Roland Bulliard met sa sensibilité au service de ses animaux

PortraitActif depuis 35 ans au Zoo de Servion, le directeur passe le témoin en douceur à ses filles.

«Le bien-être de nos animaux est notre priorité absolue. Comme on les prive de leur liberté, le minimum que l’on puisse faire est de les installer le mieux possible. L’instant où ils découvrent leur nouvel espace est alors la plus belle des récompenses.»

«Le bien-être de nos animaux est notre priorité absolue. Comme on les prive de leur liberté, le minimum que l’on puisse faire est de les installer le mieux possible. L’instant où ils découvrent leur nouvel espace est alors la plus belle des récompenses.» Image: FLORIAN CELLA

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Au sommet d’un gros rocher, la tigresse Tinka s’étire sous les premiers rayons de soleil qui se glissent entre les branches des sapins. À quelques mètres du majestueux félin, installé à une des grandes tables en bois noir du restaurant du Zoo de Servion, Roland Bulliard s’émerveille en l’observant. Comme s’il la regardait pour la première fois. «Elle est magnifique, hein? Autant de puissance et en même temps une telle douceur, elle me touche. Et puis, dans la nature, les tigres vivent seuls. Ils ne peuvent donc compter que sur eux-mêmes… un peu comme nous!» Une allusion au fait que le zoo vit sans aucune subvention, ni aide extérieure et que cela implique une remise en cause permanente.

Plus à l’aise dans l’ombre que sous les projecteurs, le directeur de ce haut lieu touristique vaudois fréquenté annuellement par 150'000 visiteurs, n’était pas très chaud à l’idée de réaliser ce portrait. L’exercice heurte le mélange de calme, de pudeur et de modestie qui le caractérisent. «Je n’ai pas beaucoup de mérite: je n’ai eu qu’à respecter ce qu’on m’a donné. Et puis, la vie au jour le jour ici est le résultat du travail de toute une équipe.»

Mélange de pudeur et de modestie

Roland Bulliard tente alors de dévier la conversation sur le nouveau pavillon des singes, inauguré il y a deux ans. «Je ne supportais plus d’aller dans l’ancien. Le bien-être de nos animaux est notre priorité absolue. Comme on les prive de leur liberté, le minimum que l’on puisse faire est de les installer le mieux possible. L’instant où ils découvrent leur nouvel espace est alors la plus belle des récompenses.» Le discours a tout d’une opération de communication, mais le regard et le ton prouvent que chaque mot est sincère.

D’ailleurs, Roland Bulliard ne dit pas «la» panthère, mais «ma» panthère. Et l’émotion remonte fort lorsqu’il évoque l’instant où il a dû laisser partir Milla, sa femelle panthère des neiges, il y a quatre mois. «Quand j’ai compris ce qui se passait, j’ai quitté la salle de soins.» L’autopsie a montré que le félin souffrait d’une insuffisance cardiaque. Les huit mois d’efforts pour la guérir étaient donc vains.

Cette sensibilité est une chance pour les plus de deux cents animaux hébergés en bordure des bois du Jorat. «Roland Bulliard vit pour son zoo, confirme le vétérinaire Jean Pfister, qui s’occupe des félins et des ours. C’est quelqu’un de très proche à la fois de ses animaux et de ses collaborateurs. Il se bat continuellement pour offrir les meilleures conditions aux animaux et aux visiteurs.»

Au fil de la conversation, l’homme finit toutefois par s’ouvrir. Il évoque alors son enfance dans une ferme à Orsonnens (FR), où il s’occupait de «son» bouvier appenzellois et de «ses» lapins. Il raconte la drôle d’idée de son père et de son oncle d’accueillir dans le garage familial… un couple de jeunes lions. Puis l’ouverture du zoo, en juin 1974. Un événement familial qui l’avait assez peu marqué. L’adolescent qu’il était alors rêvait de travailler sur les carrosseries des voitures. Dix ans plus tard, suite au retrait d’un des trois frères fondateurs, Roland Bulliard avait toutefois accepté de venir travailler au zoo. L’occasion de passer du temps avec son père, maçon de métier et donc bâtisseur de certains des murs encore debout aujourd’hui. De fil en aiguille, il s’est retrouvé directeur. Mais les choses se sont faites si progressivement, qu’il est incapable de donner la date exacte de sa prise de fonction.

Cinq ans pour reprendre le dessus

Le temps a passé si vite. Avec de grandes joies et d’au moins aussi grandes peines; comme le décès subit de sa cousine qui s’investissait beaucoup dans le zoo, ou la scission ayant débouché sur la création du Tropiquarium en 2003. «Un vrai divorce, avec beaucoup de gens qui s’en sont mêlés et un certain nombre qui nous mettait entièrement la faute dessus.» Dur à vivre, mais finalement peu en comparaison du drame qu’il allait vivre en 2011: le suicide totalement imprévisible de son fils. «J’ai mis cinq ans avant de reprendre le dessus. Je venais m’enfermer au bureau et je me contentais de gérer les affaires courantes. Je n’avais plus aucun projet.»

La blessure est toujours là, mais le goût d’entreprendre est revenu. Probablement par besoin, une fois encore, d’améliorer le confort de ses protégés. Le nouveau pavillon des singes a été réalisé et l’extension d’un tiers de la surface du parc va débuter tout prochainement. «On a mis des années à faire aboutir ce projet, mais il apportera un vrai plus en matière d’espace: malgré l’augmentation de la surface, nous ne prendrons en plus qu’un couple de pandas roux, projet que nous avions de longue date.»

Et puis, surtout, il y a deux ans, ses filles Virginie et Céline, respectivement infirmière et juriste de formation, ont décidé de finalement assurer la continuité. Un soulagement pour Roland Bulliard après la disparition soudaine de son fils, qui aurait pu prendre la relève. De quoi penser à la retraite? «Non, je n’ai pas encore pensé à la suite. Il y a d’abord d’autres projets à mener à leur terme ici. La transition se fera en douceur.» Son emploi du temps actuel laisse toutefois imaginer que Roland Bulliard consacrera plus de temps à l’entretien du jardin de sa ferme, mais aussi aux parties d’échecs qu’il dispute avec ses amis du club de Romont. Deux occupations bienfaisantes car elles lui vident la tête. Mais on peut aussi parier qu’il ne restera jamais éloigné trop longtemps de «ses» animaux.

Créé: 18.11.2019, 09h21

Bio

1958 Naît le 22 juin à Bulle (FR).

1974 Ouverture du Zoo de Servion par les trois frères Bulliard: Charles, Gilbert et Max, son père.

1976 Obtient son CFC de peintre en carrosserie. 1980 Ouvre sa propre carrosserie à Villarlod (FR), après avoir construit une partie du bâtiment avec son père.

1982 Se marie avec Odette.

1984 Commence à travailler au zoo.

1985 Naissance de Virginie. Suivront Céline en 1988 et Cédric en 1991.

1986 Suit la formation de gardien d’animaux.

2003 Ouverture du Tropiquarium. 2005 Obtient sa patente de cafetier-restaurateur.

2010 Arrivée des panthères des neiges et ouverture du nouveau parc aux ours.

2011 Décès de son fils Cédric.

2017 Virginie s’investit dans la gestion du zoo. Ouverture du nouveau bâtiment des singes. Feu vert définitif au projet d’extension d’un tiers de la surface du zoo.

2019 Début des travaux d’extension.

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