Des soins intensifs à la politique, il aime l’humain

Philippe EggimannLe président de la Société médicale de la Suisse romande est aussi passionné que communicatif.

Image: Florian Cella

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Au photographe qui le portraiture dans les locaux de la Société vaudoise de médecine qu’il préside, Philippe Eggimann avoue son inexpérience de l’exercice qui l’impressionne un peu. Pourtant, le médecin a une carrière exemplaire et il a eu plus qu’à son habitude l’occasion de gérer des cas vitaux dans ces soins intensifs où il a passé la majeure partie de son exercice. Et, après la publication de 163 articles scientifiques et la tenue de 240 conférences ou interventions internationales, le nouveau président de la Société de médecine de Suisse romande ne devrait pas avoir le trac. Mais il a réussi à garder son intelligence émotionnelle intacte au-delà de son cursus scientifique et clinique.

La médecine, l’élancé docteur l’a connue dès sa naissance, «élevé dans le cabinet de généraliste» de son père, à Cheseaux-sur-Lausanne, «un médecin de famille à l’ancienne, qui faisait tout, de la pédiatrie à la maternité, de la radiologie aux visites à domicile. Il avait dans sa valise des médicaments qu’il donnait aux patients en même temps que l’ordonnance, sachant que la pharmacie lui en rendrait une boîte.» Ce père, Philippe Eggimann l’a tant aimé jusqu’à sa disparition l’an dernier, et il y pense encore aujourd’hui avec beaucoup d’émotion. C’est de lui qu’il a hérité le goût d’un métier de contact. S’il a caressé un temps l’idée de se lancer dans la physique, «la médecine est vite devenue une évidence pour le côté humain que j’affectionne.»

Entre l’association médicale vaudoise et romande, le désormais double président y cultive ainsi un talent que le scientifique et chercheur connaît moins. L’intéressé admet avoir dû apprendre un nouveau métier en sortant ainsi de l’hôpital: «J’ai dû accepter, dans la politique de la santé, de m’extraire de la vérité des chiffres pour rencontrer des arguments émotionnels.» Là aussi, son goût du contact est un atout. «C’est vraiment un chic type, résume son vice-président à la SVM, Adrien Tempia. Avec ses immenses connaissances, il aime travailler en équipe, impliquer tout le comité quand il s’agit de défendre notre profession face aux assureurs et au département.»

Lhomme a l’habitude des défis: Vaudois immigré dans les hôpitaux genevois pendant dix ans, triple spécialisation en médecine (interne, intensive et infectiologie), réunificateur des deux services de soins intensifs de chirurgie et de médecine du CHUV, «cet hôpital extraordinaire pour une ville de petite taille», ce docteur affable réussit l’exploit de rester un «médecin de famille» dans l’univers impitoyable des soins aigus. «Il faut prendre du temps pour aider les patients ou les familles, travailler en équipe pour décider si les traitements sont appropriés. Nous avons à disposition aujourd’hui tellement de moyens de traitement qui peuvent dépasser ce que peut supporter le malade, on doit l’écouter et parfois renoncer à un acte médical même si cela froisse notre ego de soignant.»

Le goût de la complexité

Le chercheur, lui, n’a eu de cesse de faire baisser le taux d’infections nosocomiales par l’introduction de bonnes pratiques, par exemple dans l’utilisation des cathéters, qui sont aujourd’hui devenues des standards dans le monde entier. «Nous avons abaissé le nombre d’infections dans le service de dix fois», affirme-t-il, statistique à l’appui et sourire aux lèvres. Il avoue aimer la complexité. «Une fois que j’ai résolu le problème, cela m’intéresse moins.» Avec le débat incessant sur les coûts de la santé, son amour des cas compliqués va être servi. «Mais j’aime expliquer les choses et débattre, que ce soit en équipe, avec les malades et aujourd’hui avec les acteurs de la politique. Il y a encore un déficit de connaissances chez les politiciens. Nous avons des propositions pour maintenir la qualité incroyable des soins que connaît la Suisse et pour en améliorer l’efficience. Il faudrait pour cela que tout le monde adopte déjà la même méthodologie pour analyser les chiffres, mais aussi que les propositions de financement uniforme des soins hospitaliers et ambulatoires soient nuancées.»

Pour son nouveau défi, Philippe Eggimann a choisi de passer à 80% au CHUV, pour éviter tout conflit d’intérêts, et de quitter cette médecine intensive qui l’a toujours passionné. «C’est l’endroit où vous êtes le plus proche de toutes les autres professions de la santé à qui, heureusement, les médecins ont délégué davantage de responsabilités.» Travailler en équipe, fédérer, encore, comme pour la recherche où, désormais, il travaille plus en arrière, en accompagnant plutôt qu’en moteur.

Le goût de la nature

Il y a de la passion et de la générosité chez cet homme-là, de l’envie du bien commun, un humanisme presque d’un autre temps qu’il aurait pu exercer dans un cabinet urbain si les tâches administratives n’étaient pas devenues aussi lourdes. Il y a de l’humour aussi, qui inclut de l’autodérision s’il le faut. Mais, quand il s’agit de libérer son âme après avoir annoncé un décès à des proches, c’est plutôt vers la nature que Philippe Eggimann se tourne: il pratique la course à pied trois fois par semaine, la voile quand il le peut, «mais je ne suis pas le capitaine, je fais la cuisine par exemple». Le week-end, c’est marche en montagne en famille grâce à un vieux camping-car qui arrive hélas en limite d’âge. Philippe Eggimann ne tient en effet pas en place, lui qui s’imagine transhumer une fois sa retraite atteinte ou donner des cours en Afrique du Nord.

(24 heures)

Créé: 30.10.2018, 09h15

Bio

1960
Naît le 7 septembre, à Cheseaux, fils d’un père médecin généraliste.
1976
Participe à son premier camp junior à Vaumarcus comme responsable.
1985
Emménage avec Anouk, infirmière, qui est devenue sa femme.
1991
Naissance d’Arnaud, suivi de Simon en 1995.
1999
3e titre de spécialiste en infectiologie, après ceux de médecine interne en 1994 et de médecine intensive en 1995.
2003
Privat docent à la Faculté de médecin de Genève, puis à celle de biologie et médecine de Lausanne en 2005.
2006
Fusion des soins intensifs de chirurgie et de ceux de médecine, «à laquelle j’ai contribué activement».
2011
84e aux 20 Km de Lausanne dans sa catégorie.
2016
Président de la Société vaudoise de médecine.
2017
Décès de son père.
2018
Président de la Société de médecine de Suisse romande. 163e publication scientifique de sa carrière.

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