La pole dance a représenté sa thérapie personnelle

Gaëlle Gander Le futur médecin évolue à haut niveau autour de la barre pour se fabriquer son propre équilibre mental.

Image: Philippe Maeder

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La tête et les jambes… C’est peu dire que l’énergique Gaëlle Gander a les deux et beaucoup de cœur en plus pour les relier. La longiligne et athlétique Vaudoise de 28 ans excelle en pole dance, une discipline reconnue comme sport à l’échelle internationale depuis octobre dernier. Et, dans quatre mois, à l’issue de longues études pourtant réputées pour ne pas laisser de place à grand-chose d’autre, la Lausannoise deviendra officiellement médecin. Ces deux facettes, en apparence contradictoires mais en réalité très complémentaires, étonnent souvent ceux qui la croisent.

«Le mouvement, c’est la vie. Bouger m’apaise. En un sens, la pole dance a constitué une thérapie!» résume la rayonnante jeune femme attablée au bar du fitness Acropole de Payerne. Gaëlle Gander a découvert cette discipline par hasard au début de son cursus en médecine. La barre harponne immédiatement cette sportive jusque-là touche-à-tout et pour qui «tout ce qui est mouvement est bon à prendre». Elle y aiguise sa sensualité et son corps se gaine rapidement au point de pouvoir réaliser l’exigeante figure du drapeau (ndlr: consistant à se tenir à l’horizontale sur la barre par la seule force de ses bras) au bout de quelques mois seulement.

«La pole m’a appris à me délier, à bouger, à me sentir bien dans mon corps et à gagner en confiance, résume la jeune femme qui parle vite et bien, souvent en bougeant gracieusement ses mains et en souriant. J’y découvrais par l’expérience des choses apprises en cours d’anatomie. Et puis, entrevoir l’étendue des facultés du corps humain m’émerveillait tout en me faisant réaliser à quel point nous le sous-exploitons souvent.» L’hyperactive Vaudoise, dont l’emploi du temps est tellement millimétré qu’y loger notre entretien a été un brin compliqué, s’amuse aujourd’hui d’avoir été une enfant si calme que sa mère s’en inquiétait. À l’école, elle était bonne partout… sauf en sport. «Je n’avais aucune coordination et j’étais la dernière à être choisie au moment de constituer des équipes. Du coup, la pole a en un sens constitué aussi pour moi une petite revanche.» Danser autour d’une barre est devenu une échappatoire indispensable au stress des études. Elle en a d’ailleurs installé une dans son salon. «Sans elle, jamais je ne serais allée au bout de mon cursus.» La sportive se décrit comme perfectionniste et très exigeante avec elle-même.

Place au «pole sport»

«Pas compétitrice dans l’âme et détestant se comparer aux autres», elle se lance pourtant avec succès dans les concours, davantage pour s’astreindre à un entraînement régulier qu’autre chose. Avec le recul, le «pole sport», comme est désormais appelée la pole dance, ne semble qu’être le prétexte que Gaëlle Gander s’est choisi pour parfaire un apprentissage allant bien au-delà de cette simple discipline. En s’y engageant à 100%, comme elle semble le faire dans chaque aspect de sa vie, la Vaudoise se trouve alignée avec elle-même, et une «énergie» surprenante semble alors se débloquer pour mettre sur sa route les circonstances qui la font grandir. Parmi elles, il y eut notamment une rencontre providentielle avec la préparatrice physique Magda Scharl qui l’encouragea à enseigner.

En 2015, malgré le scepticisme ambiant, Gaëlle Gander a ainsi mis sur pied à l’Université de Lausanne des cours de pole désormais très prisés. Et, une fois par semaine, elle assure un cours de mise en condition physique devant pas moins de 200 participants! «Pour cela, je me suis formée notamment comme personal trainer, car au départ je ne me sentais pas légitime dans ce rôle.»

«Gaëlle possède une incroyable capacité à tout gérer de front, reprend, admiratif, Thomas, son compagnon, qui préside la toute jeune Fédération suisse de pole sport. Il y a quelques années seulement, elle était plus effacée et malléable. Dés­ormais, il se dégage d’elle quelque chose de l’ordre de la force et de la sécurité.» Et l’intéressée de préciser: «Avant, je m’oubliais. Quand je disais oui aux autres, je me disais non. Aujourd’hui, j’ai appris à me choisir en priorité pour ensuite mieux donner. Je vis pleinement et je crois que la petite fille que j’étais me sentirait comme plus aboutie. J’ai véritablement lâché prise. J’accepte quand rien ne se passe car je fais désormais confiance à la vie pour me guider, même si cela ne m’empêche pas de foncer lorsque je sens que c’est le moment pour le faire…»

Un couple à la recherche du vrai

Le couple que forment Gaëlle et Thomas a joué un rôle central dans cette éclosion. Les deux futurs médecins ont en effet fait un choix exigeant. «On veut être vrais et on recherche ce vrai le plus possible. Thomas est hors norme. Il m’épaule beaucoup. On philosophe souvent. Ensemble, on tente de se débarrasser de nos croyances limitantes.» Résultat: rares sont les frustrations intériorisées à venir ternir leur belle complicité. Les deux amoureux vivent au maximum «dans l’ici et maintenant et l’instinct, à l’écoute de soi plutôt qu’esclave de l’extérieur.» La nature où Gaëlle Gander aime à se ressourcer les y aide.

En 2017 pourtant, un «gros coup de blues» a tenu la Vaudoise loin des compétitions, et surtout de sa profonde joie de vivre. «Un nuage semblait perpétuellement planer au-dessus de moi. Ma vie me pesait et l’impression d’y étouffer s’était imposée peu à peu. J’ai finalement découvert par hasard que tout cela venait en très grande partie de ma pilule contraceptive. Quand j’ai arrêté de la prendre, tout est redevenu lumineux.» Et l’athlète, dont la parole très libre surprend et séduit, de conclure: «À l’époque, de l’extérieur, certains proches pensaient que j’étais mal car j’en faisais trop. Mais la réalité est que l’activité physique et la pole en particulier étaient, avec Thomas, ce qui me faisait le plus de bien, même dans ces circonstances…» (24 heures)

Créé: 07.01.2018, 19h51

Bio

1989 Naît le 15 juillet à Lausanne de parents enseignants.
2009 Rencontre son compagnon Thomas, lui aussi futur médecin.
2010 Découvre la pole dance, via un cours où l’avait invitée une amie qui ne s’y est finalement jamais rendue.
2014 Rencontre Magda Scharl, qui fut préparatrice physique du célèbre patineur Stéphane Lambiel, et la met sur les rails de l’enseignement.
2016 Devient championne de Suisse de pole dance en double avec Manon Kohler.
2017 Gros coup de blues que le mouvement l’aide à gérer.
2018 Obtiendra son brevet fédéral de médecine. Visera le titre national avec sa partenaire Diane Fankhauser à Dorigny lors des championnats de Suisse, les 19 et 20 mai prochain.

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