de son fils.

2009 Rejoint les Verts fribourgeois.

2015 Première campagne «sérieuse» pour le Conseil national: «Je n’étais pas en tête de liste, mais j’ai fini premier sans vraiment faire campagne.»

2016 Accède à la vice-présidence des Verts suisses.

2017 Devient membre du conseil d’administration de la Banque Alternative Suisse.

2019 Est élu premier conseiller national Vert du canton de Fribourg.

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