Prophète en son pays, parce qu’il le vaut bien

PortraitMarc-André Heller, directeur de L’Oréal Suisse.

Image: Christian Brun

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Utiliser le slogan de son entreprise pour présenter Marc-André Heller peut ressembler à de la facilité, mais la formule en dit beaucoup sur un homme qui a mis longtemps à avoir confiance en lui. Enfant de Blonay, le petit Marc-André grandit avec son frère, Patrick (aujourd’hui psychologue à Genève), dans l’ombre d’un père «un peu baron de Münchhausen». Un original qui a ramené de ses nombreux voyages l’idée de monter une chaîne d’hôtels comme il en existe aux Etats-Unis. Il en achète cinquante sur la Riviera et dans le Chablais avant de subitement faire banqueroute. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le patriarche se fait happer par une voiture. Depuis, il n’a plus jamais pu travailler.

«On a tout perdu! Le jour de mes 10 ans, on a dû quitter notre magnifique maison de Blonay, proche de celle qui appartenait à David Bowie, pour déménager à Vevey. Aujourd’hui, je me dis que c’est la faillite de notre père qui nous a construits, mon frère et moi.» Ainsi, l’adolescent peu doué pour les études – il leur préfère le basket, sa réelle passion, «mais je suis juste trop petit» – choisit malgré tout HEC à Lausanne. «Il me fallait une formation solide et, pour dire la vérité, je ne savais pas très bien quel chemin professionnel je voulais suivre. La seule chose dont j’étais certain, c’était que je n’aurais jamais ma propre boîte.» L’héritage de la mauvaise expérience paternelle. Complexé par des soucis de peau, maladivement timide, il ne garde pas un très bon souvenir de cette période, mis à part son année à Dublin avec le programme Erasmus.

Futé et instinctif, Marc-André Heller occupe ensuite un poste d’assistant. «En comptabilité, en plus! Ce qui montre que, pour arriver là où tu veux, les chemins ne sont pas toujours agréables.»

Fraîchement diplômé, il décroche le job de rêve: un stage à la SBS avec une année à Renens – «retenez bien le lieu, c’est assez marrant» –, une à New York et la dernière à Singapour avec un salaire mensuel de ministre pour le jeune homme qu’il était: 6700 francs. Il tient trois jours à faire des photocopies multicolores avant de donner sa démission, mais va jusqu’au bout de son temps d’essai. Il troque ce poste en or pour un job de vendeur chez H&M à Lausanne qui lui rapporte 3200 francs mensuels et les moqueries de ses potes. «J’avais envoyé mon dossier à toutes les marques que j’aimais et on m’a expliqué qu’en Suède, ils se fichent des diplômes, seule l’expérience compte. Ces longues journées au rayon lingerie, où je dois avoir cassé bien 250 petits cintres en plastique, ont toujours été une ligne payante dans mon CV.» Il participe à l’arrivée de H&M en France, est muté à Hambourg, puis démissionne. «C’était une période géniale. Je me sentais très à l’aise et appliquais des principes appris de mon père qui disait: «Avec tes employés, il faut être hypergentil, mais tes supérieurs, tu peux les bousculer!»

En 1999, il est engagé dans une autre entreprise branchée: Swatch. «L’open space était énorme, les collègues arrivaient en skateboard, c’était génial.» Avec Nicolas Hayek senior, il apprend à travailler sans compter ses heures, mais se rend également compte que le management avec un grand chef est dépassé. «Aujourd’hui, tout est basé sur la con­fiance et la collaboration.»

Retour ensuite à Renens, chez Iril, où il quitte le marketing pour le côté commercial en tant que responsable des ventes de bas et collants pour le Royaume-Uni. «Et c’est marrant, parce que c’est dans l’ancienne usine Iril que se trouve aujour­d’hui l’ECAL et que j’ai eu la chance de travailler auprès de Pierre Keller pendant six mois. J’ai beaucoup appris à ses côtés, notamment comment entretenir ses relations: pour Noël, il mettait un mot personnel à 5000 personnes dans ses cartes. Aujourd’hui, à chaque fois que je rencontre des gens avec lesquels je passe un bon moment, je leur envoie un petit mot avec un cadeau. C’est complètement has been, alors les gens n’en reviennent pas!»

Après un passage raté à la tête des montres Rotary, il apprend que L’Oréal cherche quelqu’un pour ses bureaux de… Renens! Engagé en 2004, il gravit régulièrement les échelons jusqu’au poste de Country Manager pour la Suisse, début 2016. Il instaure la journée hebdomadaire où l’on parle allemand dans les bureaux de Vernier, le home office dont profitent 45 collaborateurs et emploie des maquil­leuses malentendantes. «Ma femme m’aide beaucoup, au niveau de la logistique mais aussi pour comprendre les femmes, avec lesquelles j’occupe une position assez paternaliste au travail, ce qui évite les malentendus. Et je suis très fier d’elle, puisqu’elle vient de monter sa propre entreprise, ce que je n’ai jamais osé faire!» (24 heures)

Créé: 04.11.2016, 09h21

Carte d'identité

Né le 10 octobre 1972 à Vevey.

Cinq dates importantes


1982 Se découvre une passion pour le basket grâce au coach Patrice Paoletti.

1993 Ascension en LNB avec Blonay Basket (avec ses potes Greg, Quélé et Nanard).

2004 Trois mois de chômage avant de faire son entrée chez L’Oréal Luxe.

2007 Mariage avec Kristine et naissance de leur fils, Sasha.

2016 Devient Country Manager pour la Suisse chez L’Oréal. Un poste rarement occupé par un Helvète.

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