Elle réunit les gens comme les ingrédients d’une recette

PortraitDouce mais forte, la nouvelle conservatrice de la Maison du blé et du pain, Valentine Giesser, aime le partage.

Nouvelle conservatrice de la Maison du blé et du pain à Echallens, Valentine Giesser a conçu une exposition temporaire sur le thème

Nouvelle conservatrice de la Maison du blé et du pain à Echallens, Valentine Giesser a conçu une exposition temporaire sur le thème "chaud" du gluten Image: Florian Cella

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Valentine Giesser n’est pas du genre à tourner autour du pot. Alors, comme thème de sa première exposition en tant que conservatrice de la vénérable Maison du blé et du pain, elle a proposé… le gluten! «J’aime quand ça pique un peu», sourit la jeune femme. Pas question toutefois de foncer tête baissée avec la conséquence probable de seulement alimenter la polémique. «Le risque, il faut le prendre sur le choix du sujet, pas dans la manière de le traiter. J’ai donc évité d’aller chercher des fonds auprès d’acteurs de la filière et je n’ai questionné que des chercheurs. Le but, c’était que les gens puissent s’informer et discuter.»

«La vérité sur l’affaire gluten» – à découvrir à Échallens jusqu’au 22 mars 2020 – dit finalement beaucoup de choses de sa conceptrice. D’abord sa grande soif d’apprendre: une insatiable curiosité qui la fait s’intéresser à tout ou presque. Au point qu’elle avoue s’y perdre parfois. «Depuis toujours, j’ai besoin de comprendre les choses. Enfant, je rêvais de devenir archéologue. J’ai commencé l’Université en géographie pour comprendre comment les gens vivaient leur territoire. Mais mes notes en mathématiques m’ont redirigée vers les lettres, où j’ai choisi les options histoire de l’art et littérature française. On n’échappe pas à son destin!»

Pas l’esprit de compétition

Si l’infinité de savoirs disponible à l’Université ravissait l’étudiante, l’ambiance lui convenait assez peu. Mal à l’aise avec l’esprit de compétition de certains, Valentine Giesser n’appréciait pas non plus le côté élitiste. Aux sujets très pointus, elle préfère ceux qui touchent tout le monde. Pas étonnant donc qu’elle ait confié un jour à la fille de Marianne Bataillard – l’ancienne conservatrice du musée challensois – qu’elle adorerait faire le boulot de sa maman. «Ça tombe bien, lui a répondu son amie. Elle va prendre sa retraite!» Président de l’association du Musée du blé et du pain, Marc-Etienne Piot a vu cette candidature spontanée comme un cadeau du ciel: «Valentine a séduit le comité par son enthousiasme et sa fraîcheur. Mais elle a aussi un grand sens de l’écoute et beaucoup de respect. Nous espérons pouvoir la garder longtemps avec nous.» Valentine Giesser en serait ravie. D’abord parce que cette enfant de la capitale vaudoise a découvert dans le Gros-de-Vaud le fonctionnement associatif, qui lui convient à merveille. Mais surtout parce qu’elle voit dans le musée challensois un outil pour concrétiser ses envies. «Ce lieu est parfait pour créer du lien: entre producteurs et consommateurs, entre citadins et campagnards, et entre générations.» Le 21 novembre, elle organisera ainsi une table ronde sur le gluten, qui permettra aux consommateurs de rencontrer des experts. Elle rêve de faire du musée un lieu de dialogue et une référence pour les questions liées à l’alimentation et à l’agriculture.

Italophile et féministe constructive

Ce poste de conservatrice ne constitue toutefois pas un emploi à plein temps. Il laisse à Valentine Giesser du temps pour d’autres projets, comme la copublication d’un livre sur la peinture médiévale à Rome. Pas un hasard: «Je nourris une véritable passion pour l’Italie», révèle cette «petite voyageuse» préférant approfondir la connaissance de son environnement que «survoler» le monde. Étudiante, elle a vécu six mois à Rome, puis y a travaillé régulièrement durant quatre ans en tant que collaboratrice scientifique pour le projet qui a débouché sur la publication du livre. Cette épicurienne trouve aussi dans les spécialités culinaires de la Botte un formidable terrain de jeu. Ses recettes préférées? Difficile de faire un choix: «Peut-être le risotto au citron confit. Et j’adore le tiramisu. Et puis les pâtes fraîches, sous toutes leurs formes…»

Pour la petite histoire, ses talents de cuisinière lui ont récemment offert des fonctions insolites: elle s’est retrouvée responsable d’un stand nourriture et boissons lors de la grève des femmes du 14 juin. Même si elle s’en amuse, la cause lui tient à cœur. «Je suis une féministe assumée et constructive. Je suis née à une époque, dans un pays et dans une classe sociale où, en tant que femme, on nous pousse à faire des choses en plus. Mais sans qu’on puisse faire des choses en moins. C’est pour cela que nous avons besoin des hommes. De plus, on attend toujours de la part de nos institutions fédérales un vrai congé parental lors de la naissance d’un enfant», assène celle qui va tout prochainement devenir maman.

«La Maison du blé et du pain est un lieu parfait pour créer du lien: entre producteurs et consommateurs, entre citadins et campagnards, et entre générations.»

Avec des amis, Valentine Giesser a aussi créé un collectif d’historiens de l’art, dont fait partie sa grande amie Angela Benza: «Pour moi, Valentine est un doux mélange entre une personnalité solaire, qui ne passe pas inaperçue, et un très grand calme. Elle sait ce qu’elle veut, mais l’obtient avec douceur.» Les deux amies partagent aussi des fous rires, souvent provoqués par l’humour pince-sans-rire de la jeune femme.

Enfin, récemment, Valentine Giesser a décidé avec d’autres amis de lancer un podcast scientifique. «L’idée est de faire dialoguer des sciences entre elles, tout en restant accessible pour le grand public.» Le premier thème retenu: les «platistes», ces gens convaincus que la Terre est plate. «Il est passionnant de les observer mettre en place des expériences censées prouver la justesse de leur raisonnement et qui, forcément, ne fonctionnent pas. On retrouve certaines similitudes avec les théories du complot ou les polémiques autour du gluten.» «J’aime quand ça pique un peu», qu’elle disait.

Créé: 01.10.2019, 09h27

Bio

1987
Naît le 18 février à Lausanne.

2011
Vit six mois à Rome dans le cadre du programme d’échange estudiantin Erasmus.

2012
Décroche sa maîtrise ès Lettres en français et en histoire de l’art à l’Université de Lausanne (UNIL). Rencontre son compagnon.

2013 à 2017
Travaille comme collaboratrice scientifique en histoire de l’art médiéval à l’UNIL et se rend plusieurs fois en Italie dans ce cadre.

2017
Se forme en muséologie, ICOM Suisse.

2018
Est nommée conservatrice de la Maison du blé et du pain à Échallens. Copublie un ouvrage intitulé «La pittura medievale a Roma, corpus VI: Apogeo e fine del Medioevo, 1288-1431».

2019
Présente à Échallens la première exposition temporaire portant sa patte: «La vérité sur l’affaire gluten». Travaille avec quelques amis sur un projet de podcast scientifique.

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