Le prof écolo pense le monde à travers les maths

PortraitMaurice Mischler, député et syndic d’Épalinges, file à vélo dans la boue et la forêt, et gravit les sommets de 4000 mètres.

«Quand j’étudiais les maths et que je faisais de la musique et du chant, mes grands-parents me disaient: ‘Mais quand vas-tu faire un vrai travail?’ Je n’étais pas l’idiot du village, mais un doux rêveur.»

«Quand j’étudiais les maths et que je faisais de la musique et du chant, mes grands-parents me disaient: ‘Mais quand vas-tu faire un vrai travail?’ Je n’étais pas l’idiot du village, mais un doux rêveur.» Image: Patrick Martin

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Les planètes suivent des trajectoires prévisibles. Et donc leurs mouvements semblent répondre à des équations mathématiques. Les maths servent donc à expliquer le monde et l’univers. C’est avec cet exemple que Maurice Mischler explique sa grande passion: les mathématiques. Une passion presque contemplative pour cet écolo, syndic d’Épalinges et député au Grand Conseil. Son dernier fait d’armes: que le parlement vaudois soutienne l’idée d’une taxe sur les billets d’avion. Il est aussi connu pour sa maîtrise des finances communales, lobbyiste très actif en faveur des communes dans le cadre de la réforme fiscale RIE III. Il fera partie des 19 candidats Verts au Conseil national.

Si la politique occupe une grande place dans sa vie (60% comme syndic et 20% comme député), les nombres remplissent quasi constamment l’esprit de ce docteur en maths. Ce prof au Gymnase de Beaulieu est de ceux qui réfléchissent des années à un théorème. «J’en ai trouvé deux ou trois, avec des amis, ce sont des moments merveilleux pour un mathématicien.» Toujours souriant sous sa barbe (son signe distinctif), ce passionné de musique a publié quelques théorèmes avec des amis dans des revues scientifiques. Le plus simple? Celui du roi qui invite des couples à sa table. Il demande à chaque convive à combien de places de son conjoint il veut s’asseoir. Pour que tout le monde obtienne la place qu’il veut, il «faut et suffit» que le nombre de participants soit un nombre premier (3, 5, 7, 11, 13, etc.).

Ça, c’est pour les maths amusantes. Sinon Maurice Mischler griffonne des calculs plus complexes. Chaque semaine, il retrouve son ancien directeur de thèse, Jacques Boéchat, professeur émérite à l’Université de Lausanne. Et ils discutent théorèmes pendant des heures. «Il est rare de voir les enseignants de mathématiques continuer à s’intéresser aux problèmes complexes, car ils se concentrent sur la matière qu’ils enseignent, explique Jacques Boéchat. Maurice n’est pas comme ça. Ce qui fait l’essence des maths, c’est de démontrer complètement les choses.»

Enfance à la ferme, avec les animaux

«Connaissez-vous un seul domaine de l’activité humaine qui ne relève pas des mathématiques? D’ailleurs notre discussion, en ce moment, repose-t-elle sur une équation? Peut-être bien», ajoute Maurice Mischler. Il perçoit les maths comme une façon de voir la vie, car les sciences l’ont convaincu que le monde n’est pas infini et qu’il faut en prendre soin.

Ce soin pour la nature l’a pris tout petit. Lui et son frère passaient les vacances dans les fermes de leurs grands-parents. Au programme: vivre au milieu des animaux et travailler aux champs. «C’était rude, mais j’adorais ça.» Le tout avec une cinquantaine de cousins germains, car sa grand-mère maternelle a eu neuf enfants et sa grand-mère paternelle en a eu seize. «Quand j’étudiais les maths et que je faisais de la musique et du chant, ils me disaient tous: «Mais quand vas-tu faire un vrai travail?» C’était toléré car, visiblement, je n’étais pas capable de faire autre chose. Je n’étais pas l’idiot du village, mais un doux rêveur. Aujourd’hui, je l’assume: je suis un intellectuel.»

Avec autant de cousins, Maurice Mischler a naturellement voulu s’entourer d’une famille soudée. D’ailleurs cet ancien de l’Ensemble Vocal de Lausanne compose chaque année une pièce de musique que lui, sa femme Monique et ses enfants Laure, Laetitia et Benjamin jouent à Noël. «En fait, nous avons eu quatre enfants. Delphine est née en 1996. Elle est décédée à trois semaines de vie, des suites d’une maladie cardiaque. Ça a été une véritable catastrophe, mais qui nous a liés fortement, au lieu de nous séparer.»

En forme au-dessus de 3000 mètres

Aurait-on donc affaire à un prof de salon, qui gribouille tranquillement des notes et des chiffres? La boue qui recouvre son vélo de cross avec lequel il se balade prouve le contraire. «Je traverse par la forêt, car c’est plus facile. Je garde toujours mon vélo, car je m’en suis déjà fait voler six depuis que je suis syndic.»

Il dit lui-même que son physique cache son autre passion: le sport, en particulier le ski de randonnée. «Il ne se sent bien qu’à partir de 3000 mètres», sourit Jacques Boéchat. «Et il a fait tous les 4000 mètres de Suisse», ajoute Laurent de Schoulepnikoff, prof de physique au Gymnase Auguste Piccard. Les deux amis se connaissent depuis leur adolescence, au Club alpin suisse, et chaussent souvent les skis ensemble. «Ses passions pour la musique, la montagne et les maths, Maurice les a gardées toute sa vie. C’est pareil pour l’écologie, il est constant. Il se battra jusqu’au bout face au réchauffement climatique qui lui fait très peur.»

Mais le ski est-il vraiment écolo? «Alors là, c’est une bonne question, répond Maurice Misch­ler. Je me la pose à chaque fois et ça me prend la tête. Il est vrai que nous prenons souvent la voiture à cause des horaires très matinaux et nous faisons du covoiturage. Mais nous essayons de faire des traversées, d’une vallée à l’autre, ce qui oblige à prendre les transports publics pour y aller. Je vais très haut, au-dessus de la limite où vivent les animaux. Et donc mon impact sur la nature est plus faible.» La dernière «course» en date, c’est la traversée depuis la Gemmi, au-dessus de Loèche (Valais), jusqu’à Lenk (Berne), par le Wildstrubel. «Cette perpétuelle réflexion sur mes trajets fait partie d’un tout: transport, énergie, habitat, biodiversité. Je ne dirais pas que ça me hante, mais ça me travaille toujours.»

Créé: 07.03.2019, 09h04

Bio

1966
Naît le 6 septembre à Genève.

1977
Sa famille arrive dans la région lausannoise, en suivant son père, douanier.

1989
Rencontre sa femme Monique.

1993
Naissance de Laure.

1996
Naissance de Delphine, qui décède des suites d’une maladie cardiaque après trois semaines de vie.

1998
Devient professeur de gymnase. Naissance de Laetitia.

2001
Naissance de Benjamin.

2002
Élu au Conseil communal d’Épalinges.

2009
Un ami et lui publient leur théorème mathématique du roi qui invite des couples à sa table, dans la revue «American Mathematical Monthly».

2011
Devient syndic.

2017
Élection au Grand Conseil.

2019
Obtient le soutien du parlement à une taxe sur les billets d’avion.

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