La présidente s'est construite toute seule

PortraitAnne-Laure Couchepin Vouilloz, fille de l'ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin, vient d'être élue à la tête de l'Exécutif de Martigny.

Image: CHANTAL DERVEY

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Jeudi, jour de marché à Martigny. Anne-Laure Couchepin Vouilloz se fait aborder tous les deux mètres par des passants qui tiennent à la féliciter en personne. La jeune femme, fraîchement élue à la présidence de la ville, échange quelques mots avec chacun. Elle dit merci, s’enquiert de la famille, puis reprend son chemin avec le sourire. Pendant la campagne, le Parti libéral-radical local a tenu un stand sur ce marché automnal pendant dix semaines de suite. Sa candidate n’a manqué aucun de ces rendez-vous: «J’ai eu beaucoup de plaisir à enchaîner les rencontres, sans filet, avec la population.»

La Valaisanne a plus de mal à comprendre l’intérêt des médias nationaux pour son ascension politique. Porter un nom qui a pesé dans l’histoire locale et nationale ne justifie pas un tel ramdam médiatique, à ses yeux. «Je n’ai pas d’éléments clés à vous donner», s’excuse-t-elle encore lorsque nous nous installons dans un bistrot de la place Centrale. Mais elle se prêtera de bonne grâce à l’exercice, la mine détendue malgré les mois «intenses et épuisants» qu’elle vient de vivre.

Comme annoncé au téléphone, les questions en lien avec son célèbre père seront vite expédiées. D’ailleurs, elle n’est pas étonnée que l’ancien conseiller fédéral, sollicité pour livrer ses impressions sur sa fille, ait poliment refusé. Chez les Couchepin, on ne mélange guère vie privée et vie publique. Et Anne-Laure revendique le fait de s’être affirmée hors du champ d’influence de Pascal. Alors non, elle n’a pas eu de mentor. Juste une enfance heureuse au coude du Rhône, entourée de ses proches et de ses amis. Parlait-on de politique à la table familiale? «Pas au sens du jeu des partis, mais de la vie en société. J’aime l’idée qu’elle est organisée par les individus, et que chacun peut y jouer un rôle de moteur.»

«Je ne pensais pas que le fait d’être une femme serait un critère si déterminant»

Fascinée par le monde médical, elle sera d’abord physiothérapeute. Avant de bifurquer vers le droit, «parce que ce sont les lois qui mettent un cadre à notre société». Déjà mariée, elle fait ses études à Lausanne, puis décroche son brevet d’avocate à Martigny. «Comme dans mon premier métier, je pouvais être en contact direct avec les gens.» L’engagement politique devient alors une évidence. Anne-Laure Couchepin Vouilloz n’a pas encore 32 ans, en 2009, quand elle accède à l’Exécutif de sa ville natale. Comme son avocat de père quarante ans plus tôt.

L’accent qui pointe dans sa voix claire est une preuve de plus d’un attachement viscéral à la cité d’Octodure. «Elle a juste la taille qui me convient (ndlr: 18 300 habitants). Il y a tout ce qu’il faut en matière de culture ou de loisirs pour les enfants. C’est un cadre de vie fantastique! Et puis, j’aime l’esprit d’ouverture qui souffle ici. Cette manière d’aborder les problèmes sans le réflexe du repli ou de la crainte.»

Dans ce bastion du PLR, la responsable des écoles et de la petite enfance a eu cette année la lourde tâche de résister aux démocrates-chrétiens, qui briguaient pour la première fois la présidence. Un défi relevé avec brio dans les urnes. Cette maman à la silhouette élancée devient au passage la première femme à la tête d’une ville du Valais romand. Une fierté personnelle? «Si mon élection peut contribuer à normaliser ce point, j’en serai ravie. Je ne pensais pas que ce serait un critère si déterminant. On n’irait jamais demander à un homme comment il pense concilier sa charge politique avec sa vie de famille ou son travail!»

Marc-Henri Favre, le président sortant, ne tarit pas d’éloges à l’égard de celle qui lui succédera le 1er janvier à l’Hôtel de Ville. «C’est une collègue très agréable, à l’écoute, qui a pris beaucoup d’assurance au fil des ans, relève-t-il. Elle comprend rapidement les dossiers et ses compétences juridiques nous ont été précieuses.»

Mais pas question pour la Valaisanne de rêver à un destin cantonal, voire national. Sa priorité, c’est Martigny. La croissance démographique de la commune implique des efforts en termes de cohésion sociale, d’intégration des nouveaux arrivants, mais aussi de création d’emplois. Tels étaient ses thèmes de campagne, et elle compte s’y tenir. «En travail­lant dans la continuité.»

Cette présidence représente, en théorie, un taux d’occupation de 60%. Mais l’élue sait fort bien qu’il s’agit en fait «d’un plein-temps flexible». Elle a donc résilié tous ses autres mandats. Côté jardin, elle compte reprendre le yoga. Mais surtout passer du temps avec son mari, lui aussi avocat, et leurs quatre enfants. Trottinette le dimanche, camping durant les vacances… L’idéal pour s’aérer l’esprit. Tout comme son livre de chevet ces jours-ci: un récit de la baroudeuse Sarah Marquis. Anne-Laure Couchepin Vouilloz est parée pour l’aventure. (24 heures)

Créé: 23.11.2016, 09h34

Carte d'identité

Née le 10 mai 1977 à Martigny.

Cinq dates importantes

2006 Naissance d’Héloïse.

2011 Naissance d’Alexis.

2012 Naissance de Justine.

2014 Naissance de Tanguy. Très attachée à l’équilibre familial, elle relève que son mari, avocat indépendant, «s’implique beaucoup dans l’organisation».

2016 Le 13 novembre, elle est élue à la présidence de l’Exécutif de Martigny, où elle siège depuis huit ans. Son père occupa le même poste de 1984 à 1998, avant d’être élu au Conseil fédéral.

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