La serial militante qui fait le bonheur des Verts

PortraitL'énergique Vaudoise foule les pavés pour récolter des signatures depuis que le Parti écologiste existe

Annick Kolb, membre active des Verts vaudois.

Annick Kolb, membre active des Verts vaudois. Image: PATRICK MARTIN

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Il en va de la récolte de signatures comme de la cueillette de champignons: il faut repérer les bons coins pour avoir du succès. Annick Kolb, militante des Verts vaudois en connaît un rayon. Elle fait partie des petites mains du parti qui, pétition après pétition, initiative après initiative, va à la rencontre des citoyens. «J’appelle cela les places gratuites en politique. Personne ne cherche à me la voler», rit-elle. Sa renommée au sein des Verts vaudois est pourtant solide.

«L’an dernier, pour la première fois, j’ai produit plus d’électricité que j’en ai consommée. J’ai jeté ma télé, mon ordinateur, je chauffe au bois.»

«C’est notre championne des signatures. Et, au-delà de l’efficacité, elle le fait avec le cœur. Elle n’a pas peur de se mouiller et essaie de convaincre de manière positive. Elle est incroyable», affirme le président des Verts vaudois, Alberto Mocchi. Ces derniers mois, Annick Kolb a par exemple mis la main à la pâte pour faire passer l’initiative populaire «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». Au moment du dépôt à Berne, le texte comptait 45'000 paraphes vaudois sur les 100'000 nécessaires!

La conseillère nationale Adèle Thorens (Verts/VD) le soulignait en s’interrogeant sur Twitter: «Peut-être grâce à notre meilleure récolteuse, Annick Kolb?» Humble, la principale intéressée finit par admettre devant l’insistance de la journaliste: «Souvent, c’est bien moi qui ai le plus de signatures. Mais j’ai aussi du temps. C’est une chose que je sais faire. Je suis efficace et j’y vais souvent.»

Combien d’heures passe-t-elle chaque semaine dans ses activités militantes? Elle ne parvient pas à l’estimer. Si elle le fait, c’est pour «les suivants. Pour qu’ils héritent d’une planète pas trop cabossée et plus ouverte aux migrants.» Elle parle de ses enfants et de ses quatre petits-enfants qu’elle chérit particulièrement. Elle s’avoue aussi peu intéressée par les mandats électifs, tandis que la politique au contact du citoyen plaît à cette énergique frondeuse.

Au fil de sa carrière de bénévole, Annick Kolb a ainsi développé sa méthode. «Il faut un bon coin, une bonne accroche, si possible positive. Et il faut regarder les gens. S’ils sont pressés, ça ne vaut même pas la peine d’essayer.» Question lieux, elle cite le marché de Lausanne, les files d’attente des festivals, le Paléo notamment, ou encore les événements pour enfants. «Les jeunes parents ont du temps pour écouter. Ils sont généralement très sensibles aux questions d’écologie et d’alimentation.»

Les écolos du village

Quant au message, elle le trouve parfois en avance, parfois en cours de route. «Pour les pesticides, c’était facile. Je disais aux gens: «Voulez-vous signer pour qu’on arrête les pesticides et les cochonneries dans vos assiettes?» Contre le nucléaire, j’ai pris avec moi une affiche annonçant que le nucléaire créera des emplois. On y voyait un type qui clouait des cercueils. L’humour aide aussi.»

Son activité citoyenne ne constitue pas toujours une partie de plaisir. Annick Kolb se fait parfois injurier. «Sur toutes les votations sur l’asile, et j’en ai fait pas mal, c’était terrible. J’ai reçu des coups de poing verbaux dans le ventre.» Mais les anecdotes qu’elle collectionne témoignent d’une vie colorée. Elle aime passer ce temps avec d’autres militants écologistes, explique-t-elle en évoquant pudiquement le décès de son mari, il y a quelques années.

C’est avec lui, Georges, ancien député et président cantonal des Verts, qu’elle a développé sa philosophie de vie. Dès leur arrivée à Brenles, en 1976, ils sont vus comme «les écolos du village», raconte Annick Kolb. «J’ai visité dernièrement à Berne l’exposition consacrée à Mai 68. J’ai pensé que je n’en avais rien vu à l’époque. Mais notre vie a été inspirée par cet événement. Avec mon époux, nous avons toujours travaillé à temps partiel. Mes enfants ont eu un père qui se promenait dans le village avec la poussette, ce qui était atypique à l’époque. Il y avait des idées de retour à la nature qui planaient dans l’air et qu’on a attrapées.» Tout naturellement, Annick Kolb est ainsi devenue militante Verte. Elle se souvient de ses premiers faits d’armes, pour la légalisation de l’avortement. «Avec mes copines, nous étions sûres que si l’avortement était autorisé, il y aurait moins de mortes. Ce qui s’est révélé juste.»

Des victoires «inespérées»

Au fond, Annick Kolb est l’expression incarnée de la démocratie directe helvétique. N’est-ce pas? Elle fait la moue: «Je suis régulièrement honteuse d’être Suissesse. Quand je vois toutes les choses ignobles que fait ce pays ou ses entreprises à l’étranger… Mais, c’est vrai, notre démocratie directe est quand même ce qui nous donne du poids.» Et il y a ces victoires «inespérées» au souvenir desquelles ses yeux s’allument en une seconde. «Le refus des avions de combat Gripen, c’était génial. J’ai bossé jusqu’au bout. Je me souviens même d’un type qui me dit d’emblée: «Je suis pour l’armée, mais j’aurais voulu les Rafales.» Je lui réponds: «Eh bien, signez le référendum!» Il l’a fait!» S’y ajoutent les victoires personnelles. «L’an dernier, pour la première fois, j’ai produit plus d’électricité que j’en ai consommée. J’ai jeté ma télé, mon ordinateur, je chauffe au bois.» La vie simple, si ce n’est ce grand jardin un peu trop envahi par les orties à son goût, qui la lui complique un peu.

Cet après-midi-là, elle ira encore piquer une tête dans le lac avant de récolter des signatures pour une pétition sur les quais d’Ouchy. Son sujet du jour: le prix des médicaments. L’ONG Public Eye milite pour des traitements abordables, ici comme ailleurs. Elle s’empresse de sortir une affichette de son sac. On peut y lire: «J’ai besoin de 100 000 francs pour un médicament contre le cancer», ou: «de votre signature». Annick Kolb sourit: «J’ai mon accroche!»

Créé: 25.06.2018, 08h55

Bio

1949
Naissance.
1974
Elle décroche son diplôme d’infirmière. Elle a travaillé au CHUV à temps partiel.
1976
Elle s’installe avec son mari à Brenles, dans le district de la Broye-Vully.
1979 et 1981
Naissances de ses enfants. Elle a aujourd’hui quatre petits-enfants.
1987 à 2007
Elle enseigne les soins infirmiers.
1997
Adhésion au tout nouveau Parti Vert vaudois, né de la fusion du Groupement pour la protection de l’environnement et de l’Alternative socialiste verte.
2018
Elle récolte des signatures, notamment pour l’initiative populaire «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» et celle «Pour une interdiction du financement par la BNS et les caisses de pension des producteurs de matériel de guerre», déposée jeudi dernier.

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