Le réalisateur musicien va piano et projette d'aller lontano

PortraitA 22 ans, Vincent Bossel, le réalisateur de la minisérie RTS «Bip», se lance dans du plus long format. Joueur de poker, pianiste, il affiche une ambition assumée

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Vincent Bossel ne cille pas. Invité au jeu des questions, il répondra à tout, ses yeux joliment bridés – un héritage de feu son grand-père vietnamien – plantés dans les vôtres. À 22 ans, le réalisateur de la récente minisérie RTS «Bip», qui met en scène une caissière qui imagine la vie de ses clients à partir de leur liste de courses, est déconcertant de certitudes. «Je sais où j’en suis, ça me donne une confiance hallucinante», admet-il.

Dans son deux-pièces préverengeois, situé sous l’appartement parental, il nous reçoit en tenue décontractée. «C’est là que j’écris», dit-il en montrant son lit. Casanier, il n’a jamais quitté Préverenges. Dans deux semaines, il partira pourtant pour Zurich, où il a six mois pour développer une série longue (6 x 52’). «Une grande ville pour un long format», sourit-il. Il a déjà repéré un loueur de pianos à cinq minutes de son futur appartement. «Avec ce que je suis en train d’écrire, je ne peux pas m’en passer.» Le pitch: un chef d’orchestre parisien au cœur d’un scandale dans le milieu classique romand. Avec, en toile de fond, l’émancipation à travers la musique.

«J’étais très centré sur moi-même, je le reste, mais le cinéma est un art collectif, pour lequel il faut beaucoup d’intelligence humaine. Je la dois à ma chérie Salomé»

Ah la musique! Dans le petit salon de Vincent Bossel, elle est partout. Le Yamaha blanc d’abord, les piles de partitions de Brahms, Mozart et les autres. Même les affiches sur les murs: «Pulp Fiction» et «Django Unchained». «J’adore les bandes-sons de Tarantino, c’est le roi des ruptures», commente le réalisateur. Pour lui, «le cinéma, c’est de la musique à tous les niveaux. J’aime écrire des dialogues, travailler leur côté rythmique.» Celui qui a fait son gymnase dans une classe pour musiciens se charge aussi du montage, en artiste total. Control freak, le jeune homme? «Sans doute un peu, admet Patrick Suhner, producteur éditorial de l’unité fiction à la RTS. Mais je dirais plutôt méticuleux. Vincent a une maturité étonnante, d’autant plus pour un autodidacte.» Et toujours cette attitude qui fait que l’on croit en ses projets autant que lui.

Il puise cette sécurité dans son éducation. Son père Jean-Claude, artiste pluridisciplinaire (il peint et compose) et prof de maths au gymnase, était un «super interlocuteur». «Il a accompagné mes choix, mais les a toujours testés.» Avant le piano, il a touché à la batterie et au violon. Sa mère Fabienne, bibliothécaire puis éditrice des œuvres de son père, l’a suivi quand il s’est agi d’acheter du matériel vidéo plutôt que de s’inscrire dans une école de cinéma. Il aime aussi travailler avec sa sœur Camille, graphiste, de trois ans son aînée.

Cet environnement culturel et musical fort a façonné l’enfant de 8 ans que Claire Grin, sa professeur de piano, a rencontré. «C’était un petit garçon très vif, très curieux, mais pas du tout scolaire. C’était un rebelle. Il a toujours aimé l’improvisation, la liberté. C’est un peu contradictoire qu’il soit resté fidèle à la musique classique, à ses exigences.» Elle évoque sa découverte de YouTube: «Il allait écouter d’autres interprétations de la partition qu’on travaillait et en discutait avec moi. Je devais me justifier pour faire accepter mon point de vue!» Adolescent «insolent», voire «arrogant», Vincent Bossel remercie sa «chérie» Salomé, étudiante en sciences sociales, de lui avoir «appris l’empathie». «J’étais très centré sur moi-même, je le reste, mais le cinéma est un art collectif, pour lequel il faut beaucoup d’intelligence humaine. Je la lui dois.»

«La grande bellezza»

Solitaire, mais pas isolé, réfractaire au formatage d’une école comme au solfège, Vincent Bossel a appris le cinéma en suivant des master classes en ligne, en tournant des courts-métrages artisanaux et en dévorant des films. Très peu de Hitchcock ou de Chaplin, pas encore Fellini. «Mais on m’a dit que Sorrentino s’en inspirait largement. Il faut que je regarde.» Pour lui, «La grande bellezza» est un chef-d’œuvre absolu. «Peut-être mon film préféré. Ce cinéma d’excès, ces mises en scène de groupes…» Il citera aussi Almodóvar, «pour les couleurs»; le nouveau cinéma mexicain, avec en tête Iñárritu et son «Birdman» en (presque) plan-séquence; les «émotions brutes» de Xavier Dolan. Et sur la table du salon, le DVD de «Whiplash» rappelle son admiration pour Damien Chazelle. «Ce sont des donneurs d’envie.» Mais ce qui lui a mis le pied à l’étrier du cinéma, c’est «Le Seigneur des anneaux». «J’avais 12 ans. En regardant le making of, j’ai eu envie d’entrer dans l’écran, d’aller voir l’envers du décor.»

La bande-son signée Howard Shore a eu son importance. De quoi s’imaginer un temps compositeur. Mais il restera interprète. Et fidèle aux «vieux» classiques que sont les requiem et autres messes. «Je suis athée, mais s’il y a un truc que je veux bien laisser à la religion, c’est la musique.» Son petit job d’accompagnateur de chœurs a nourri son homme. Il dit ne pas être un flambeur «sauf pour les bons restos». Cuisinier amateur, il aimerait d’ailleurs, une fois, ouvrir un bon restaurant.

Il a aussi payé une partie de ses films grâce au poker, ce «deuxième monde» qu’il aime visiter un concerto dans les oreilles et qui lui sert de défouloir. Son meilleur ami Gabriel, qu’il a accompagné à Las Vegas cet été, en vit depuis plus d’un an. «J’ai toujours aimé jouer. Et ce jeu demande patience, discipline, maîtrise des émotions, comme au cinéma. Il apprend aussi la notion de variante: des fois ça marche pour toi, des fois pas.» En ce moment, la chance sourit à Vincent Bossel. Et si elle tourne? «Je n’abandonne jamais. Quand on me regarde de haut, ça me donne juste envie de dire: «Ah ouais? Vous allez voir!»

Créé: 10.12.2018, 09h48

Bio

1996 Naît le 22 juin à Morges. Grandit à Préverenges.

2004 Commence le piano, qu’il étudie durant dix ans.

2006 Voyage six semaines en famille au Vietnam.

2008 Premier coup de cœur cinéma avec «Le Seigneur des Anneaux».

2013 Autoproduit trois courts-métrages en deux ans.

2014 Obtient son bac dans une classe pour artistes et sportifs d’élite. Devient pianiste accompagnateur pour des chœurs.

2015 Découvre le poker au Casino de Montreux. Premier film «pro», «The Art of Chopin». «Je suis passé de deux potes à une équipe de trente personnes.»

2016 Travaille durant un an et demi chez CAB Productions. Son court ne trouve pas de financement.

2017 Écrit un long-métrage, le laisse de côté. Gagne l’appel d’offres de la RTS pour la minisérie «Bip», produite par Imajack.

2018 Réalise, monte et présente «Bip». Part vivre à Zurich pour écrire une série longue (6 x 52’) pour la RTS.

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