Paysagiste de l’éphémère, il pense la ville en usager

PortraitLaurent Essig, le scénographe du Village du Monde du Paléo mêle l’utile à l’agréable dans ses installations urbaines et temporaires.

Laurent Essig a conçu le square Pertemps à Nyon en collaboration avec la Ville. Une enquête est menée pour savoir si les usagers en sont satisfaits.

Laurent Essig a conçu le square Pertemps à Nyon en collaboration avec la Ville. Une enquête est menée pour savoir si les usagers en sont satisfaits. Image: PATRICK MARTIN

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Laurent Essig cherche toujours le côté pratique qui mettra les gens à l’aise. Un rendez-vous avec un journaliste? «Allons au Café du Léman, au bord du lac à Nyon, propose-t-il au téléphone. On ira dans la salle à manger que le patron nous met gentiment à disposition, au calme, avec la vue sur les Alpes.» Pratique… et plaisant. Car à son sens, l’un ne va pas sans l’autre. Le soleil du matin qui se reflète sur les eaux compte tout autant que le parking à proximité, le confort des lieux, la qualité du café et le sourire de la serveuse, pour celui qui pense chaque année le Village du Monde du Paléo.

Le Café du Léman est un des lieux où le cofondateur de Belandscape rencontre ses associés. Basé à Bevaix (NE), le bureau d’architectes, urbanistes et paysagistes fondé en 2009 travaille dans toute la Suisse romande. Dans son concept, toujours ce souci de mêler l’utile à l’agréable: la démarche s’appuie sur la synthèse entre la pensée analytique et la pensée intuitive. Surtout, elle est centrée sur l’expérience de l’utilisateur. «On se demande d’abord pour qui on va aménager un espace, explique l’architecte-paysagiste. Réaliser des lieux magnifiques, c’est bien, mais il faut que les gens s’y plaisent. En priorité, on cherche à faire du bon café. Et si on arrive à le servir dans une belle cafetière, tant mieux. Mais ce qu’on ne veut surtout pas faire, c’est dessiner une belle cafetière et proposer du mauvais café.» Ce qui est visé, c’est l’équilibre entre la «valeur d’usage» et l’ambiance, l’atmosphère d’un lieu.

«On avait monté un sapin géant de 80 mètres avec des ballons gonflables dans la rade de Genève. Une monstre bise gélifiante l’a fait s’envoler dans le ciel…»

Cette approche pragmatique et créative, Laurent Essig l’a d’abord expérimentée au Festival Arbres et Lumières de Genève, qu’il a initié en 2001. L’idée: réinventer l’imagerie de Noël et de l’arbre de Noël en collaboration avec des artistes contemporains. «Mais, déjà à cette époque, je me suis dit que ce ne serait réussi que si le public pouvait en profiter.» Celui qui tâtonne alors dans l’architecture de l’éphémère découvre les aléas du plein air. «On avait monté un sapin géant de 80 mètres avec des ballons gonflables dans la rade de Genève. Une monstre bise gélifiante l’a fait s’envoler dans le ciel…»

Quand Daniel Rossellat fait appel à la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) pour élaborer des projets d’aménagements originaux sur le terrain du Paléo Festival, en 2005, Laurent Hessig vient d’être engagé comme professeur à l’Hepia (Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève). Autant dire que le boss du Paléo est tombé sur le bon numéro. «C’est un créatif qui a le sens pratique, remarque le syndic de Nyon. On s’est vite accordé sur le fait qu’il y avait une vraie magie dans l’architecture de l’éphémère et on a la même réflexion sur la force des symboles, sans être prisonniers des clichés.»

Tester avant la postérité

C’est ainsi qu’en plus des constructions insolites et spectaculaires labellisées HES-SO, Laurent Essig, avec Belandscape, obtient le mandat de créer la scénographie du Village du Monde au Paléo. De fil en aiguille, son bureau travaille avec la Ville de Nyon dans l’élaboration de plusieurs projets d’aménagement temporaire d’espaces publics, qui attendent d’être transformés depuis des années: le square Perdtemps, la grande jetée au bord du lac, la place de la Gare et la place du Château. «Ce sont des lieux pour lesquels on multiplie les études mais où rien ne se fait parce qu’on a peur de réaliser des aménagements importants et coûteux pour la postérité, analyse Laurent Essig. Nous proposons des installations temporaires, posées sur ce qui existe déjà, susceptibles d’être modifiées selon les avis des usagers qui les auront expérimentées. C’est une façon entièrement nouvelle de travailler.»

À l’actif de Belandscape, l’architecte peut aussi citer l’Esplanade, au CERN, les jardins en terrasse du CHUV ou le parc Roger Bonvin à Sion. Thierry Chanard, directeur associé du bureau GEA à Lausanne, ne tarit pas d’éloges à son égard: «On a fait de la recherche ensemble sur le développement de la mobilité innovante. Il a une grande créativité et se montre toujours positif. Je l’admire pour sa gentillesse, son humanité et son humour. Il est très drôle!» Ce trait de personnalité ne saute pas aux yeux. Du haut de son 1,91 m, un regard pénétrant derrière ses lunettes d’intello, il fait plutôt sérieux au premier abord. Puis il vous met en confiance. Un mot qu’il chérit par-dessus tout. «Je suis un brise-glace. J’ai toujours aimé faire rire.» Et de citer Gérard Jugnot: «L’humour, c’est comme les essuie-glaces, ça n’arrête pas la pluie, mais ça permet d’avancer.»

«Enfant des sapins», comme il aime à le dire, ce Jurassien – il a passé sa jeunesse entre La Chaux-de-Fonds et Saint-Imier – a très tôt «chopé» le virus du voyage. «J’écoutais AC/DC et Baden Powell. Je suis parti au Brésil apprendre la guitare après mes études.» La découverte des grands espaces le passionne au point d’ouvrir une agence de trekking à Lausanne, Magellan Découvertes, qui tiendra dix ans. «Dire que j’ai bu mon premier coca dans un bistrot à l’âge de 16 ans», se souvient-il en mesurant le chemin parcouru. Aujourd’hui père de famille, il jongle entre ses multiples activités grâce à une gestion très organisée de son temps. «J’essaie toujours de dégager du temps pour aller à la rencontre des gens. Je suis très sensible à la qualité des relations.» Alors, finalement, cérébral ou intuitif? «Plutôt un intuitif qui s’entoure de gens pragmatiques. En fait, je suis Cancer, un obnubilé de l’harmonie, et je veux que tout le monde soit heureux. Je suis un optimiste viscéral.» (24 heures)

Créé: 15.11.2017, 09h02

Bio

1963 Naissance le 9 juillet à La Chaux-de-Fonds.

1970 Première dent cassée en jouant au hockey dans la rue.

1980 Départ à Genève pour l’École d’horticulture de Lullier.

1987 Diplôme d’architecte paysagiste en poche, départ sac à dos à travers l’Amérique latine.

1990 Fondation d’une agence de trekking.

2001 Création du Festival Arbres et Lumières de Genève.

2005 Début des installations éphémères au Paléo avec les étudiants de la HES-SO.

2009 Fondation de Belandscape avec deux associés. Scénographie du Village du Monde (Inde).

2011 Première installation temporaire en milieu urbain sur l’Esplanade, au CERN.

2015 Aménagement des jardins en terrasse du CHUV.

2017 Basé sur l’expérience de l’utilisateur, aménagement d’un jardin ludique à Nyon.

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