Des valeurs simples au profit de l’excellence

PortraitEdmond Plawczyk, recordman du monde de vitesse de snowboard.

Image: Patrick Martin

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Ce qui frappe chez Edmond Plawczyk, hormis son nom riche en consonnes, ce sont ses dents du bonheur. Le Français est un enthousiaste et ça se voit. Chef cuistot émérite, il se décrit lui-même comme un «gourmand». Mais l’homme est avant tout un fonceur, un passionné de vitesse qui a toujours emprunté «le chemin le plus droit possible», snowboard aux pieds.

Il l’a prouvé une fois de plus le 3 avril à Vars (F). Avec 203, 275 km/h au compteur, l’Alsacien a fait passer sa combinaison rouge de bibendum et son casque blanc à la postérité et récupéré la couronne de recordman de vitesse coiffée en 1997. Depuis la fenêtre de son chalet des hauts de Château-d’Œx, il adresse un regard reconnaissant aux pistes de la Braye où il s’entraîne tout l’hiver «et nulle part ailleurs».

Il aurait pu célébrer son exploit toute la nuit, mais ce n’est pas dans sa nature. L’esprit «surfeur fun», très peu pour lui. Les soirées arrosées et les plants de chanvre, c’était dans une autre vie. L’Alsacien préfère le style des skieurs autrichiens, «fin, précis, d’une efficacité redoutable, avec l’air de ne jamais forcer».

Une illustre famille

La généalogie du très sympathique quadra explique aussi en partie son pedigree. Jerzy Plawcyk, le grand-papa, champion d’Europe de saut en hauteur a aussi participé aux JO de 1932 et 1936 avec la sélection polonaise. Marc, le papa, compte un titre de meilleur sauteur à la perche d’Alsace. «Pourtant, il ne m’a jamais poussé à persévérer. Les gens brillants se bousculent dans ma famille mais cet environnement ne me permettait pas de m’épanouir. J’ai quitté la maison à 15 ans.» Direction Chamonix, pour un stage en restauration.

Car à défaut de l’inciter à exploiter ses dons sportifs, son paternel l’oriente vers la cuisine. Fort d’une formation à l’Ecole hôtelière de Nice et de six diplômes de métiers de bouche, le jeune Edmond enchaîne les grands établissements entre la Côte d’Azur et Londres. «J’ai aussi accepté beaucoup de contrats à durée limitée qui me permettaient de m’entraîner une partie de l’année. C’est moi qui choisissais mes clients et j’ai souvent dit non.» Ces mandats lui valent de belles rencontres, comme le prince d’Arabie saoudite – «la personne la plus élégante que j’ai rencontrée» – ou la princesse de Jordanie – «elle me faisait la bise et n’arrêtait pas de me donner de l’argent pour acheter des cadeaux à ma fille.»

Avec Adrien et Auguste

Mais ses vrais modèles, il les a trouvés sur un autre terrain: «Dans les Alpes-Maritimes, j’avais deux voisins, Adrien et Auguste. Ils avaient un mulet, une vache, trois chèvres, ils produisaient leur huile, leur vin, leurs légumes. J’ai grandi là-dedans. Je les vois encore couper l’ail à la hache et écraser des tomates avec leurs grandes mains pas toujours propres. Et c’était toujours des repas fabuleux.» Las du lustre des grands palaces, Edmond entame une formation à la Chambre d’agriculture, produit son huile d’olive, gère un moulin: «Je ne faisais confiance à personne, je voulais suivre toute la chaîne de A à Z.»

Cela ne l’empêche pas de connaître les affres de l’échec, qu’il soit sentimental, professionnel et financier. «C’est là qu’on m’a proposé un an de salaire pour trois mois à Londres. J’ai dit non. J’ai choisi de partir au Pays-d’Enhaut. J’y suis arrivé le 22 avril 2010. Le jour où mon grand-père maternel que j’aimais tant, un de mes modèles, est mort…»

«Noblesse dans la simplicité»

L’Alsacien s’applique à parfaire son intégration au Pays-d’Enhaut, en compagnie de son épouse, Claire, et de leurs deux filles, Anaïs et Marie, 16 et 7 ans. Pour faire chauffer la marmite, il a entamé une reconversion de menuisier-charpentier dans une entreprise locale et a intégré le Chœur des Montagnards: «Un condensé de musique traditionnelle, avec des vraies valeurs, ouvert sur le monde. Tout l’esprit suisse.» Ses entraînements sont autant d’occasions de goûter aux petits plaisirs de la vie sur les pentes damounaises, «comme une cueillette de champignons ou une livraison de pain à un ami à l’alpage». A chaque fois, l’esprit d’Adrien et d’Auguste n’est pas loin: «Maintenant que nous nous sommes perdus de vue, je me sens responsable de cet héritage: une grande noblesse dans la simplicité.» (24 heures)

Créé: 15.04.2015, 08h15

Carte d'identité

Né le 10 octobre 1971 à Mulhouse

Cinq dates importantes


1988 Diplômé de l’Ecole hôtelière
de Nice, il quitte le foyer parental.

1997 Etablit une première fois le record du monde de vitesse: 190,124 km/h.

2002 Rencontre Claire le 22 juillet. Il l’épouse à la même date en 2006.

2008 Naissance de leur fille Marie le 1er Août, prédestinée à vivre en Suisse…

2015 Le 3 avril, il redevient le snowboardeur le plus rapide du monde à Vars (F) avec une descente à 203,275 km/h.

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