La syndicaliste qui va seconder le président Alain Berset

PortraitDoris Bianchi D’origine italienne, issue d’un milieu modeste, cette syndicaliste va devenir collaboratrice personnelle du ministre de l’Intérieur en 2018.

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Italienne d’origine, elle a grandi en Suisse. Mère de famille, elle mène sa carrière tambour battant. Issue d’un milieu modeste, elle gravite dans les hautes sphères politiques. «Je navigue entre plusieurs mondes et je ne pourrais pas être uniquement dans l’un ou dans l’autre», résume Doris Bianchi. Adjointe du premier secrétaire de l’Union syndicale suisse (USS), cette quadragénaire est spécialiste des retraites en Suisse. En février, elle deviendra collaboratrice personnelle d’Alain Berset, qui doit être élu ce 6 décembre président de la Confédération pour 2018.

Notre rendez-vous commence par un échange en italien avec une collègue. La conversation se poursuit en français, entrecoupée par un téléphone en allemand et les bips annonçant des messages sur son portable. La pression d’un emploi du temps chargé est perceptible. Pourtant, la syndicaliste jongle, là encore. Souriante et disponible, elle multiplie les traits d’humour. Elle commence par décrire son parcours en cinq minutes. «Et maintenant, il nous reste du temps pour les détails», glisse-t-elle.

Née un 7 décembre

Le premier détail, c’est le mur de cartes postales délavées qui accueille le visiteur dans son bureau. Des souvenirs un peu kitsch de vacances, des timbres qui valaient encore cinquante centimes… Elle s’amuse de ces clins d’œil. «Quand j’avais 18 ans, j’ai cousu ces cartes ensemble avec la machine de ma maman. Elle était fâchée car je l’ai un peu cassée.» C’était à Reinach (BL), où elle a grandi entre son grand frère, son père ferrailleur et sa mère femme de ménage. C’était en 1992, l’année où elle s’est naturalisée «pour participer aux décisions politiques». Celle aussi du vote contre l’Espace économique européen (EEE), il y a pile vingt-cinq ans. Ce refus a entraîné son adhésion à l’organisation Né un 7 décembre. «Je me suis engagée pour les droits des personnes étrangères. À cette époque, j’ai compris qu’il y avait une Suisse plus fermée que celle que je connaissais à Bâle.»

Née en Suisse, Doris Bianchi a vécu quelques années en Ombrie avant de retrouver la région bâloise. «Nous sommes revenus en 1982, l’année où l’Italie a été championne du monde de foot. Aujourd’hui, je soutiens davantage l’équipe de Suisse, qui symbolise pour moi la force des étrangers de la deuxième génération.» De cette enfance, elle raconte son goût pour l’école, les vacances dans la famille et les heures devant la télévision. «J’ai progressé en français en regardant les dessins animés de TF1 et les Babibouchettes. Certains disent que la TV rend bête… Avec moi, ça n’a pas marché.» Surtout, il fallait donner des coups de main. À sa maman, pour faire des ménages. À son papa, qui était aussi concierge. À sa tante, qui tenait une boutique de spécialités italiennes.

La «grinta» de la deuxième génération

Doris Bianchi est fière de ces origines. «Grandir en sachant qu’il faut se bouger parce que personne ne vous attend, c’est une force. Cela donne la grinta (ndlr: combativité). Et puis, j’ai conscience des conséquences de certaines décisions politiques sur les classes modestes.» Pragmatique, elle fait souvent des liens entre ce passé et ses combats actuels. Un exemple? «Il y a quarante ans, mes parents n’auraient jamais pensé que leurs enfants feraient des études! Mais c’était possible. Aujourd’hui, le système scolaire laisse peu de chances aux élèves qui ne sont pas soutenus par leurs parents.»

À l’université, Doris Bianchi travaillait encore à 60% pour payer ses études de droit. Depuis, elle n’a pas perdu l’habitude de bosser. À l’USS, elle s’occupe de l’austère dossier des retraites et siège dans des fondations gérant les avoirs du deuxième pilier. Ses collègues saluent sa connaissance approfondie du sujet. «Elle mène les discussions de façon factuelle, sans tomber dans la dispute même avec ses opposants», commente Thomas Zimmermann, porte-parole de l’USS. Peut-être trop, si l’on en croit un autre syndicaliste, Aldo Ferrari: «Elle se montre toujours de bonne humeur. Si je devais lui trouver un défaut, ce serait de trop prendre sur elle.» La quadragénaire répond que, comme femme, elle n’a pas droit à la médiocrité. «Dans certaines séances, il n’y a que des hommes autour de la table. On sent une pression, vous devez être bien préparée. En plus, comme syndicaliste, je suis souvent doublement minorisée.»

Des coups, Doris Bianchi en a pris. Elle s’est battue pour la réforme Prévoyance 2020, dont le peuple n’a pas voulu. Elle continue de penser que, pour les femmes, le plus important n’est pas l’âge de la retraite, mais d’obtenir un meilleur niveau de rentes. Mais elle ne s’étend pas: «Cette défaite ne m’a pas bouleversée. J’aime le débat, je n’ai aucun problème à accepter d’autres positions.» Ce dossier exige beaucoup de ténacité. Doris Bianchi ajoute qu’il risque de lui causer un ulcère… En rejoignant Alain Berset, elle plongera pourtant dans un autre débat épineux, celui de l’assurance-maladie. Ne rêve-t-elle pas de légèreté? «La santé comme les retraites sont un peu dans l’impasse mais ce sont des questions au cœur du quotidien des Suisses. Et puis, beaucoup de gens font des boulots plus durs. Je n’ai pas le droit de me plaindre. Les héros du monde du travail, ce sont les ouvriers.»

La juriste espère que son récit encouragera d’autres femmes à faire carrière. Sa maman a toujours travaillé. Elle reproduit le modèle, même si les raisons et les motivations sont différentes. Divorcée, elle élève seule ses deux enfants: son ex-mari enseigne à Hongkong où la famille se rend régulièrement. Gérer toutes ces vies demande de l’organisation, de l’efficacité… et un peu de lâcher-prise. «J’essaie d’apprendre à mon fils et à ma fille à acquérir une certaine indépendance, à prendre des responsabilités. Mais, en même temps que votre premier enfant, vous mettez au monde un sentiment de culpabilité.»

Créé: 06.12.2017, 09h26

Bio

1974 Naissance à Bâle, de parents originaires d’Ombrie, en Italie.

1982 Après quelques années en Italie, sa famille revient en Suisse.

1999 Elle termine ses études de droit à Bâle. Assistante à l’Université de Zurich, elle effectue un doctorat sur les thèmes de la naturalisation et de l’intégration.

2002 Elle s’installe à Berne, où elle travaille pour la Conférence universitaire suisse.

2005 Elle entre à l’Union syndicale suisse. Depuis 2011, elle y est responsable des assurances sociales. Elle effectue aussi des mandats pour plusieurs institutions et siège dans plusieurs institutions de prévoyance.

2007 Naissance de son fils, Mattia. Sa fille, Letizia, naît en 2010. Son ex-mari vit à Hongkong, où elle se rend régulièrement avec eux.

2018 En février, elle va rejoindre le Département fédéral de l’intérieur, où elle sera conseillère personnelle d’Alain Berset.

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