De princesse Barbie à reine du zéro déchet

PortraitComment Béa Johnson, Française qui vit en Californie, est devenue une militante anti-gaspi et auteure à succès.

Livre, séminaires et conférences, depuis 2013, la lutte contre le gaspillage est devenu son métier.

Livre, séminaires et conférences, depuis 2013, la lutte contre le gaspillage est devenu son métier.

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Difficile d’imaginer qu’il y a dix ans, Béa Johnson ressemblait à s’y méprendre à une poupée Barbie blond platine, aux ongles savamment manucurés, se tartinant de crèmes onéreuses et ne boudant pas une petite injection de Botox de temps à autre. Aujourd’hui, la Franco-Américaine ne se maquille pratiquement pas. A peine un peu de khôl sur les yeux et de la poudre de cacao pour l’effet bonne mine, et la voilà prête à dégoupiller son fameux bocal contenant très exactement 183 grammes de détritus, soit le poids total des déchets jetés à la poubelle par la famille Johnson en 2014!

Ce bocal, la quadragénaire l’amène à toutes ses conférences «car cet objet parle de lui-même», dit-elle avec son joli accent de Provence. De par sa taille congrue, il symbolise la réussite des cinq règles que cette maman de deux garçons s’attelle à faire connaître dans le monde entier. A savoir refuser, réduire, réutiliser, recycler et composter, un mantra qu’elle explique en détail dans son livre Zéro déchet, publié en 2013, et qui fait depuis un carton. Très médiatisée, cette ancienne artiste peintre et étudiante à la London College of Fashion a déjà reçu plus d’une quarantaine de chaînes télévisées dans son cottage minimaliste de Mill Valley, dans la banlieue cossue de San Francisco.

Best-seller

Un best-seller issu de son blog (zerowastehome.com), des séminaires pour des multinationales comme Google et Ikea, des conférences publiques – dont une à Pully le 3 décembre (voir ci-contre) –, Béa Johnson a fait de la philosophie «zéro déchet» une véritable profession (de foi). Et ses conseils en dépouillement s’appliquent à tous les domaines de la vie quotidienne: alimentation, produits de toilette, garde-robe, ménage, bureau et sorties. Grande prêtresse des magasins en vrac, elle fait ses courses munie de taies d’oreiller transformées en sacs à pain et de bocaux en verre pour éviter tout emballage, suscitant l’ébahissement du boucher du supermarché.

A l’écouter, on oscille entre l’admiration et le découragement. Car arriver à un tel niveau d’ascétisme n’est-il pas mission impossible pour le commun des consommateurs? «Les mots «zéro déchet» peuvent faire peur, mais il n’y a pas de meilleure expression pour décrire cet objectif. Du reste, chez nous, tout s’est fait d’une manière graduelle, sur plusieurs années.»

La crise et un déménagement: le déclic

Au départ donc, Béa Johnson vivait à fond son rêve américain. Une maison de 280 m2, deux voitures, deux réfrigérateurs, un lave-linge et un séchoir de taille industrielle remplis plusieurs fois par semaine. Sans oublier 240 litres de poubelles hebdomadaires.

En 2008, période de crise économique, Béa et son mari, Scott, traversent des difficultés financières. Leur déménagement provoquera le déclic. Avant de trouver leur nouvelle maison (deux fois plus petite), la famille s’installe dans un appartement, gardant l’essentiel et mettant le reste au garde-meuble.

La Californienne d’adoption, dont le père aux racines paysannes bricolait et réparait beaucoup d’objets, dont la mère était «une femme d’intérieur accomplie avec un budget serré», réalise que faire le vide n’est pas si ardu. «C’est comme ça que, en deux ans environ, nous nous sommes séparés de 80% de nos affaires.»

40% d'économies

Béa Johnson admet avoir été trop zélée, à ses débuts – comme remplacer le papier toilette par de la mousse ramassée en forêt… Cette fan de la série télévisée américaine La petite maison dans la prairie a, depuis, laissé tomber les extrêmes qui «isolaient socialement ou prenaient trop de temps». Quant à son mari, il n’a pas toujours été enthousiaste à tous ses élans antipoubelle. Jusqu’en 2010, moment où il réalise qu’avec ce mode de vie, les économies annuelles de la famille s’élevaient à près de 40%.

«J’adore cette simplicité volontaire et cette vie que nous avons basée non plus sur le verbe avoir mais être»

Et les garçons, comment vivent-ils leur adolescence «zéro déchet» dans le pays de l’hyperconsommation? «Très bien. A nouveau, comme les choses se sont faites progressivement, ils ne l’ont pas perçu comme un manque. Petits, ils n’ont même rien remarqué.» Et la gourou du «zéro déchet», qui ne se définit pas comme une écolo – elle prend l’avion et mange de la viande – de marteler que réduire les biens matériels à leur strict minimum n’est pas synonyme de privation. «Ce temps que nous passions à consommer, nous le consacrons désormais à la famille, aux amis et à vivre des expériences enrichissantes. J’adore cette simplicité volontaire et cette vie que nous avons basée non plus sur le verbe avoir mais être.»

Créé: 18.11.2015, 09h53

Conférence

Pully, Maison Pulliérane
Je 3 déc. (18h30). Entrée 15fr.
Inscription avant le 20 nov.
Rens.: 021 349 30 00

www.lematin.ch/bea

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