Le sport, l’éducation et la religion ont guidé sa vie

PortraitLe coureur à pied Zouhair Oumoussa s’épanouit à Lausanne, après avoir grandi dans une cité de Besançon.

Image: PATRICK MARTIN

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Zouhair Oumoussa, c’est un sourire, des yeux pétillants et une faculté de courir très vite. Le masseur de 35 ans a épinglé à son palmarès des courses comme la Corrida d’Octodure, le Cross de Lausanne, la Night Run Morges ou encore les 10 km de Lausanne, qu’il a remportés à six reprises. Mais derrière cette image de sportif accompli se cache une histoire hors du commun.

D’origine marocaine, le jeune Zouhair grandit dans la cité de Planoise, à Besançon. Ses parents, illettrés, triment pour subvenir aux besoins de leurs cinq enfants et des deux nièces dont ils ont la charge. Le papa travaille à l’usine et la maman fait des ménages. Lui prend l’option d’amuser la galerie. «À l’école, j’étais un boute-en-train, se souvient le marathonien au visage jovial. Je faisais le minimum pour obtenir la moyenne. J’aurais très bien pu devenir humoriste ou comédien.»

Hors du cadre scolaire, l’heure n’est pas à la rigolade. Dans son quartier, la violence est quotidienne. «La cité, c’était des trafics de drogue et des gangs, se remémore Zouhair Oumoussa. Parfois, on restait enfermé pour des raisons de sécurité. Le seul moyen de s’amuser était de jouer au foot sur des terrains en goudron. Nos genoux étaient couverts de croûtes et on rêvait de pelouses synthétiques. Celles-ci ont, depuis, fait leur apparition. Mais les jeunes ne jouent plus au foot, préférant leur téléphone portable.»

L’ado qu’il était aurait pu mal tourner. Mais son éducation, à la dure, l’en a préservé. «Je suis reconnaissant de ce que m’ont transmis mes parents. Leurs qualités se retrouvent d’ailleurs dans ma façon de courir. Mon père était un travailleur acharné, alors que ma mère était méticuleuse.»

Ainsi, l’argent facile n’a jamais été une option pour lui. Après le foot, il s’est dirigé naturellement vers l’athlétisme, à l’âge de 20 ans. «Ma reconnaissance, je l’avais grâce au sport. Si bien que lorsque je partais m’entraîner, les grands frères de la cité me disaient, en fumant leur joint: «On est fiers de toi, tu fais du sport pour nous.» Ils m’encourageaient et m’appelaient Aouita, mais mon modèle, c’était plutôt Hicham El Guerrouj. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux sont morts à cause de l’héroïne et du trafic de drogue.»

Le sport a sauvé la vie de Zouhair Oumoussa et amélioré le quotidien de sa famille. En 2009, grâce à sa sélection en équipe de France, il a eu droit au soutien de la Ville de Besançon. «Le directeur des logements sociaux nous a sortis de la banlieue. Il a proposé à mes parents un petit pavillon avec jardin.»

Des sens décuplés

Le petit gars de la ville n’a jamais eu la folie des grandeurs. Son plaisir, il l’a obtenu au travers des choses simples de la vie. La montagne a ainsi joué un rôle primordial dans sa trajectoire atypique. «L’été, je voyais les trafiquants partir en vacances avec des jet-skis tractés par leur Bentley ou leur Mercedes. Moi, j’allais chez mes oncles, en vieille camionnette Peugeot J5, direction Khénifra. Ça se trouve dans le Moyen Atlas, à 2000 m d’altitude. J’étais un peu comme chez les Ingalls, dans «La petite maison dans la prairie». Il y avait des moutons, des brebis, des vaches et des poules. Les maisons étaient construites en terre cuite avec de la paille. Il n’y avait pas l’électricité. On dormait à même le sol. J’en garde des souvenirs extraordinaires. C’était la belle vie. L’eau avait un bon goût. On mangeait des pommes, des abricots, des pruneaux du verger. On se faisait des sandwiches avec du pain fait maison et des tomates. Tous mes sens étaient décuplés.»

Ces souvenirs olfactifs et gustatifs se retrouvent encore dans son alimentation d’athlète. Depuis le mois d’août, il suit les conseils du nutritionniste Olivier Bourquin. Sur Instagram, Zouhair Oumoussa a posté le menu de son petit-déjeuner, lorsqu’il se soumet à de grosses charges d’entraînement. Accrochez-vous! Il ingurgite de l’avoine, une poignée de noix, un café, de l’huile d’olive, du miel, du pain caroube, trois dattes, un kiwi, un verre de jus de betterave, deux œufs.

«Mon éducation m’a appris la patience. La roue finit toujours par tourner et il ne faut pas tomber dans de fausses croyances»

Voilà le seul «dopage» qu’il s’accorde. «Pour moi, les dealers de la rue et ceux du sport sont les mêmes. Et ceux qui se chargent sont des drogués. Je n’aime pas les hypocrites, les tricheurs. Les dealers vivent dans la peur continuelle de se faire attraper. Ils ne dorment pas. Moi, je préfère dormir serein et être bien dans ma tête. Mon éducation m’a appris la patience. La roue finit toujours par tourner et il ne faut pas tomber dans de fausses croyances.»

À ce titre, la religion tient une place prépondérante dans son existence. Chaque année, il pratique le ramadan. «Dans ces périodes, je m’entraîne moins et je laisse plus de place à la spiritualité. Il faut être conscient qu’on est tous de passage et ne surtout pas vivre dans la rancune.» «Zouhair est une belle personne, qui a un bon fond et le cœur sur la main, témoigne Laurent Savoyen, organisateur de la Night Run Morges. Il véhicule des valeurs telles que le respect et l’amitié.»

En 2010, il arrive en Suisse, après y avoir passé un été avec un ami. «Je suis tombé amoureux de Lausanne.» Il rejoint le Lausanne-Sport Athlétisme et enchaîne les petits boulots chez Jumbo, H&M et dans des festivals. Pendant trois ans, il vit dans un 13m2 qu’il paie 800 francs par mois. Il devient masseur pour la réserve du FC Lausanne-Sport. Depuis, il s’est parfaitement intégré. Après avoir passé ses diplômes, il a ouvert un cabinet de massothérapie. Quand il retourne en France ou au Maroc, on l’appelle «le Suisse». Surnom qu’il assume totalement. «J’aimerais beaucoup obtenir le passeport à croix blanche et représenter mon pays d’adoption dans les grandes compétitions.»

Créé: 18.02.2020, 09h24

Bio

1984 Naissance à Besançon (F), le 21 avril.
2004 Brevet d’études professionnelles en comptabilité. Rencontre son coach, Kamel Benchikh.
2006 Vice-champion de France espoirs sur 3000 m steeple. Sélection en équipe de France espoirs.
2009 Sélection en équipe de France de cross militaire/gendarmerie à Versailles Satory.
2010 Obtient le permis B de résident suisse. Rejoint le LS Athlétisme.
2011 Record personnel sur 10 km à Bâle, en 29’17, et devance Viktor Röthlin. Vainqueur pour la première fois des 10 km de Lausanne.
2016 Diplôme de massothérapeute.
2017 Remporte le Cross de Lausanne pour la première fois.
2018 Mariage avec Yousra Boumasmoud, le 6 avril.
2019 Première participation à un marathon, à Paris (2h21). Gagne la Corrida d’Octodure devant Bernard Matheka. Établit un nouveau record à la Night Run Morges.

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