Le policier combat la peur avec l’esprit du judoka

Sami HafsiL’enfant d’Yverdon a succédé au médiatique Olivier Guéniat à la tête de la police judiciaire de Neuchâtel.

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Gardez bien en tête le visage de Sami Hafsi. Sa carrure de sportif, son sourire sérieux et son charisme naturel au service d’un discours sans langue de bois devraient rapidement lui ouvrir les portes des médias de Suisse romande. Histoire de poursuivre dans les pas de son prédécesseur, le très médiatique Olivier Guéniat. L’enfant d’Yverdon-les-Bains vient de reprendre la tête de la police judiciaire neuchâteloise. «Je suis ouvert aux médias. La presse doit être un partenaire pour la police qui se doit d’être transparente si elle ne veut pas susciter un sentiment de peur au sein de la population.»

Mais avant de s’exposer, Sami Hafsi veut prendre ses marques dans ses fonctions. À 36 ans, il a gravi les échelons à vitesse grand V dans la hiérarchie de la police neuchâteloise. En une année, il a été nommé chef de la police scientifique avant d’être catapulté quelques mois plus tard à la tête de la judiciaire. «Je ne suis pas ambitieux, mais je suis de nature dynamique, avoue-t-il sans gêne. Les enchaînements ont été tels que je me retrouve aujourd’hui à ce poste que je ne visais pas.» Touché par le décès de son prédécesseur duquel il était proche, Sami Hafsi ne sent pas une pression particulière à succéder à une telle personnalité. «Il a ouvert tous les possibles», lui rend-il hommage.

Directeur de l’École des sciences criminelles de l’Université de Lausanne, Olivier Ribaux n’est pas étonné de voir aujourd’hui son ancien élève à la tête de la police judiciaire neuchâteloise. «Il m’avait impressionné quand il avait présenté sa thèse de doctorat. Il l’avait terminée en cours d’emploi. Ce qui est assez exceptionnel et dénote une grande capacité de travail. Je ne suis donc pas inquiet pour lui dans ses nouvelles fonctions.»

En quête de rationalité grâce aux outils scientifiques, le policier place tout de même l’homme au centre de ses réflexions. «Il possède une personnalité très à l’écoute», précise encore Olivier Ribaux. Dans les couloirs du quartier général de la police neuchâteloise, Sami Hafsi a un mot pour tous les collaborateurs qu’il croise. Il s’excuse plusieurs fois alors qu’il se fait immortaliser par notre photographe devant les bureaux des enquêteurs. «J’aime l’esprit d’équipe qui règne ici. Ce corps est suffisamment grand pour avoir une activité judiciaire intéressante et assez petite pour que les relations humaines soient privilégiées.»

L’esprit d’équipe est une valeur cardinale chez Sami Hafsi. Une valeur qu’il a développée sur les tatamis de l’École Dégallier, à Yverdon-les-Bains, avec qui il a bataillé en Ligue nationale A jusqu’à être vice-champion suisse de judo. «Dans l’âme, je ne suis pas un compétiteur. Ce que j’aime dans le judo, c’est l’aspect collectif du sport. Je ne me battais pas pour moi, mais pour mes coéquipiers.» Il n’empêche, en individuel, il a gagné le titre de champion du monde police-pompier en 2005 au Québec.

Il reconnaît aujourd’hui les bienfaits du judo. Si bien qu’il a prévu de récupérer de vieux tapis pour installer un petit dojo dans le sous-sol de sa maison de Pomy, sur les hauts d’Yverdon. S’il a arrêté de pratiquer, il espère inculquer à son tour les valeurs de ce sport à ses deux garçons de 2 et 4 ans. Un acte important dans l’esprit de Sami Hafsi pour qui la transmission est une priorité, avec ses enfants comme dans sa vie professionnelle. «Je n’aime pas imposer mes opinions. Je préfère montrer une direction à suivre. Je suis dans ce sens plus un leader qu’un manager.»

Sur les traces du grand-père

Le trentenaire a de la douceur dans son discours qu’il sert dans un flot lent et assuré. On perçoit en lui le scientifique de nature analytique, mais aussi l’homme chaleureux et ouvert, proche de ses racines nord-africaines. «Je suis fier d’où je viens. J’ai appris en Tunisie, pays de mon père, la tolérance et la sensibilité pour ce qui est différent. Cette origine a pu être une petite embûche dans ma vie, mais ce qui est trop facile n’est pas bon.» Sa famille en Tunisie a également compté dans une petite mesure dans son choix de carrière. Son grand-père était policier. «En entrant à l’université, j’aimais beaucoup la physique, la chimie et les maths. Mais je ne voulais pas m’enfermer dans les sciences dures. Et la seule filière qui me permettait d’en faire tout en élargissant mon horizon était les sciences criminelles.»

Sami Hafsi vient de s’installer dans son nouveau bureau sur les hauts de Neuchâtel. Mais à la vitesse à laquelle il saute de promotion en promotion, on l’imagine facilement prendre encore du galon. On se trompe. «Je me vois bien au même poste dans dix ans. La tâche est variée et j’apprécie d’avoir cette hauteur qui m’offre une vision globale de la criminalité dans le canton.»

Si son objectif professionnel est grand, le policier sait qu’il n’est pas une fin en soi. Le décès d’Olivier Guéniat le lui a rappelé. «J’exerce un métier de passion dans lequel la barrière entre la vie professionnelle et la vie privée est poreuse. C’est un risque. Pour l’éviter, je crois en la théorie des piliers. Il faut les multiplier pour assurer la stabilité. Comme en judo, si on est sur une jambe, on a toutes les chances de tomber. C’est la même chose dans la vie. Il faut maintenir solides les piliers que sont la vie professionnelle, la famille, le sport et les activités sociales.»

Et pour décompresser, Sami Hafsi pourra toujours s’occuper de son jardin et regarder les fleurs pousser. Une source de tranquillité pour le jeune père de famille qui se met avec plaisir aux fourneaux pour retrouver les saveurs de son enfance en s’inspirant des recettes de sa mère. (24 heures)

Créé: 18.12.2017, 09h33

Bio

1981 Naît le 1er avril.
1985 Débute le judo à Yverdon-les-Bains.
2003 Licence en sciences forensiques, inspecteur scientifique à la police neuchâteloise et assistant doctorant à l’Université de Lausanne.
2005 1re place aux Jeux mondiaux de judo des policiers et pompiers à Québec.
2011 Thèse de doctorat dans le domaine de l’accidentologie.
2012 Nommé adjoint au chef du Service de police scientifique neuchâtelois.
2013 Se marie. Le couple a aujourd’hui deux jeunes garçons.
2014 Certificat d’études avancées (CAS) en pilotage d’équipes.
2015 Chargé de cours à l’Institut de lutte contre la criminalité économique (Haute École de gestion Arc).
2015-2017 Observateur aux audits des services de police scientifique de Suisse romande et du Tessin.
2017 Nommé chef du Service de police scientifique, puis chef de la police judiciaire à Neuchâtel.

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