Regard affûté et stylo rieur, Mine Vander rayonne

PortraitYasmine Vanderauwera croque avec humour les aléas du quotidien et s’est mise au stand-up.

L’illustratrice et auteure Yasmine Vanderauwera.

L’illustratrice et auteure Yasmine Vanderauwera. Image: FLORIAN CELLA

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Dans un coin du salon, quatre valises noires sont dressées à la manière de poupées russes. Les deux petites sont remplies de matériel de dessin. Les deux grandes ont trimballé durant près de deux ans toutes les affaires de Yasmine Vanderauwera, styliste et auteure humoristique, qui a publié en fin d’année dernière son quatrième livre. Paqueter sa vie dans deux bagages, convaincre un designer de réaliser une lampe démontable pour donner une belle lueur aux chambres impersonnelles des hôtels, puis partir à l’autre bout du globe pour vivre à cent à l’heure. Quand l’Yverdonnoise a une idée en tête, elle fonce. «Yasmine, c’est une personnalité pas piquée des vers, un soleil dégoupillé, s’enthousiasme la journaliste et historienne de l’art Florence Grivel. Elle mène sa vie de manière intuitive et aime être là où elle se sent vivante.»

Ainsi, après avoir été choisie en 2008 pour diriger le Musée suisse de la mode à Yverdon, la styliste décide de tout plaquer deux ans plus tard, pour se consacrer à l’illustration. «C’était un poste prestigieux, mais je m’ennuyais, il me manquait le côté créatif.» En ce moment, c’est comme humoriste que la Belge d’origine se marre. C’est arrivé comme une évidence, après une violente chute de vélo qui l’a laissée six mois avec une minerve et l’a amenée à une introspection. À chaque show, elle est morte de trouille, car elle a deux phobies, le lait et la scène. Oui, Yasmine Vanderauwera n’aime pas être comme tout le monde. Elle est passée en février «du livre au live», avec le KéMedy Club à Genève. Un premier stand-up de huit minutes qui l’a scotchée. «C’était fabuleux. L’humour ça élève et ça permet de tout surmonter.» La fan de Muriel Robin et de Pierre Palmade est une amoureuse de l’amour et du rire. «Elle a le talent pour continuer sur cette voie. Elle est très charismatique, joyeuse, profondément humaine. C’est un tourbillon d’énergie», commente le comédien et metteur en scène Alexandre de Marco, ami de l’humoriste depuis une vingtaine d’années.

Mon cerveau fonctionne comme une machine à pop-corn

La seule limite de l’artiste de 39 ans, c’est le temps qui file beaucoup trop vite. Elle se réjouit de fêter ses 40 ans, car c’est «l’âge de l’accomplissement», mais il lui manque des heures pour concrétiser toutes ses envies. «Mon cerveau fonctionne comme une machine à pop-corn.» Un tempérament pétillant, une âme d’enfant et «des rêves à n’en plus finir».

L’illustratrice, aux lèvres rouges pomme d’amour et aux boucles jouant les vagabondes, a pris pour mantra les vœux de Nouvel-An émis en 68 par Jacques Brel. Elle les avait reçus de son grand-père paternel, ils sont aujourd’hui crayonnés sur ses vitres. Depuis toute petite, elle dessine et écrit partout, tout le temps. Elle ne se départit jamais de son stylo, son moleskine et son sac à dos pour bureau. Son papa est architecte, comme son grand-père. Elle a grandi au milieu des tubes de calque, des débris de gomme, du taille-crayon avec sa petite manivelle. Sans télé, la table à dessin pour royaume.

Fondue et renaissance
Dans ce terreau a germé son héroïne autobiographique Mine Vander, née un 21 septembre 2008. «C’était l’inauguration du M2. J’avais envie d’une fondue mais mes potes non, je me suis pris un caquelon pour moi toute seule. J’ai eu mal au ventre, je me suis dessinée ballonnée comme si j’étais enceinte. Ce jour-là j’ai accouché de Mine Vander. Et les heures qui ont suivi, je l’ai dessinée au moins 150 fois.» Mine, c’est un concentré de Yasmine, qui croque le quotidien avec dérision. Elle n’a pas de visage, mais fait sourire et s’avère toujours bien fringuée. Normal, car avant, Yasmine Vanderauwera était designer styliste. Cette autre vie l’a emmenée en vadrouille autour du monde.

En 2004, après avoir terminé la Haute École d’art et de design, elle est engagée pour designer les chaussures de la marque anglo-néerlandaise United Nude. Elle prend ses deux grosses valises et s’installe à Canton, en Chine. Un job rythmé par les fashion weeks et les voyages en avion, qu’elle prend presque comme le bus. «C’est comme si la taille du monde s’était réduite, j’étais déconnectée de la réalité. Un jour, j’avais même proposé à mes parents de venir me voir à Londres car j’avais 6 h de libre devant moi.» Puma pailletées aux pieds, blazer d’une collection capsule Uniqlo et Inès de la Fressange, la styliste conserve le goût de la mode. Et une admiration sans faille pour les lignes épurées d’Issey Miyake, l’homme qui l’a convaincue d’arrêter le gymnase pour se lancer dans une école de couture. Et chez lequel elle a fait un stage en tant que designer styliste. «Quand je l’ai rencontré, c’était le summum. Il fait moins de ­1­ mètre 60, mais comme c’est mon maître absolu, je le voyais tellement grand.» C’était le 9 mars 2006.

La styliste aime les dates, c’est son côté pointilleux. Elle se souvient aussi toujours avec précision des habits portés par les gens qu’elle rencontre. Un regard affûté qui nourrit son inspiration. Cet œil aiguisé mais jamais tranchant sur le monde, Yasmine Vanderauwera l’a développé depuis l’enfance. Car, porteuse d’appareils auditifs, elle entend 30% de moins que la normale, et perçoit très mal les consonnes. Elle a appris instinctivement à lire sur les lèvres et à «observer très fort». Mais en tant qu’optimiste farouche, elle voit ce handicap comme un atout qui lui permet de mieux saisir les attitudes, les expressions. Et cela crée un lien particulier avec ses filles de 7 ans et 4 ans. «On n’est jamais trop éloignées, sinon je ne les entends pas.» Yasmine Vanderauwera est devenue mère après Mine Vander. Maman, auteure, humoriste, illustratrice, la voyageuse aux multiples bagages se plaît à brouiller les frontières. «Actuellement, dans ma qualité de vie, je me sens millionnaire.» (24 heures)

Créé: 09.04.2018, 10h18

Bio

1979 Naît le 10 janvier à Bruxelles.

1989 Déménage avec sa famille à Yverdon.

2000 École des Arts décoratifs à Vevey, rencontre avec Florence Grivel, sa prof d’histoire de l’art.

2004 Après une formation de designer styliste à la HEAD à Genève, s’installe à Canton, en Chine.

2006 Effectue un stage chez Issey Miyake puis revient en Suisse par amour. «Je n’avais pas d’appart, pas de job, rien. Juste un amoureux.»

2008 Se consacre à l’illustration après l’«accouchement» de Mine Vander.

2010 Naissance de Blanche.

2013 Colette vient au monde.

2016 Jonas Schneiter la qualifie d’humoriste lors d’une interview sur Couleur 3 et lui propose de passer le casting pour devenir chroniqueuse. Un accident de vélo contrecarre ce projet, mais c’est le déclic.

2018 Le 8 février, première scène avec le KéMedy Club à Genève. Le 12 avril, elle se produira au Village du Soir à Carouge.

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