La psychologue se voit plus en colibri qu’en gourou

Rosette PolettiÀ 80 ans, la chroniqueuse du «Matin Dimanche» vit avec une famille tibétaine qui la calme après ses journées pleines d’émotions.

Rosette Poletti, proche aidante et chroniqueuse du «Matin dimanche», a fêté ses 80 ans.

Rosette Poletti, proche aidante et chroniqueuse du «Matin dimanche», a fêté ses 80 ans. Image: Florian Cella

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Elle a fêté ses 80 ans il y a quelques jours mais elle ne ralentit pas. «Je suis un tout petit peu plus sensible à la fatigue», avoue-t-elle de sa voix douce et posée. La veille, elle donnait une conférence à Neuchâtel après être rentrée de Nice où elle a participé à une table ronde sur le deuil. Surtout, elle continue à recevoir des dizaines de messages chaque semaine pour lui demander conseil, elle qui en distille sans arrêt dans «Le Matin Dimanche» depuis trente et un ans. «J’ouvre ma boîte mail chaque jour. À chaque histoire, à chaque demande, j’essaie de voir si je peux être utile ou si je peux diriger la personne vers quelqu’un qui pourra l’aider.»

L’infirmière multidiplômée, psychothérapeute et enseignante, avoue, surtout, une capacité d’écoute. «Vous savez, je n’ai aucune réponse, je ne suis pas un gourou. Par contre, je suis là pour les gens, pour qu’ils parlent, et c’est souvent en parlant qu’ils trouvent eux-mêmes la solution qu’ils ont en eux.» Elle ne profère aucune bonne parole sinon celle du laisser vivre. «Nous devons accepter la vie telle qu’elle est. Et agir seulement si cela change quelque chose.»

Une des lumières qui éclairent aujourd’hui son quotidien s’appelle Tenzin-Rosette et a 8 mois. Celle qui n’a jamais eu d’enfants à cause d’un problème médical, mais qui est très proche de ses neveux et nièces et de leurs enfants, a accueilli chez elle, dans sa petite maison d’Yverdon, Tenzin, une jeune Tibétaine, en 2012. «Je lui ai loué une chambre. Elle avait passé dix ans dans un monastère avant d’être persécutée par les Chinois.» Puis le mari de Tenzin a réussi à la rejoindre, ils ont appris le français, obtenu un permis, trouvé un travail, en habitant toujours avec Rosette. Et, quand leur petite fille est née, elle est aussi entrée dans la vie de celle qui l’adore manifestement. «Vous savez, c’est un bonheur de vivre avec eux. J’ai souvent habité avec d’autres personnes dans les différentes institutions où j’ai travaillé, mais jamais de manière aussi proche. Eux, je les vois vivre et leur pratique quotidienne me remplit de calme.»

«Rosette est magnifique, sourit Tenzin, elle est si positive, toujours humble, elle aide sans donner de leçons. Ma famille est restée au Tibet, elle remplace un peu ma mère.» La protestante élevée dans la Broye a gardé sa religion même si elle admire les bouddhistes du Toit du Monde ou si elle est passionnée par l’Inde. «J’étais partie comme infirmière missionnaire stagiaire en Algérie, mais je n’y ai fait que trois mois. Imaginez: allez dire aux gens «ma religion est meilleure que la vôtre…». Accompagner, pas diriger, là encore. Sa pratique religieuse à elle, «après soixante ans centrés sur la parole», la pousse vers plus d’intériorité et de silence. «Vous savez, au Tibet, à partir de 75 ans, les gens ne travaillent plus et passent beaucoup de temps à prier.»

Prête à partir

Une façon de se préparer à cette mort qu’a tant étudiée celle qui a collaboré avec Elisabeth Kübler-Ross pendant ses années américaines. Et qui a fait de l’accompagnement en fin de vie un de ses nombreux combats. Elle travaille avec un petit groupe pour réunir des doulas de fin de vie, ces gens qui ont connu le deuil et qui peuvent accompagner ceux qui vont le vivre. «Mais il faut qu’il y ait des personnes plus jeunes dans le projet pour le continuer quand je ne serai plus là.» Elle-même dit ne pas avoir peur de la fin, être prête, même si elle aimerait voir Tenzin-Rosette grandir maintenant, s’extasier devant ses premiers pas dans le salon commun. «C’est important, le lien social. C’est ce qui manque le plus aujourd’hui, parce que les familles sont explosées géographiquement. Je ne suis pas contre le progrès, je suis contre la déshumanisation. J’adore pouvoir envoyer un WhatsApp à mes amis en Israël ou en Amérique.»

Le deuil, elle l’a connu elle-même, au décès, en 2016, de Barbara Dobbs, son amie de cinquante ans rencontrée aux États-Unis et qui vivait dans l’appartement du dessous, son fidèle acolyte qui l’aidait par ses recherches. «C’est vrai que mon deuil n’était pas reconnu puisque nous n’avions aucun lien de sang et que les gens pensaient que je n’avais pas besoin de réconfort. Pourtant, c’est dans ces moments-là qu’on aimerait ne pas être seul. Quand je vois les cérémonies funèbres en Inde ou au Tibet, c’est juste magnifique, un vrai moment de séparation et d’espoir.»

Elle continue à apprendre, cette passionnée multidiplômée qui a tiré de ses parents ce besoin de s’impliquer dans la société. «Et j’aime ensuite transmettre ce que j’ai appris.» Après vingt-six livres publiés, elle songe à remettre en route celui qu’elle avait commencé autour des écrits d’Anthony de Mello, ce prêtre jésuite indien qu’elle admire. «Barbara avait déjà fait beaucoup de recherches pour moi sur le sujet. Quand elle savait sa fin proche, elle m’a fait promettre de finir le travail. J’ai eu besoin de temps avant de m’y remettre.»

La tactique du colibri

Elle soutient aussi un projet humanitaire en Inde, écrit des courriers avec l’ACAT, l’Action des chrétiens contre la torture. «Un jour, j’amenais mes lettres à la poste adressées à des chefs d’État. La postière m’a dit que j’avais de sacrées relations. Puis elle m’a demandé si cela avait un effet. Je n’en sais rien, mais je m’en voudrais de ne pas l’avoir fait. C’est un peu l’histoire du colibri qui arrose l’incendie de quelques gouttes d’eau et qui dit: «Au moins, j’aurais fait ma part.» Devinez: elle est aussi engagée pour soutenir le Tibet et tiendra demain un stand au marché d’Yverdon pour défendre la liberté de religion là-bas. L’accompagnatrice n’est pas près de s’arrêter.

(24 heures)

Créé: 09.11.2018, 10h44

Bio

1938 Naissance à Payerne, le 21 octobre, grandit à Vers-chez-Perrin, aînée de trois enfants.

1954 Rate l’oral de l’examen de l’École normale. Part en Angleterre apprendre la langue.

1961Obtient son diplôme d’infirmière à l’École du Bon Secours, à Genève. Elle reviendra y enseigner, et même la diriger.

1963 Part travailler à Marseille, puis en Algérie, comme infirmière missionnaire.

1965 Part travailler sept ans aux États-Unis, avec deux masters et un doctorat en soins infirmiers entre Detroit, San Francisco et New York.

1975 Dirige l’École du Bon Secours et enseigne à la Faculté des sciences de l’éducation, à Genève.

1984 Directrice de l’École supérieure d’enseignement infirmier de la Croix-Rouge, à Lausanne, avant de demander à devenir directrice adjointe en 1988.

1987 Première chronique dans «Le Matin Dimanche» le 31 mai.

2012 Accueille Tenzin dans son appartement.

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